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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 19:01

 

 

 

 

 

Par Mame Diarra DIOP http://www.journaldumali.com/ - 17/02/2014

 

Ancien Premier ministre de Centrafrique, Martin Ziguélé évoque dans cet entretien l’instabilité politique qui frappe nos deux pays. Pour lui, Catherine Samba Panza doit réussir sa mission.

 

C’est en marge du Forum de Bamako que Martin Ziguélé, nous a accordé cet entretien. Le président de l’Alliance des forces démocratiques de la transition (AFDT) jette un regard croisé sur les crises malienne et centrafricaine. S’il a lui-même été aux affaires et Premier ministre de Centrafrique entre Avril 2001 et Mars 2003 , il estime que ces crises sont le fait de ceux qui veulent saper les institutions. Son mouvement entend jouer son rôle pour que la transition centrafricaine réussisse. 

Journaldumali.com : La Centrafrique connaît une instabilité qui n’est pas sans rappeler celle que nous avons vécu au Mali ? Quel regard portez-vous sur la sortie de crise malienne ?

 

Martin Ziguélé : Vous savez les crises qui frappent nos Etats ont deux caractéristiques : elles surviennent soudainement, mais en réalité, elles ont commencé il y a longtemps en amont. Pour le Mali, nous avons vu la crise atteindre son sommet avec le coup d’Etat de Mars 2012 et peu de temps après, la tentative djihadiste de s’emparer du pays. Quelques temps après en Centrafrique, l’Etat s’est effondré par une avancée de coalitions et de mouvements de rébellions.

Le Mali a puisé en ses propres ressources pour sortir de cette situation. Aussi bien les Maliens de l’intérieur comme de l’extérieur et j’en ai été témoin, ont tout fait pour garder le pays au cœur de l’agenda de la communauté internationale, en se mobilisant et grâce à un plaidoyer intense jusqu’à l’intervention salvatrice des Français. En Centrafrique aussi, nous nous battons pour mobiliser les forces républicaines et démocratiques en interne afin que notre pays ne sombre pas. La leçon à tirer de tout cela, c’est que la tolérance et le savoir-vivre ensemble sont le fondement de ces nations que nous sommes en train de vouloir créer.

 

Il ya eu les interventions « Serval » au Mali et « Sangaris » en Centrafrique, des interventions ponctuelles qui ont prévenu le chaos, malgré tout, on a vu les résurgences djihadistes au Nord Mali avec le Mujao ces derniers jours. A Bangui, la situation est loin d’être apaisée. Que font les forces africaines ?

Vous savez, lorsqu’on parle de l’effondrement d’un Etat, il ne s’agit pas d’un mouvement isolé, mais cela veut dire que les institutions centrales sont faibles et l’institution centrale, ce sont quand mêmes les forces de défense et de sécurité. Ces forces en général n’ont jamais reçu, ni l’équipement, ni la formation, ni même la confiance nécessaire pour assumer leur mission. Et c’est pourquoi la population sent qu’il n’y a pas une armée au profit des ennemis de la république. Cela montre qu’il y a un problème dans l’armée et dans d’autres institutions du pays sans légitimité, crédibilité, ni contenus. Au final, l’état s’effondre et toutes les digues tombent successivement.

Vous qui avez été aux affaires, estimez-vous que Catherine Samba Panza, qui dirige la transition, sera à la hauteur ? 


Madame Samba Panza est une femme très forte, sur le plan mental. Elle s’est toujours battue jusqu‘à être cadre dans le secteur privé et dans d’autres postes de direction. Ensuite, elle a crée sa propre entreprise, s’est investie dans le champ social en participant à plusieurs reprises dans les mécanismes de suivi du dialogue en Centrafrique. Elle a été présidente de l’association des femmes juristes en Centrafrique, défenseur des droits de l’homme avant d’être maire de Bangui jusqu‘à la présidence de la transition. Je lui fais confiance et il faut qu’elle réussisse sa mission. Si elle échoue, c’est le pays qui va sombrer.


Si elle échouait, ce serait aussi l’échec de la classe politique centrafricaine dont vous faîtes partie ?


Non Madame, c’est toute la nation qui échouerait! Nous devons tous la soutenir parce qu’elle représente la dernière chance pour notre pays. Vous voyez les atrocités, tous les jours et les déchirures de la société centrafricaine, alors comme femme et comme mère, comme celle qui donne la vie ou a donné la vie, j’espère qu’elle va redonner de l’espoir à notre pays et je vous assure, que ce soit moi, ou mon parti politique, l’alliance des forces démocratiques pour la transition, qui est l’ancienne opposition, que je dirige, nous la soutenons de manière inconditionnelle. 

Vous pensez que le retour à la stabilité politique va se faire rapidement comme la transition malienne ? 


Je pense que la lecture qui est faîte de la situation en Centrafrique commence à devenir réaliste. Maintenant, les uns et les autres ont compris que les milices qu’on qualifiait de milices chrétiennes sont en fait des milices militaro-politiques et qui voulaient déstabiliser durablement la transition. Maintenant, cela a été compris.

On a voulu donner un aspect religieux au conflit ? 


La RCA comme le Mali, le Burkina, le Niger, la Côte d’Ivoire, comme tous les pays africains ont des communautés de différence de religion et d’origines et s’il fallait faire la guerre parce que vous êtes chrétien et que je suis musulman, il n’y aurait aucun pays en Afrique, qui serait en paix. Pourquoi est-ce en Centrafrique seulement qu’on voit cela, c’est parce qu’il y a une instrumentalisation, une indexation de communautés, par des gens qui ont perdu le pouvoir et qui pensent revenir aux affaires par ce biais.


Est-ce que les médias internationaux n’exacerbent pas ce côté? 


Non, les médias ne relatent que ce qu’ils voient. Ils cherchent à comprendre et à faire comprendre. Mais je vous le concède, les médias ont utilisé un terme impropre, c’est de dire que ces milices sont des milices chrétiennes ; Moi je suis chrétien et le premier message des chrétiens, c’est aime ton prochain comme toi-même ! Aucune religion au monde n’enseigne de tuer son prochain. Si Dieu qui nous a créé, et qu’il nous a donné diverses voies de le prier, il ne peut pas nous demander de nous entretuer. Ceux qui utilisent la religion blasphèment. Et je crois que la sagesse prévaudra, la paix reviendra et on saura qui sont les vrais coupables, et il faudra que justice se fasse. Je me réjouis de l’appel de Mme Bensouda de la CPI sur l’ouverture d’une enquête préliminaire sur les crimes commis en RCA. Parce que c’est l’impunité qui est à la source de ce qui se passe en Centrafrique ?


Comment jugez-vous la médiation au Nord du Mali et la reprise du dialogue avec les groupes armés ? 


Je suis un républicain et je pense qu’il ne faut jamais faire l’économie du dialogue, même quand l’adversaire n’est pas de bonne foi. La solution est politique ; La vie en société est politique. Et la politique vient du mot latin Polis qui veut dire la cité. Il faut toujours dialoguer. Un homme de bonne volonté ne se décourage jamais et le message qui peut germer comme un grain apportera la paix. 

Martin Ziguélé, regard croisé sur le Mali et la Centrafrique

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