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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 23:35

 

 

 

 

 

THOMAS HOFNUNG3 FÉVRIER 2014 À 20:46

 

La minorité, soupçonnée de collusion avec les ex-rebelles de la Séléka, fuit le pays.

 

Une partie du territoire de la Centrafrique est en train de se vider inexorablement de sa population musulmane. Déjà observé à Bangui depuis plusieurs semaines, cet exode massif s’étend hors de la capitale. Dans l’Ouest, selon des sources concordantes, les communautés installées sur place depuis plusieurs générations fuient à corps perdu la région dans le sillage des ex-rebelles de la Séléka. Déstabilisée par l’arrivée de la force française Sangaris, celle-ci a perdu le pouvoir à Bangui, et la main dans le reste du pays.

 

«Tragique». Telle une lame de fond, cet exode a également lieu dans des localités où, pourtant, aucun incident notable n’avait eu lieu ces dernières semaines. Jeudi, plusieurs milliers de personnes - des familles entières, munies de quelques effets personnels - ont ainsi quitté Bossangoa (300 km au nord-ouest de Bangui), malgré la présence sur place d’un détachement français de 150 hommes et de la force africaine Misca. «C’était tragique de voir cela, raconte un observateur joint sur place. Ces gens sont montés dans des camions avec quelques effets personnels, et sont partis en convoi vers le nord, escortés par l’armée tchadienne. Ils avaient à la fois peur de rester sur place et peur d’aller dans un pays dont ils ne connaissent rien. Car ce sont des Centrafricains qui sont partis.» Seul un millier de musulmans, sur un total estimé à 8 000, demeureraient encore à Bossangoa. Mais pour combien de temps encore ?

 

Représentant environ 15% d’une population totale estimée à 4,5 millions, les musulmans vivaient jusqu’à très récemment en bonne intelligence avec la majorité chrétienne du pays. Aujourd’hui, ils sont jugés complices des exactions commises durant des mois par la Séléka. Une violence débridée qui se poursuit : en se retirant de leurs fiefs, les hommes de la Séléka pillent et tuent, dans une pulsion de vengeance incontrôlée. «Il y a deux jours, les ex-Séléka sont entrés à Ngaoundaye [dans le nord-ouest, ndlr], et ils tiraient sur tout ce qui bougeait […]. Tous les habitants ont fui en brousse. Ils se sont ensuite mis à la poursuite des personnes qui ont gagné la brousse et ont continué à leur tirer dessus. On ne sait pas encore combien de personnes ont été tuées», a raconté une habitante à l’AFP. Ces derniers jours, plusieurs dizaines de chrétiens ont aussi été tués à Boda, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Bangui, dans des affrontements. Aux exactions commises par les ex-rebelles de la Séléka répondent invariablement les représailles aveugles des milices chrétiennes antibalaka contre les civils musulmans.

 

«Partout où la Séléka se retire, les antibalaka étendent très vite leur zone de contrôle, note Thierry Vircoulon, du centre de réflexion International Crisis Group. Les musulmans prennent peur et s’en vont, car il n’y a personne pour les protéger de la vindicte populaire.» Les 5 200 soldats de la force africaine Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique) et les 1 600 hommes de la force Sangaris sont trop peu nombreux pour enrayer la violence dans un pays plus vaste que la France.

 

«Vide». En déplacement hier à Bangui, le chef d’état-major français, l’amiral Edouard Guillaud, a pourtant estimé que «la violence [avait] été en partie jugulée» en Centrafrique. «C’est la stabilisation par le vide, à la faveur du départ massif des musulmans», s’indigne un autre observateur étranger à Bangui. Alors que le leadership de la Séléka a fui depuis longtemps vers son sanctuaire historique, dans le nord-est du pays, le retrait désordonné de petites unités d’ex-rebelles aux abois risque de faire encore beaucoup de dégâts.

 

THOMAS HOFNUNG

Lu pour vous : Centrafrique : le grand exode des musulmans

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