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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 18:49

 

 

 

 

Le Point.fr - Publié le  - Modifié le 

 

Le dernier président élu chassé du pouvoir par Djotodia s'est confié au Point.fr. Il accuse les pays voisins de la Centrafrique d'avoir favorisé le chaos.

 

Propos recueillis par AZIZ ZEMOURI

 

À la une du Point.fr

 

Alors que les massacres se succèdent en Centrafrique - on y parle même d'épuration ethnique en dépit de la présence de l'armée française -, François Bozizé, le dernier président élu, s'est confié au Point.fr. L'ex-général a fui Bangui, la capitale, en mars dernier pour un exil dans la région des Grands Lacs, il appelle à une conférence nationale entre Centrafricains et au départ des "envahisseurs".

 

Le Point.fr : En l'état actuel de vos informations, une épuration ethnique - qui vise les musulmans - est-elle en cours en Centrafrique ?

 

François Bozizé : C'est la Seleka (un conglomérat d'opposants au régime de Bozizé, à dominante musulmane, NDLR) qui est à l'origine de nos déboires. C'est elle qui a provoqué une situation de chaos. Il faut lui demander des comptes, mais aussi à ses soutiens. On accuse les anti-balaka (des groupes armés anti-Seleka, chrétiens ou animistes considérés comme pro-Bozizé, NDLR), mais je ne dispose pas d'informations permettant de les mettre en cause dans une prétendue épuration ethnique. À l'époque où j'étais président, il n'existait aucun problème religieux. La Seleka, ce ne sont ni des musulmans ni des chrétiens, ce sont des bandits. Ils sont responsables des pillages, des vols et des viols. Les anti-balaka sont des patriotes, ils luttent contre l'insécurité.

 

Comment analysez-vous la situation de votre pays aujourd'hui ?

 

Nous espérions qu'avec un nouveau gouvernement les choses allaient changer. Or, il n'en est rien. La situation sécuritaire est pire que jamais. Les décisions du gouvernement de Bangui sont prises ailleurs : il ne défend plus les intérêts nationaux. La Seleka militaire s'impose au gouvernement, elle met le pays à feu et à sang. La démocratie a été assassinée non seulement par la Seleka mais aussi par ses soutiens, notamment les pays de la sous-région. Ils ont entraîné la France dans l'erreur. Des brigands ont remplacé l'ordre constitutionnel, et désormais le pays est à feu et sang. Nous étions la Suisse africaine. Nous étions un exemple de coexistence et de cohabitation entre religions et cultures. Aujourd'hui, nous sommes en voie de "somalisation". Seule l'armée française permet de maintenir une illusion d'unité. La seule solution aujourd'hui est d'organiser un dialogue national entre Centrafricains et de faire partir les envahisseurs, les mercenaires tchadiens ou soudanais qui composent les troupes armées de Seleka.

 

Pourquoi la France n'est-elle pas intervenue à votre demande et a-t-elle attendu que la situation dégénère ?

 

Il n'y a que Paris qui peut répondre à cette question. J'ai demandé de l'aide à la France pour qu'elle intervienne et sauve l'unité du pays, j'ai rédigé à l'époque où j'étais encore président un courrier à cet effet remis à son ambassadeur à Bangui. Nous n'avons reçu aucune réponse. La France est intervenue bien trop tard. Pourtant, j'ai toujours eu d'excellentes relations avec la France, une partie de ma famille y est installée depuis près de 25 ans. Selon moi, l'Élysée et le gouvernement Ayrault, qui venait de s'installer, étaient peu au fait de la situation politique en Centrafrique. Tous se sont laissé abuser par les mensonges de l'opposition. En outre, je ne peux pas m'empêcher de penser que nos pays voisins, comme le Tchad, le Congo et le Gabon, ont influencé la position française. D'autant que ces États qui forment le gros des troupes de la force multi-africaine n'ont pas réagi quand le bras armé de la Seleka a rompu nos précédents accords.

 

La communauté internationale vous reprochait des atteintes aux droits de l'homme et une confiscation du pouvoir...

 

On m'a reproché des exactions de la garde présidentielle : si elles ont existé, elles sont largement moindres que les milliers de morts d'aujourd'hui. Il n'y avait rien de cela du temps où je dirigeais le pays. C'était la paix. Même s'il avait pu exister de petites zones de conflit armé, on y a mis fin grâce aux accords de Libreville. Nous étions à la phase du désarmement. Ensuite, on était en train d'organiser un dialogue entre tous les courants politiques de Centrafrique. J'ai rencontré tous les leaders politiques dans mon bureau, de l'opposition comme de la majorité. Et voilà que la Seleka est venue tout remettre en cause ! Les attaques contre le régime politique étaient infondées : toutes les institutions fonctionnaient normalement. Il n'y avait pas de prisonniers politiques, la justice était libre. Ceux qui à l'époque n'ont rien fait pour éviter le chaos devraient avoir honte de nous donner des leçons. Sans l'intervention de la Seleka, notre pétrole aurait jailli, l'uranium exploité par Areva et l'or par une société anglo-canadienne auraient boosté notre croissance économique. Sans compter la production de coton et de café que nous avions relancée. L'année 2014 devait être l'année du développement de la Centrafrique.

 

Quels contacts avez-vous aujourd'hui avec la France ?

 

Aucun. J'y suis désormais comme interdit de séjour. Le Quai d'Orsay a annulé récemment mon visa longue durée. Je l'ai appris en septembre dernier quand j'ai voulu rejoindre ma famille à Paris. Arrivé à Zurich pour rejoindre la France, la douane suisse m'a appris que le Quai d'Orsay avait annulé mon permis d'entrée. Comment la France peut-elle trouver une issue en n'écoutant que la version de mes opposants ? Ma présence indispose les autorités françaises : elles ne veulent pas que je fasse de la politique en France ou que je parle à la presse. Je ne suis pourtant pas un ennemi de votre pays. Bien au contraire, on m'a toujours considéré comme un grand francophile.

 

Lu pour vous : Centrafrique - l'ex-président François Bozizé : "Nous sommes en voie de somalisation"

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