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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 11:59

 

 

 

 

 

Au téléphone, Marie-Elisabeth Ingres. Chef de mission de Médecins sans Frontières (MSF) en République centrafricaine, elle ne cache pas la profonde inquiétude des humanitaires, à Bangui comme dans le reste du pays. Dans la capitale ? «C’est un calme apparent qui est revenu depuis quelques jours, mais la ville est toujours l’objet de nombreux pillages et d’une violence encore importante dans les quartiers. Une grande partie de la population de Bangui reste sur les sites de déplacés et dans des conditions sanitaires assez déplorables», témoigne-t-elle, la zone de l’aéroport enregistrant encore à elle seule la présence d’environ 70 000 personnes.

 

En janvier, MSF a soigné 1 650 blessés mais quant aux tués depuis le début de l’année… «notre grande difficulté, c’est de savoir combien il y a de morts. Autant au mois de décembre il y avait un chiffre qui était d’environ 1000, autant nous avons actuellement du mal à savoir la proportion de personnes décédées. Nous pensons que nous serons surpris du chiffre, lorsque nous l’aurons, car nous ne sommes pas forcément au courant de ce qui se passe dans les quartiers et lorsque nous étions présents à l’hôpital communautaire, nous avions pu constater que nous ne recevions pas forcément tous les blessés, les gens ayant peur de bouger du fait des exactions.»

 

Ailleurs, dans les régions de ce pays grand comme la France et la Belgique où MSF déploie au total 240 volontaires expatriés et 2 000 personnels locaux sur une vingtaine de sites ?

 

«On est toujours aussi inquiets de la situation dans l’ouest. On a toujours des villes où des populations musulmanes sont cloîtrées dans un quartier, à Bossangoa, elles sont dans l’enceinte d’une école, dans celle d’une église à Carnot, et on assiste toujours à un exode de la communauté musulmane vers le Tchad ou le Cameroun tandis qu’en brousse, on voit également des populations chrétiennes qui ne reviennent que timidement vers certaines villes. L’insécurité est forte aussi du fait de la remontée des sélékas vers le nord, comme dans le secteur de Kaga Bandoro, ou dans l’est.»

 

Populations musulmanes subissant des représailles et auxquelles on fait payer par amalgame les pillages des mercenaires sélékas d’un côté, populations chrétiennes victimes d’exactions de ces derniers en pleine retraite, de l’autre… «Le désir de revanche est terrible des deux côtés et nous constatons sur le terrain un déchaînement de violence, un acharnement, une sorte d’excitation des jeunes en colères, car les anti-balakas sont essentiellement des hommes jeunes, des ados mêmes pour certains. Ils ont des chefs, mais jusqu’à quel point sont-ils organisés ? à Carnot, ils sont huit groupes armés différents et dans le nord ouest on voit l’émergence de nouveaux groupes. C’est un pays où tout est en train de bouger et ce sont les populations civiles qui en payent le prix fort, car il ne faut pas oublier qu’avant le 5 décembre, la Centrafrique était déjà un pays avec un système sanitaire qui ne fonctionnait pas, avec un taux de mortalité très élevé, beaucoup d’enfants mourant du paludisme. Vu les conditions sanitaires déplorables dans lesquelles vivent les déplacés, le risque d’épidémie est toujours là», rappelle encore Marie-Elisabeth Ingres. Mais au-delà des vaccinations contre la rougeole, ce sont surtout des blessures par balle, éclats de grenade et armes blanches que soignent les médecins, respectés dans l’ensemble par les deux camps, leur mission restant «d’apporter des soins aux populations et de soulager leurs souffrances.»

 

Une autre voix au téléphone, à présent. Celle de Mathias M’Bilissia, coordonnateur au lycée français de Bangui. «Nous avons pu rouvrir notre établissement, et les établissements privés voisins, comme Sainte-Thérèse ou Saint-Charles ont pu ouvrir aussi», explique-t-il, l’armée française étant là pour surveiller. Ce faisant, «il y a un léger mieux depuis quelques jours. Le lundi 10 février, une trentaine d’élèves de terminale a pu franchir les grilles de l’établissement pour préparer les examens», poursuit Mathias qui reconnaît cependant que «pour ce qui est de la vie quotidienne, on a encore peur, même à Bangui. On peut à tout moment être surpris par une troupe d’anti-balakas, et si on n’est pas d’accord avec eux, on peut être agressé ! Ils sont toujours présents, mais on les voit moins. Simplement, ils se sont regroupés dans certains quartiers.»

 

«Depuis le début du mois de février, on note quand même une amélioration», assure Mathias. «Les gens peuvent commencer à retourner à leur travail, la vie reprend dans les entreprises, les administrations. Et puis la population commence à ressortir le soir. Auparavant, tout le monde rentrait chez soi avant la tombée de la nuit, et n’en bougeait plus. Là, on voit dans certains quartiers des gens qui recommencent à sortir un peu.», poursuit-il, rappelant que «lorsque l’armée française est arrivée, les gens ont poussé un «ouf» de soulagement.» Cependant, si les habitants de Bangui aspirent à un retour de la vie normale, les choses restent difficiles. Les marchés sont approvisionnés, mais «tous les prix sont à la hausse», déplore Mathias,

 

Dans ce pays qui n’en est même pas encore à la convalescence, peut-on alors espérer une paix durable entre des communautés qui se sont déchirées ?

 

«Il faut que les autorités fassent un véritable travail sur cette question. Une vraie éducation, presque un «lavage de cerveau» ! Il faut dire que le temps de la guerre est passé, il faut oublier. Mais hélas certains religieux en sont encore à encourager les criminels !»

 

Mathias espère : «Il faut désormais ouvrir une belle page pour notre reconstruction nationale. Il faut retrouver un pays prospère et développé ! Mais pour cela il faut que nos militaires retrouvent une vraie déontologie. Qu’ils comprennent, du caporal au général, que le temps n’est plus aux vengeances, mais qu’il faut que tout le monde se mette au travail.»

 

Un vœu que partage sans doute Robert, également de Bangui, mais d’un autre quartier et dont le constat est moins optimiste que celui de Mathias. «Chez moi, la violence est toujours là, les anti-balakas font n’importe quoi et dans mon quartier, après 18 heures tu ne peux plus sortir de chez toi car ils ont attiré à eux les grands voleurs qui te guettent pour te prendre tout ce que tu as, ton argent, ton téléphone», témoigne-t-il.

 

D.D./P.C

Lu pour vous : Centrafrique : «le cycle infernal des représailles»

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