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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 12:45

 

 

 

 

http://www.ladepeche.fr/   11/02/2014 à 03:47

 

En mission en Centrafrique depuis octobre, le colonel Tassel, chef de corps du «8», évoque pour nous la situation là-bas et la vie du régiment. Interview exclusive.

 

Le colonel Vincent Tassel commande le Groupement tactique interarmes (GTIA) Amarante de l’opération Sangaris en République Centrafricaine. Il nous a accordé une interview exclusive

 

Colonel, pouvez-vous nous faire un point de situation ?

 

Tous les gars du «8» sont à Bangui à l’heure où je vous parle, sauf un petit détachement qui est à Bossangoa dans le Nord du pays où ils assurent l’échelon de commandement des forces françaises qui y sont déployées. Lors de l’annonce du départ du chef d’état de la transition, nous avons immédiatement déployé un dispositif massif en centre-ville à titre préventif, dispositif que nous maintenons ou allégeons en fonction de la situation. Aujourd’hui, nous faisons face à une situation tendue où les rancœurs et haines accumulées depuis plusieurs mois sont en train de ressortir. C’est pourquoi nous nous déployons massivement dans Bangui, à pied comme en véhicule, afin de ramener un niveau de sécurité minimal. Nous conduisons un effort particulier sur deux arrondissements de Bangui qui concentrent la majorité des actes de violences. Si je devais vous résumer la vie d’un para du «8» en Centrafrique sur une journée depuis le début de notre mission, elle serait longue : patrouilles, check-points, contrôle du non-armement de la population, prises à partie avec riposte, protection de ressortissants en liaison avec l’ambassade, actions de désarmement, discussions avec la population tantôt amicale, tantôt hostile, parfois avec la même foule qui peut en quelques minutes changer d’attitude, interventions pour faire cesser un pillage ou une exaction, organisation d’une réunion avec les chefs de quartier, les autorités religieuses (chrétienne comme musulmane), premiers soins prodigués à des civils blessés, interventions pour faire lever une barricade en feu, escortes d’ONG pour leur permettre d’aller travailler et enfin retour au camp pour quelques heures de repos ! Elles seront courtes car on entend déjà à la radio le PC du régiment qui nous demande de «passer en QRF 5 minutes» : c’est-à-dire d’être prêt à quitter le camp en moins de 5 minutes. La nuit, elle, sera encore longue ! Bien sûr, toutes les journées ne sont pas comme celle-là ; nous avons des périodes d’accalmie où la vie reprend un cours normal dans Bangui. Nous nous concentrons alors sur la remise en condition des hommes et des matériels ainsi que sur des actions plus ciblées auprès de la population et des autorités pour relancer le dialogue et encourager les déplacés à retourner dans leur quartier.

 

Quel état d’esprit à ce jour ?

 

L’état d’esprit des hommes est excellent et toujours concentré sur la mission même si la fatigue commence à se faire sentir. Nous gardons bien sûr en mémoire le sacrifice de nos deux camarades Antoine Le Quinio et Nicolas Vokaer.

 

D’autres missions ?

 

Pas vraiment, mais nos missions comportent des activités très variées, dont : apporter les premiers soins à des civils blessés, discuter et planifier avec les ONG ou encore rencontrer les maires, chefs de quartier, iman et prêtres. Le GTIA a eu aussi à effectuer déjà trois accouchements dans les rues de Bangui.

 

Y a-t-il le temps pour des moments plus «perso» ?

 

Oui bien sûr ils existent, même s’ils ne sont pas forcément très nombreux. Chacun se détend comme il peut, devant son ordinateur ou la télé, autour d’une bière ou d’un Gino (le soda local) frais le soir à la popote. Nous avons parfois le temps de faire un peu de sport, cela permet aussi d’évacuer le stress. Enfin, les naissances et les anniversaires rythment, lorsque c’est possible, la vie des sections. Ces événements permettent aussi de partager ce que nous recevons dans les colis. Et nous suivons les matches du CO lorsque nous le pouvons.

 

Des blessés ? Des rapatriés ?

 

Nous avons eu quelques blessés légers liés uniquement à des entorses ou des traumatismes sonores. Il y a toujours des rapatriements que cela soit pour raisons professionnelles, familiales ou disciplinaires et cette mission n’a pas dérogé à la règle.


 

Conditions de vie très rustiques

«Les conditions de vie ici sont rustiques, comme toujours lors des ouvertures d’opérations, ou quand les effectifs sont multipliés par quatre en l’espace de quelques jours, comme c’était le cas en Centrafrique. Cela implique de gros défis logistiques pour faire face aux problématiques basiques d’eau et de sanitaire. Une partie est logée en dur - nous avons serré au maximum dans les chambres - le reste sous tentes. Nous avons mis en place un système de rotation pour l’ordinaire (1 jour sur 3), le reste du temps, nous sommes en ration avec quelques améliorations comme des légumes, des pâtes et du riz. Je ne m’étendrai pas sur la chaleur (35° à l’ombre en moyenne), ni sur la latérite, cette terre de couleur rouge qui finit par colorer les treillis que nous portons. Nous avons un système de lavage du linge (une fois par semaine) et nous pouvons prendre au moins une douche par jour quand nous ne sommes pas sur le terrain, Enfin, le foyer fonctionne et les compagnies ont pu s’aménager une petite popote.»

Propos recueillis par S. B

Lu pour vous : Castres. Colonel Vincent Tassel du 8e RPIMa : «La situation en Centrafrique reste tendue»

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