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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 02:40

 

 

 

 

 

INTERVIEW - Marie-Elisabeth Ingres est chef de mission pour Médecins sans Frontières (MSF-France) en Centrafrique. "De toute ma carrière d’humanitaire, je n’ai jamais été confrontée à une situation aussi compliquée", affirme-t-il.

 

La France vient d’annoncer l’envoi de 400 militaires supplémentaires. Est-ce une bonne nouvelle? Une mesure justifiée au vu du diagnostic que vous faites sur place?

 

Il est certain qu’il n’y a pas assez de personnes dans le pays susceptibles d’assurer la protection des civils. A Bangui, par exemple, l’ambiance est très étrange. Depuis une semaine ou dix jours, la vie reprend, il y a davantage de commerces ouverts dans certains quartiers, des taxis qui roulent plus nombreux … Mais c’est un calme très relatif. Les tensions demeurent, on entend toujours parler de pillages, de lynchages, notamment dans les quartiers à la sortie de Bangui où les affrontements sont quotidiens.

 

Et dans le reste du pays?

 

La situation est particulièrement tendue dans l’ouest et le nord-ouest. A l’Ouest, depuis environ le 10 janvier, on assiste à peu près tous les jours aux mêmes scènes : la remontée des Sélékas vers le Nord et avec elle la politique de la terre brulée. Des pillages, des maisons brûlées. Mais aussi les anti-sélékas qui ciblent la communauté musulmane, parfois protégée par les soldats africains de la Misca et français de Sangaris mais pas toujours … Des villages ont été entièrement ou partiellement vidés de leur population. Nous sommes très inquiets quant à la protection des civils, quand on sait que ce pays est grand comme la France et la Belgique.

 

Quelles sont vos conditions de travail?

 

Pour les humanitaires, la situation n’est pas simple. Il nous devient très difficile de transporter un blessé musulman en voiture. Or il n’est pas dans nos principes d’être escortés par des militaires. Nous essayons donc de trouver d’autres moyens de les évacuer et de faire passer le message qui est que nous soignons tout le monde, quelle que soit la confession. Nous n’avons jamais été attaqués mais nous entendons des remarques de ci de là. Les menaces ne sont pour l’heure que verbales mais elles sont grandissantes.

 

Quels types de blessures soignez-vous le plus fréquemment?

 

Nous recueillons des blessés par balles, par grenades, et à la machette. Jusqu’au début du mois de janvier, essentiellement des hommes mais désormais nous soignons également des femmes et des enfants.

 

Diriez-vous que la situation s’aggrave dans tout le pays?

 

Oui, je le crois. Nous parvenons à limiter les dégâts mais nous n’arrivons pas à stopper la violence et la haine qui sont en train de germer dans les esprits. C’est un aveu d’impuissance… La criminalité ordinaire augmente elle aussi en l’absence de toute police et de tout système de service public d’Etat, sachant que les fonctionnaires ne sont plus payés depuis cinq mois. Il faudrait impérativement plus de moyens, plus d’acteurs, d’assistance humanitaire, c’est tout un pays qu’il faudrait aider à se relever. Or le désintérêt de la communauté internationale est tel… Nous voudrions notamment que les Nations unies soient plus présentes, plus actives sur le terrain. De toute ma carrière d’humanitaire, je n’ai jamais été confrontée à une situation aussi compliquée.

 

Alexandre Duyck - Le Journal du Dimanche   dimanche 16 février 2014

 

Centrafrique : "Nous n’arrivons pas à stopper la violence et la haine"

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