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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 18:55

 

 

 

 

http://www.lavoixdunord.fr/   PUBLIÉ LE 17/02/2014  Par LAKHDAR BELAÏD

 

Conseillère spéciale d’Amnesty International chargée des crises et des conflits, Donatella Rovera vient de passer un mois en Centrafrique. Évoquant une purification ethnique, l’enquêtrice alerte face au risque d’un exode total des musulmans.

 

Amnesty International publie un rapport alarmant sur la situation du pays. Comment résumer le conflit ?

 

« Dans deux semaines, vues les exactions, il n’y aura plus de musulmans en Centrafrique. Le rapport n’emploie pas le terme de purification ethnique à la légère. Les Seleka, qui ont pris le pouvoir en mars 2013, ont perpétré des violences contre les chrétiens.

 

Les 5 et 6 décembre derniers, lors d’une explosion de folie après le meurtre d’un général par les anti-Balaka, les Seleka ont tué un millier de personnes à Bangui.

 

Après leur départ, les anti-Balaka ont pris le relais, visant, cette fois, les musulmans. Or, ces derniers sont une minorité en Centrafrique, représentant environ 15 % de la population. S’il était illusoire de chasser tous les chrétiens, le pays se vide maintenant de ses musulmans qui paient pour les ex-Seleka. »

 

La situation est-elle incontrôlable ?

 

« Jeudi, nous nous sommes rendus dans le village de Bouguéré, à 250 km de Bangui, pour enquêter sur un massacre survenu fin janvier. Nous avons trouvé un bébé mort dans une maison. Dans une autre, une fillette de onze ans était recroquevillée : la dernière musulmane du village. Un nouveau carnage avait eu lieu trois jours plus tôt. Sur la route du retour, en évacuant la fillette, nous avons traversé le village de Boboua. Les anti-Balaka venaient d’attaquer. Nous avons vu trois corps. Le maire et ses deux fils, semble-t-il. »

Les soldats étrangers sont ils bien perçus ?

 

« Les forces internationales n’ont pas été là où il fallait, quand il le fallait. Personne n’est allé à Bouguéré après les exactions de janvier. D’où l’attaque de lundi dernier. Il y a également le cas de Yaloké, où la force française Sangaris a pris pied.

 

Les musulmans y étaient environ 8 000. Ils ne sont plus que quelques centaines. Malgré la présence de Sangaris, les anti-Balakas ont monté des barrages à l’entrée et à la sortie de la ville. Il y a tout de même eu un laisser-faire. Aujourd’hui, les anti-Balakas attaquent les convois de musulmans fuyant le pays.

 

Dans le sud, nous avons vu des habitants réfugiés dans la brousse pour se protéger. Les moyens n’ont pas été utilisés de la bonne façon. Au moment de la chute du président Djotodia et donc de celle prévisible des Seleka, en janvier dernier, Amnesty International avait tiré la sonnette d’alarme. En vain.

 

Les Français de Sangaris vont passer à 2 000 hommes. La force africaine de la MISCA compte de 5 000 à 5 500 soldats. Les soldats tchadiens ont escorté des Seleka qui en ont profité de cette protection pour commettre des exactions contre les chrétiens. »

 

À quoi faut-il s’attendre maintenant ?

 

« Les commerçants du pays étaient massivement musulmans. Aujourd’hui, la chaîne alimentaire du pays est très perturbée. En même temps, à cause de l’insécurité, le Programme alimentaire mondial a stoppé ses convois routiers ; favorisant les airs.

 

Avant notre départ, on croisait encore des anti-Balakas armés en plein Bangui. Les Seleka se regroupent maintenant dans l’est du pays. Il y a un vrai risque de recrudescence des violences. »

Une opération plus longue que prévue

 

« Je crois que ça sera plus long que prévu, parce que le niveau de haine et de violence est plus important que celui qu’on imaginait », a déclaré le ministre de la Défense. Jean-Yves Le Drian, a estimé samedi que l’opération militaire française pour stabiliser la Centrafrique serait bien plus longue que prévu, au lendemain de l’annonce de l’envoi de 400 soldats français supplémentaires dans ce pays. Une opération militaire « ne se décrète pas comme du papier à musique, il faut s’adapter, se rendre compte des situations et répondre au besoin de sécurité en fonction des événements », a-t-il expliqué.

 

Lors du lancement de l’intervention française, début décembre, le président François Hollande avait évoqué une opération « rapide ».

 

Mais Paris a décidé vendredi, à la demande notamment du secrétaire général des Nations unies Ban Ki Moon, d’envoyer 400 soldats supplémentaires en RCA, ce qui portera à 2 000 les effectifs français dans le pays.

 

« À partir du moment où on s’oriente vers une opération de maintien de la paix au niveau des Nations unies, je pense que cet accroissement de notre présence était indispensable», a souligné le ministre. « Au début d’une opération militaire, on ne peut pas dire à l’avance à quel moment elle finira », a-t-il fait valoir. « Les opérations militaires sont toujours difficiles, s’adaptent en fonction des circonstances, mais nous sommes tout à fait déterminés à ce que la Centrafrique garde son intégrité et que progressivement la sérénité revienne, pour permettre à tous les Centrafricains de vivre ensemble. »

 

Jean-Yves Le Drian a souligné qu’il avait constaté lors de sa visite mercredi à Bangui qu’«il fallait renforcer certains points ».

 

« Il est tout à fait nécessaire de garantir notre présence, c’est la raison pour laquelle le président de la République a décidé de renforcer les forces françaises de Sangaris pour lutter contre toutes les formes d’insécurité, à Bangui et dans l’ensemble de la République centrafricaine », avait-t-il expliqué.

 

Selon le ministre, « il fallait renforcer, mais aussi faire en sorte que la sécurité quotidienne soit assurée ».

 

Car « beaucoup d’exactions » continuent d’être perpétrées en RCA, en raison notamment des rivalités entre les miliciens de l’ex-Séléka (musulmans) et les anti-balaka (à dominante chrétienne).

 

« L’important aujourd’hui c’est la sécurité de proximité (…) C’est pourquoi la présence de gendarmes est indispensable, pour que progressivement l’État centrafricain ait les outils de sa propre sécurité intérieure, avec aussi la nécessité de renforcer la chaîne judiciaire», a-t-il poursuivi.

 

« On est à un passage entre une force d’intervention militaire et la nécessité d’une sécurité de proximité qui va venir et à laquelle les forces françaises apporteront leur soutien et leur capacité de formation », a-t-il conclu.

 

 

 

 

Centrafrique : « les forces internationales n’ont pas été là où il le fallait, quand il le fallait »

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