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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 20:50

 

 

 

TEMOIGNAGE DE MAITRE NICOLAS TIANGAYE

A L’OCCASION DES OBSEQUES DE MAITRE ZARAMBAUD ASSINGAMBI DECEDE A PARIS LE 16 JANVIER 2014

 

            Nous pleurons aujourd’hui un homme dont le parcours a brillé de mille feux, irradiant de nombreux visages déshérités, rappelant par-ci les exigences du devoir, par-là les injonctions du droit, distillant sur son passage un humanisme passionné et enthousiaste.

 

             Il est triste de penser que c’est lorsque les grands hommes rencontrés sur le chemin de nos vies disparaissent qu’on éprouve le besoin de dire tout haut ce qu’on avait jamais osé exprimer par pudeur, et aussi par respect.

 

          C’est un hommage mérité que je me fais le devoir de rendre aujourd’hui à mon Maître, c’est-à-dire à celui qui m’a formé, qui a guidé mes premiers pas dans la profession d’avocat. J’étais son premier stagiaire.

 

On dit que « Le Maître véritable n’est pas celui qui a le plus de disciples, mais celui qui crée le plus de maîtres ».

 

                  Et ZARAMBAUD était un véritable Maître. N’a-t-il pas à son actif  la formation d’une quinzaine d’avocats dont deux étaient devenus Bâtonniers ?

 

                  Maître ZARAMBAUD était le premier centrafricain à avoir porté la robe d’avocat en France où il avait prêté serment devant la Cour d’Appel de Paris en 1973. Quarante ans d’exercice de la profession. Quel long parcours !

 

                  Il sera aussi le premier Bâtonnier centrafricain de 1992 à 1994. J’ai eu l’insigne privilège de lui succéder à cette fonction ordinale.

 

           Il était dans la lignée de nos doyens HIRSCH, SOUQUET et ZOKOEZO.

 

                 Très tôt, il avait pris conscience  que l’avocat centrafricain doit être au centre des changements qui se dessinent partout sur notre continent,  mais également et surtout  de l’expression des propres aspirations du peuple Centrafricain à la liberté et à la démocratie.

 

Sa fibre patriotique lui faisait prendre conscience que les avocats dans nos pays ne devaient pas se contenter d’être des diseurs de droit, mais d’être aussi des faiseurs de nation.

 

                   C’est pourquoi, il ne se privera pas de prendre position sur toutes les questions qui concernent le destin de la nation centrafricaine.

 

                   Il paiera un lourd tribut pour cet engagement.

 

                   J’ai encore en mémoire les conseils qu’il me prodiguait au téléphone au début de ce mois sur sa vision de la tragédie que vit notre pays. S’il était loin de la RCA, la RCA était dans son cœur.

 

                     C’était là quelques unes des multiples facettes du Bâtonnier ZARAMBAUD ASSINGAMBI.

 

                    Maître ZARAMBAUD « était assoiffé d’idéal ; il était pétri d’une rigueur quelque fois provocante mais tissé d’une amitié exigeante et d’une chaude fraternité ».

 

                   Maître ZARAMBAUD était de tous les combats : combat pour la dignité, combat pour la liberté, combat « pour le triomphe de l’ange sur la bête, de la lumière sur l’ombre ».

             

                    Oui, avec la disparition de Maître ZARAMBAUD, c’est une étoile dans le firmament de la justice centrafricaine qui vient de s’éteindre ; un baobab vient de tomber. C’est une grande perte non seulement pour le Barreau, mais aussi pour la justice de notre pays.

 

                    ZARAMBAUD était l’avocat centrafricain le plus talentueux de sa génération. Il était le meilleur de nous tous.

 

                     Et il nous quitte au moment où nous avons encore besoin de ses compétences. Il laisse orphelins non seulement ses enfants mais aussi les victimes des crimes de  Jean Pierre BEMBA dont il assurait la défense des intérêts devant la Cour Pénale Internationale de la HAYE.

 

Il laisse orphelins les jeunes joueurs de son équipe de basket : ZARASCLO.

 

                       Tout ce parcours d’homme de conviction, avec bien sûr des éclats et un sens de l’humour et de générosité dont seul Maître ZARAMBAUD était capable !

 

                    Et j’ai envie de dire :

 

  • ZARAMBAUD face à lui-même ;
  • ZARAMBAUD égal à lui-même ;
  • ZARAMBAUD si pluriel au service des opprimés, des offensés, des victimes d’injustice.

 

       Monsieur le Bâtonnier  ZARAMBAUD,  mon cher confrère, la République Centrafricaine vient de perdre en toi un de ses dignes fils, « un de ceux qui ont dédié leur vie à la défense de l’humanité dans l’homme », toi qui as œuvré inlassablement dans ce pays qui t’a vu naître et au-delà en Afrique, dans le monde pour que le droit soit dit, pour que le faible ne soit pas écrasé par l’argument de la force, pour que la force de l’argument s’impose à l’arbitraire, à l’injustice, pour que les impulsions et les passions du cœur n’étouffent pas la voix de la raison.

 

            ZARAMBAUD mon cher confrère, les pages que tu as écrites pour que germe la démocratie, pour qu’elle s’enracine dans ton pays, pays auquel tu as donné le meilleur de toi-même, continueront à inspirer les générations futures.

               

            Ces pages constituent le testament politique que tu lègues à la postérité.

 

           Maintenant, la porte du destin a fini par se refermer.

 

           Aujourd’hui, la voix d’un tribun hors pair s’est définitivement éteinte.

 

           Et nous n’entendrons plus ses brillantes plaidoiries. Nous ne liront plus ses articles  passionnément enflammés  mais raisonnablement lucides. Aujourd’hui, le rideau est tombé sur un acteur mais les actes qu’il a posés continueront à éclairer notre chemin.

 

            L’homme est parti parce que le contrat est rempli, mais ses actes et ses convictions défieront le temps.

 

            La recherche forcenée de la justice, la passion exacerbée  de la vérité, le courage, la loyauté, le sens de l’humour sont ses qualités.

 

              Ce sont ces qualités qui lui ont valu tant d’amour de ses compatriotes et tant de considération.

 

            Le destin a accompli son œuvre, nous nous y soumettons. Nous garderons de toi l’image du serviteur infatigable des opprimés.

 

             Notre peine est immense, notre douleur profonde.

 

             Monsieur le Bâtonnier, mon cher confrère, mon cher grand frère, tu as choisi de te reposer pour toujours. Je n’ai aucun doute que tu rencontreras sur le sentier de l’Eternel ton grand frère, François GUERET qui nous a quitté il ya deux mois, ton cadet Maître Jean-Pierre ZARAMBAUD, nos doyens HIRSCH, SOUQUET, ZOKOEZO et nos confrères Charles DOUZIMA, Philippe NGARKASSA, Victorien MOGBA TITA, Jean-Louis GOUMBETTI, Jean- Pierre KABYLO, Eugène KONDOLAS, GOUNGAYE WANFIYO et tant d’autres qui nous étaient chers.

 

               Et là où tu es maintenant, tu veilleras sur ton épouse Claude, sur tes enfants Ernestine, David, Michael, et sur ta petite-fille Joyce.

 

               Nous qui te pleurons aujourd’hui, nous attendions encore beaucoup de toi et tu es parti sans avoir vidé ton carquois dans ce combat pour la survie de ton peuple.

 

       Mais saches que tu serviras d’exemple à tous ceux qui sont animés du même idéal. Alors, alors seulement, tu te souviendras de cette phrase de Robespierre :

                  

                   « La mort est le commencement de l’immortalité ».

 

 

 

 

                                                                                  Maître Nicolas TIANGAYE

                                                                                           Avocat à la Cour

                                                                                  Ancien Bâtonnier de l’Ordre

Me ZARAMBAUD a été porté en terre ce jour à Bangui : Témoignage de Me Nicolas TIANGAYE

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