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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 18:46

 

 

 

 

 

RFI  vendredi 17 janvier 2014 à 13:43

 

En Centrafrique, c’est le lundi 20 janvier que les 135 membres du Conseil national de transition (CNT) élisent le nouveau président de la transition. Mais beaucoup de grandes figures du pays ne pourront pas être candidates, faute de répondre aux 17 conditions fixées par le CNT. Mais qu’en pense Martin Ziguélé, qui préside le Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC) et l’Alliance des forces démocratiques de la transition ? En ligne de Bangui, l’ancien Premier ministre centrafricain répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

 

RFI : Il y a une semaine, le Parlement de transition a été convoqué à Ndjamena pour forcer Michel Djotodia à démissionner. Est-ce que votre pays n’a pas été mis sous tutelle ?

 

Martin Ziguélé : Je ne pense pas que le pays a été mis sous tutelle. Mais il est vrai qu’aujourd’hui même, l’Alliance des forces démocratiques de la transition [AFDT] a fait un communiqué dans lequel nous déplorons le fait que l’on ait déplacé à Ndjamena tout un parlement provisoire uniquement pour décider du sort des deux responsables de la transition, ce qui aurait pu être fait ici. Et nous avons souhaité qu’à l’avenir de telles dispositions puissent être évitées pour garder la crédibilité du processus.

 

En 2003, François Bozizé a été porté au pouvoir avec l’aide du Tchad. En 2013, il a été abandonné par le Tchad au profit de Michel Djotodia. Est-ce que votre voisin du Nord n’est pas venu trop influent ?

 

Je pense à l’adage d’Amadou Toumani Touré, l’ancien président malien et qui était le responsable de la Misca déjà en 2000 à Bangui. Ils nous avaient dit que « Si vous n’avez pas votre chien de garde chez vous, vous aurez chez vous le chien de votre voisin ». Donc nous nous plaignons aujourd’hui d’un tel voisin, mais demain ça peut être n’importe quel voisin parce que nous avons failli à notre première mission, celle de construire un Etat, une armée, pour protéger ce pays.

 

Dans quelques jours, le Conseil national de transition doit élire le successeur de Michel Djotodia sous pression de la communauté internationale. Les 135 membres de ce CNT viennent de renoncer à être éligibles. C’est une bonne chose ?

 

Dans le contexte sensible de cette transition, les membres du CNT n’ont pas voulu être à la fois juge et partie pour ne pas donner l’impression qu’ils voudraient préempter le poste au détriment d’autres compatriotes. La sagesse a prévalu. Il ne faut pas qu’à l’occasion de cette élection, des problèmes supplémentaires surgissent pour ébranler le petit apaisement que nous commençons à connaître depuis à peu près une semaine.

 

Ne peuvent pas se présenter non plus les membres d’une rébellion ou d’une milice au cours des vingt dernières années. Mais vu le nombre d’incidents armés dans le passé, est-ce que cela ne risque pas d’exclure des gens très compétents ?

 

Oui. Si les conseillers ont décidé d’arrêter ces critères, c’est pour éviter que des personnes qui pourraient être l’objet de crispations puissent se retrouver demain dans la liste des candidats à élire.

 

Sont exclus encore les militaires et les dirigeants des partis politiques, est-ce que ça veut dire que l’homme ou la femme qui succèdera à Michel Djotodia sera un religieux ou un membre de la société civile ?

 

L’exclusion des militaires, à mon avis, se justifie parce que nous avons un problème dans ce pays. Je suivais il y a quelques jours le général Bombayéké, chef d’état major, sur vos antennes, et il disait que « la plus grande faute que nous avons commise, c’est de construire des armées qui se sont mises au service d’un individu au lieu de se mettre au service de l’Etat ». Donc si ces mêmes cadres militaires aspirent à des fonctions politiques, même temporaires, ça brouille l’image de ces cadres militaires et ça isole des hommes politiques ou des responsables des partis politiques. Les conseillers ont voulu faire garder cette neutralité à la présidence du Conseil de transition. Ceux qui restent qui peuvent être candidats, le cercle est assez réduit, et on s’oriente naturellement vers des personnalités de la société civile, hommes ou femmes, je ne saurais vous le dire.

 

Si c’est la société civile, est-ce que madame la maire de Bangui, Catherine Samba-Panza a ses chances ?

 

Lorsque ces candidatures seront connues, naturellement l’AFDT, c’est-à-dire le regroupement des partis de l’ancienne opposition démocratique, prendra position.

 

Si le futur président n’est ni un homme d’Etat expérimenté, ni un militaire, est-ce qu’il pourra inspirer confiance aux belligérants, les Seleka et les anti-Balaka ?

 

Un homme d’Etat c’est comme une plante : elle naît, elle grandit et elle se construit ! Donc il n’y a pas d’autorité innée, il n’y a pas non plus de compétence innée, tout s’acquiert. Et lorsque la volonté politique existe, il y a des femmes et des hommes de bonne volonté qui peuvent aider à la résolution des problèmes.

 

Vos partisans espèrent que vous serez candidat à la prochaine élection présidentielle, mais d’ici là pensez-vous que la force africaine Misca suffira à protéger cette transition ou faudra-t-il la coiffer avec une force des Nations unies ?

 

Tous les spécialistes s’accordent à dire que la dimension actuelle de la Misca n’est pas suffisante pour sécuriser un pays comme la RCA qui est aussi grand que la France métropolitaine, la Belgique, le Luxembourg réunis. Je plaide ouvertement pour une augmentation très sensible des effectifs de la Misca et je plaide également pour un passage le plus rapidement possible à une opération de maintien de la paix des Nations unies pour permettre dans la durée de reconstruire ce pays qui en réalité est dans une situation d’insécurité depuis au moins une vingtaine d’années.

 

Oui, mais vos partenaires de la Communauté économique des États d'Afrique centrale (CEEAC), notamment le Tchad, ont dit il y a deux semaines aux Nations unies à New York que la transformation de la Misca en force de l’ONU n’était pas une urgence et qu’il fallait d’abord donner sa chance à la Misca ?

 

Je n’ai pas eu la même impression. Ils ont dit simplement que la Misca venait de commencer le 20 décembre et qu’il fallait [lui] donner un peu de temps pour prendre ses marques, pour faire ses preuves avant de penser à une opération de maintien de la paix. Mais au-delà de ces déclarations, tout le monde sait que cette mission de la Misca doit évoluer à terme vers une mission des Nations unies parce que nous vivons aujourd’hui dans notre chair l’échec d’une « guéguerre » qui a été faite il y a quelques années. C’est pour cela qu’au-delà du désarmement et de la sécurisation du pays, il y a tout un grand travail à faire, [celui] de la démobilisation et de la réinsertion.

Martin Ziguélé sur RFI : «Nous avons failli à construire un Etat centrafricain»

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