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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 23:42

 

 

 

 

BANGUI Mercredi 22 janvier 2014 | 22:04 UTC (©AFP) - Quatre jeunes hommes poussent en courant une brouette sur laquelle gît un adolescent, profondément entaillé à la jambe par un violent coup de machette. Ce sont des chrétiens, du quartier PK-13, à la sortie de Bangui, où règne mercredi une ambiance de guerre.

 

"Les musulmans ont pris une personne ce matin, ils l'ont coupé en morceaux", accuse Ghislain Patrick, une vingtaine d'années: "ils nous ont même lancé une roquette".

 

Un soldat français de l'opération Sangaris, qui a positionné deux blindés à un kilomètre de là, au PK-12, quartier commerçant, raconte ce qu'il vient de voir depuis le check-point: "des musulmans, réfugiés plus loin dans une mosquée, ont tenté de venir faire des courses. La population les a attaqués".

 

Au PK-13, une vingtaine de musulmans sortent prudemment d'une concession, située près d'un édifice de l'Eglise du christianisme céleste, celle de l'ex-président François Bozizé, renversé en mars 2013 par la rébellion Séléka à dominante musulmane.

 

Les quartiers PK-12 et PK-13, à la population "mixte", résument le drame infernal qui se joue en Centrafrique entre communautés chrétienne et musulmane.

 

Ici, à la sortie nord de Bangui, à l'intersection de deux routes filant l'une vers le Cameroun, l'autre vers le Tchad, vivaient en paix chrétiens et musulmans avant l'arrivée en force de la Séléka, qui a terrorisé les chrétiens.

 

La situation s'inverse maintenant, et devient terrible pour les musulmans attaqués par les milices chrétiennes anti-balaka.

 

La nouvelle présidente de transition, Catherine Samba Panza, qui doit prêter serment jeudi, a lancé un vibrant appel à ses "enfants" chrétiens et musulmans, les enjoignant à déposer les armes. Mais sur le terrain, la situation est loin d'être pacifiée.

 

"Les anti-balaka nous ont attaqués ce matin, ils nous ont lancé une grenade. On a nos bagages prêts, mais on n'a pas d'endroit où aller!", affirme Yaya.

 

"On est né ici, on n'a pas envie d'aller au Tchad, pour faire quoi?", poursuit Omar, très excité. Un véhicule de la Croix-rouge démarre, avec à son bord "un vieux que les chrétiens +ont tiré+ avec une arme automatique", dit-il.

 

Un groupe d'anti-balaka remonte la route, visiblement pour en découdre de nouveau.

 

 On pille tout et n'importe quoi

 

 Surgissent alors deux blindés et deux pick-up montés de mitrailleuses lourdes de soldats rwandais, tout nouveaux venus dans la force africaine et déjà en opération d'urgence.

 

Le commandant donne ses ordres. Deux colonnes de militaires à pied se forment de chaque côté de la route pour sécuriser la zone d'où montent des fumées de maisons incendiées.

 

Quelques tirs éclatent au loin. Les Rwandais imperturbables demandent aux musulmans de sortir de leurs maisons avec leurs armes, après avoir entouré la concession.

 

Ils font lever leurs chemises aux hommes pour s'assurer qu'ils ne cachent pas couteau, machette, grenade ou pistolet. Certains, en s'exécutant, dévoilent une ceinture munie de gris-gris, censés protéger, par delà leurs haines actuelles, autant les musulmans que les chrétiens, imprégnés d'animisme ancestral. Les Rwandais leur laissent ces gris-gris.

 

Soudain, des chrétiens traversent la route en courant pour piller les maisons des musulmans non loin d'une mosquée blanche qui, selon l'un d'eux, "demain, n'aura plus sa toiture".

 

Dans ce quartier aux rues défoncées de latérite rouge, les chrétiens viennent faire leur marché sauvage.

 

Vélo rouillé sans roues, casserole et marmite, tigre en peluche mitée, mortier géant et son pilon de bois, chaises en plastique, lance, arc et flèches, tout est pillé.... Stella a choisi des fleurs en plastique pour décorer sa maison.

 

Les Rwandais intiment bien à certains de déposer leurs butins. Mais la foule de pillards - hommes, femmes, enfants, vieux - s'enfuit dans le dédale des ruelles.

 

Au bord de la route, le commandant rwandais, bâton en main, fait la morale aux chrétiens : "Ne pillez pas!". Ils répondent en choeur: "C'est la colère!"

La haine tenace dans les quartiers "mixtes" de Bangui

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