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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 21:57

 

 

 

 

 

par Emmanuel Braun

 

BANGUI 24/01/14 20:33 (Reuters) - Un ancien ministre musulman, Joseph Kalité, a été tué vendredi à coups de machette à Bangui, la capitale centrafricaine confrontée à une escalade de la violence au lendemain de l'investiture de la nouvelle présidente par intérim, Catherine Samba-Panza.


Neuf autres personnes sont tombées dans la journée sous les coups de groupes armés dont certains appartenaient aux milices chrétiennes anti-balaka. Des commerces ont été pillés dans le quartier de Miskine, peuplé en majorité de musulmans, ont rapporté des témoins.


Joseph Kalité, qui fut plusieurs fois ministre, notamment du Logement, sortait d'un taxi lorsqu'il a été agressé, a raconté l'un de ses proches par téléphone à Reuters.


"Les anti-balaka l'ont frappé à coups de machette et de bâton jusqu'à ce qu'il succombe", a-t-il dit. Un beau-frère de Kalité, qui se trouvait avec l'ancien ministre, a réussi à échapper aux agresseurs.


Le corps de Joseph Kalité a été conduit à la mosquée Ali Babolo où des reporters de Reuters ont pu voir son corps mutilé.


"Il n'avait pas de fonction au sein de la Séléka", l'ex-mouvement rebelle musulman", a assuré à Reuters Mahmoud Hissène, vice-président d'une organisation de jeunesse islamique. "Il avait même été exclu de la Séléka mais c'était un responsable musulman et c'est pour cela qu'il a été lâchement assassiné."


Depuis l'intervention des forces françaises le mois dernier, et profitant de la désorganisation et du désarmement de certains miliciens musulmans, des chrétiens mènent des opérations de représailles contre les hommes de la Séléka et les civils musulmans.


Les pillages de magasins vendredi à Miskine ont pour leur part entraîné des représailles menées par des combattants musulmans. Des explosions et des fusillades ont été entendues dans le secteur.


Des soldats français et le contingent rwandais de la force de paix africaine, la Misca, sont intervenus et ont tiré des coups de semonce pour séparer les belligérants.


PLUS DE 2.000 MORTS


Le président de la Croix-Rouge centrafricaine, le pasteur Antoine Mbao Bogo, a annoncé que neuf corps, en plus de celui de Joseph Kalité, avaient été retrouvés sur les lieux des affrontements, qui ont fait aussi onze blessés.


Dans le quartier PK12, également largement peuplé de musulmans dans le nord de la capitale, des habitants craignant pour leur sécurité ont décidé de quitter la ville en convoi sous escorte militaire.


Alors qu'ils entassaient leurs maigres biens dans des camions, des anti-balaka rassemblés à quelques centaines de mètres d'eux les insultaient et se moquaient d'eux. Des soldats français ont séparé les deux camps.

Depuis décembre, date du début de l'intervention militaire française aux côtés de forces africaines pour tenter de rétablir la sécurité dans le pays, les violences ont fait plus de 2.000 morts et un million de déplacés selon l'Onu.


Première femme élue à la tête de la Centrafrique depuis l'indépendance du pays en 1960, Catherine Samba-Panza, ancienne maire de Bangui, a dit son intention d'ouvrir le dialogue avec les représentants des groupes armés pour tenter de ramener le calme.


La présence sur le terrain de 1.600 soldats français et de 5.000 soldats africains n'a pas permis pour l'heure d'apaiser les tensions. L'Union européenne a annoncé l'envoi de 500 militaires qui seront basés dans les environs de Bangui et devraient rester sur place pendant six mois avant de passer le relais à la force de l'Union africaine.


Réunis lundi à Bruxelles, pays donateurs et organisations internationales ont promis près d'un demi-milliard de dollars d'aide humanitaire à la République centrafricaine.


Des élections sont prévues au plus tard d'ici février 2015 en Centrafrique.


 

Avec Paul-Marin Ngoupana, Guy Kerivel pour le service français

 

 

 

La Centrafrique plongée dans une spirale de représailles

 

Le Monde.fr |  • Mis à jour le  |Par Cyril Bensimon

 

A une centaine de mètres du bien mal nommé rond-point de la Réconciliation, sur le bas côté de l'avenue des Martyrs, un homme en costume noir agonise au milieu des hautes herbes. Il tente de lever un bras déchiqueté lorsqu'une équipe du CICR le recueille.

 

« C'est l'ancien ministre Joseph Kalite. Nous étions en taxi quand les jeunes bandits nous ont attaqué au croisement avec des couteaux », raconte son cadet, Noussa Hébint Noubkidive, dépouillé de ses chaussures, de son téléphone et de ses pièces d'identité. Des soldats équato-guinéens de la Misca viennent de le sauver. L'ancien ministre, lui, succombera quelques instants plus tard à l'hôpital communautaire après avoir été poignardé au cou, à la tête et aux bras, tué pour avoir été trop proche de ses « parents » goula et musulmans de la Séléka.

 

« Les blessures ont évolué. Il y a encore des blessés par balle mais aujourd'hui, l'essentiel des personnes que nous soignons ont été blessées à l'arme blanche ou par des jets de grenades. Hier, on a eu dix passages au bloc. C'est quand même beaucoup pour une période où l'on parle de calme relatif », estime André Munger, l'un des responsables de Médecins sans frontières en RCA.

 

A peine a-t-il fini sa phrase que de nouvelles victimes arrivent accompagnées de leur famille. Prince Fionboy, 16 ans, a pris une balle dans la tête. « Au début, on a appris que les [milices chrétiennes] ‘anti-balaka’ s'étaient infiltrés dans le marché de Miskine. Après, les Séléka ont tiré à bout portant sur la population civile. Les soldats rwandais de la Misca sont passés à pied en colonne mais dès qu'ils sont partis, ça a recommencé », raconte son petit frère André. Chacun pleure ses morts dans un hôpital où les tentatives d'enlèvement des blessés de l'ennemi se poursuivent.

 

LES EXACTIONS SE POURSUIVENT

 

A Bangui, vendredi 24 janvier, la situation était encore extrêmement tendue. Affrontements à l'arme à feu, assassinats vengeurs à l'arme blanche... Ces trois derniers jours, de multiples incidents mortels se sont produits dans la capitale, principalement aux frontières entre les secteurs chrétiens et musulmans ou autour des camps militaires où sont casernés les centaines de combattants de la Séléka, qui ne sont pas remontés vers le nord du pays ou ne se sont pas dispersés en civils dans les quartiers.

 

Mercredi, de graves violences se sont produites à quelques dizaines de mètres de la demeure de la nouvelle présidente Catherine Samba-Panza. L'ambassadeur de France, Charles Malinas, est resté bloqué pendant plus d'une heure à ses côtés après qu'une foule de badauds et d'« anti-balaka » aient lynché quatre prisonniers Séléka de la prison.

 

A l'intérieur du pays, des combats, des actes de représailles sont signalés entre les éléments de la Séléka qui tentent de regagner leurs fiefs du nord et de l'est du pays et des groupes de miliciens « anti-balaka » qui progressent dans tout l'Ouest. « C'est pas bon, la situation est en train de nous échapper », confie une source diplomatique. Les soldats français et africains, trop peu nombreux et pas formés pour ce type de mission de maintien de l'ordre, ont le plus grand mal à empêcher les exactions commises le plus souvent par des civils sur des civils.

 

LA NOUVELLE PRÉSIDENTE INVESTIE

 

Cette semaine a pourtant laissé espérer un apaisement. Après son élection lundi par les membres du conseil national de transition, Catherine Samba-Panza a été investie trois jours plus tard comme chef d'Etat de transition. La cérémonie, en présence de Laurent Fabius, passé en coup de vent pour signifier à la nouvelle présidente que la France est à ses côtés, s'est déroulée dans un syncrétisme de protocole légué par la colonisation française et de coutumes traditionnelles.

 

Sous le regard des dix juges de la cour constitutionnelle de transition en cape d'hermine, Catherine Samba-Panza s'est vue successivement remettre l'écharpe de grand  croix du mérite centrafricain par le grand chancelier, le drapeau national par le chef d'état major, un bouclier et un couteau de jais par un vieux chasseur habillé d'un costume de peaux de boa et d'écorces de bois et enfin une calebasse d'abondance.

 

Dans la salle de l'assemblée nationale, chacun y allait alors de son éloge, pas toujours désintéressée, pour la remplaçante de Michel Djotodia, évincé le 10 janvier sous pression internationale et en particulier de la France. Il y a cinq mois, le 18 août 2013, quelques heures après que des roquettes se soient abattues autours de l'Assemblée nationale, l'ancien chef de la Séléka avait prêté serment avec des breloques en toc payées à prix d'or.

 

LES SÉLÉKA DANS L'ATTENTE

 

Aujourd'hui, Catherine Samba-Panza bénéficie d'un a priori très favorable des diplomates occidentaux. L'Union européenne a promis d'envoyer 500 soldats. Les bailleurs de fonds promettent de rouvrir le robinet de l'aide. Mais les urgences sécuritaire et humanitaire perdurent, et celle qui devra conduire le pays à des élections doit composer très rapidement un gouvernement, selon ses dires, de dix-huit technocrates. Les déçus, qu'ils soient politiciens ou membres d'un groupe armé, risquent de se faire entendre.

 

Alors que les groupes « anti-balaka » promettent d'observer une trêve qu'ils ont déjà rompu, les Séléka, même divisés et affaiblis par la pression des forces françaises et le départ de leurs deux principaux responsables, Michel Djotodia et Noureldine Adam, le patron des services de renseignement, promettent qu'ils ne resteront pas éternellement les bras croisés à regarder tous les pouvoirs leur échapper pendant que leurs parents se font massacrer.

 

« On ne souhaite pas en arriver là mais on attend le top des généraux pour sortir de nos camps. On est prêt à mourir », jure le jeune Ahmat. Furieux, le général Afsakine, lui, dit avoir trouvé la solution à tous les problèmes nés du déclenchement de l'opération Sangaris : « Il faut déclarer la guerre civile ».

 

  Cyril Bensimon 

 
Journaliste au Monde

Escalade de la violence en Centrafrique, un ex-ministre tué

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