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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 23:30

 

 

 

 

 

 

Le président de transition, Michel Djotodia, ne se répand pas beaucoup dans les journaux. Cette interview est sa première grande sortie dans la presse écrite internationale. Il passe tout en revue et n’esquive aucune question d’actualité. 

 

Afrique Education : Cette interview se fait dimanche lundi 2 décembre, au Camp de Roux, soit 4 jours avant le Sommet de l’Elysée sur la Paix et la Sécurité, auquel participent les dirigeants européens, le secrétaire général des Nations-Unies et la quasi-totalité des chefs d’Etat africains sauf quelques-uns dont vous-même. Etes-vous frustré de ne pas y avoir été invité ?

 

Michel Am Non Droko Djotodia : Absolument pas. Le gouvernement français m’a fait savoir qu’il respecterait les principes de l’Union africaine (de ne pas inviter à des conférences internationales des chefs d’Etat issus de putschs, ndlr). Je serai donc, valablement, représenté par le premier ministre de transition, Nicolas Tiangaye, qui parlera en mon nom.

 

Bangui, la capitale que je connais, donne l’image d’une ville à l’abandon. Sous Ange-Félix Patassé, je l’avais visitée trois fois. En 1995, Afrique Education avait même organisé un séminaire de spécialisation des journalistes en éducation et formation avec le ministre Mberio. Sous François Bozizé, quand j’y suis venu, en 2009, son état était déjà catastrophique. Je me souviens qu’après la pluie, en pleine ville, il était impossible de circuler à pied à cause du mauvais état des routes, avec des nids de poules contenant de flaques d’eau. Le moindre automobiliste malveillant vous salissait le pantalon. Aujourd’hui, Bangui que je visite me laisse tout simplement sans voix. Est-ce que je noircis, volontairement, le tableau ?

 

D’abord, on souhaiterait que vous reveniez former nos jeunes journalistes. Ils en ont besoin. Ce que vous dites sur l’état de la vie n’est que la vérité. Le pays a sombré. En dix ans, Bozizé a conduit la RCA dans l’abîme. L’insécurité est totale. L’économie est délabrée. Rien, absolument rien, ne marche. J’ai trouvé le pays dans un chaos indescriptible. Un véritable désastre.

En 2008, ses enfants, ses neveux et lui-même, avaient racketté les bureaux de diamants. Il n’y a plus rien en Centrafrique. A cause de sa malgouvernance, l’insécurité a fait partir toutes les entreprises minières, forestières et industrielles, qui opéraient dans l’arrière-pays. A Bangui, il n’y avait déjà pas grand-chose. Cette situation a généré un grand mécontentement dans le pays. Quand je suis arrivé, je n’ai rien trouvé. Je ne savais même pas par où commencer pour relancer la machine.

 

On m’a montré quelques ponts cassés que vous aviez remis en service et des axes routiers pleins de trous que vous êtes en train de refaire. Où trouvez-vous les moyens que Bozizé visiblement n’avait peut-être pas ?

 

En tant que patriote, je me débrouille avec le peu de moyens dont je dispose. Les aides que mes homologues chefs d’Etat me donnent, m’aident énormément à essayer de parer au plus pressé. Sinon, il me serait impossible de faire quoi que ce soit. Je profite d’ailleurs de l’occasion que vous me donnez pour les remercier car ils me tendent la main en attendant que les bailleurs de fonds prennent le relai.

 

Je dois quand même vous dire que Bozizé s’est comporté comme un ennemi de la RCA. Sinon comment comprendre qu’avant de partir, il ait détruit jusqu’aux ordinateurs et imprimantes des bureaux, cassé les portes et les fenêtres, saccagés le parc de Mercedes Benz de la présidence, et placé des mines antipersonnel partout ?

 

Vous avez pris le pouvoir pour mettre fin à la situation qui prévalait sous Bozizé. Laissons d’abord les questions économiques pour parler de paix et de sécurité sur l’ensemble du territoire. On en est loin. La sécurité n’est pas garantie, même à l’intérieur de Bangui. Cela est dû à quoi ?

 

C’est exact. J’ai hérité d’une situation catastrophique mais je voudrais laisser un pays debout. Je ne cesse de le répéter. Je dis : « Aidez-moi », sinon, on n’y  parviendra pas. Le pays est étendu sur 623.000 km². Cela dit, je garde la patience du varan. L’insécurité qui prévaut dans le pays est le fait de Bozizé. Quand il a vu que la fin de son deuxième et dernier mandat approchait alors qu’il voulait s’accrocher au pouvoir en piétinant la constitution, il s’est mis à tenir un discours qui en rajoutait à l’insécurité ambiante. Il a beaucoup utilisé la radio d’Etat pour faire passer ses messages de haine. Il invitait les Centrafricains à prendre les armes. Vous avez entendu parler des gens comme Lévi Yakité, Steve Yambété et autres. Ils ont été utilisés pour mobiliser les Centrafricains à la défense du pouvoir de Bozizé. Il a distribué des armes de tous calibres à la pelle. A l’heure où je vous parle, les armes sont partout, surtout, entre les mains des personnes qui ne devraient pas en disposer. C’est une situation vraiment dangereuse. Je ne sais pas s’il a réellement mesuré les conséquences de se actes.

 

Les Centrafricains pensent aussi que les Séléka ont amplifié cette situation d’insécurité, et que vous ne faites pas grand-chose pour y mettre un terme.

 

Je dois d’abord dire que les frontières de la RCA sont poreuses. Les bandits entrent sans contrôle, s’installent comme bon leur semble et disent qu’ils sont des Séléka. On n’a pas les moyens de vérifier puisque l’administration préfectorale et sous-préfectorale ne fonctionne pas dans l’arrière-pays. Voilà pourquoi ces trafiquants de toutes sortes, ces coupeurs de route, ces bandits de grands chemins, viennent chez nous, librement, faire leur marché. C’était déjà le cas sous Bozizé. La seule différence, c’est que, aujourd’hui, l’insécurité s’est beaucoup accrue dans le département de l’Ouham qui est son département d’origine. Je pose la question de savoir, pourquoi c’est seulement dans ce département sur les 14 que compte le pays, qu’on parle de génocide ? Il y a beaucoup de manipulation chez Bozizé et ses partisans. Il y a certes des difficultés, la pauvreté est réelle, mais on fait tout pour y faire face. A l’archevêché de Bossangoa, les gens sont nourris, soignés, sans frais. Conséquence, beaucoup d’autres viennent quand bien même ils ne sont pas dans le besoin.

 

Où se trouve présentement François Bozizé ?

 

Au moment où je vous parle, il est à Entebbe, en Ouganda, depuis 2 jours. Mais, il y a 5 jours, de cela, il était à Douala au Cameroun, pour y prendre part à une réunion.

 

Il y a aussi beaucoup d’insécurité dans cette partie du pays.

 

L’insécurité vient, essentiellement, de la présence de Joseph Kony (leader de la LRA) et ses hommes. Bozizé avait sous-traité la sécurité de l’extrême Sud-Est du pays. Obomou a été sous-traité à Museveni (président ougandais, ndlr). Les troupes ougandaises font ce qu’elles veulent dans cette zone. Les Etats-Unis y possèdent aussi des hommes. Sans résultat pour le moment.

 

Que faut-il faire alors ?

 

Il faut procéder au ramassage des armes. Il faut, aussi, désarmer des éléments incontrôlés qui se font appeler Séléka. Les prisons sont vides et non réhabilitées. Il faut les remplir. Je précise que c’est moi qui ai réhabilité  la prison de Ngaragba. Il faut en outre construire des armureries pour stocker les armes. Il faut encadrer les Seleka qui sont sous contrôle. Il faut les nourrir et les soigner. Mais pour exiger des résultats de nous, la communauté internationale doit nous aider car le pays n’a rien du tout. Et sans moyen, je ne peux rien faire. Je termine en disant que les Anti-Balaka doivent aussi être maîtrisés. Ils sont cause de beaucoup de situations d’insécurité.

 

Qu’en est-il du conflit interreligieux dont on parle tant depuis quelques semaines ? Qu’est-ce qui ne va plus entre les chrétiens et les musulmans ?

 

Le conflit interreligieux n’a jamais existé. Dire qu’il y en a un ne correspond pas à la réalité. J’ai l’impression que certaines personnes veulent nous entraîner dans cette affaire-là pour des raisons que j’ignore. Nous ne les suivrons pas sur ce chemin. Les chefs religieux, eux-mêmes, le disent. Dans chaque famille centrafricaine, il existe, toujours, au moins, un musulman. Mais on compte des personnes qui veulent nous créer des problèmes là où il n’y en a pas.

 

Prenez l’exemple de Senghor qui était chrétien dans un pays à 95% musulman. Abdou Diouf qui lui a succédé, bien que musulman, n’a-t-il pas une épouse chrétienne (Elisabeth Diouf) ? Abdoulaye Wade, tout musulman, qu’il est n’a-t-il pas une épouse chrétienne (Vivane Wade) ?

 

En Centrafrique, il y a environ 27% de musulmans. Au Cameroun, il y en a 30%. Pourquoi, dans les pays que je viens de citer en exemple, il n’existe aucun problème, seulement, en Centrafrique ?

 

Pour notre sécurité en Centrafrique, le Cameroun nous envoie un hélicoptère de combat, la Guinée équatoriale, deux hélicoptères de combat, le Tchad nous envoie deux avions de chasse et le Congo un hélicoptère de transport. Ces appareils qui sont attendus avant le 19 décembre, ne viennent pas uniquement pour les musulmans ou les chrétiens. Ils viennent pour aider à sécuriser le pays tout entier.

 

J’ajoute pour terminer sur ce chapitre que notre pays connait ses réalités propres. La notion de pauvreté chez nous, n’a rien à voir avec la pauvreté dans les pays occidentaux. En Centrafrique, les gens vivent dans la souffrance, dans la pauvreté depuis des décennies. Cela est le cas depuis toujours. En braquant les projecteurs comme c’est le cas depuis quelques mois sur notre pays, on peut penser que cette situation est récente. Non, elle est bien ancienne sinon elle a toujours existé. Il faut donc relativiser.

 

3.500 militaires africains épaulés par 1.200 soldats français pour sécuriser le large territoire centrafricain, est-ce suffisant quand on compare cette situation à celle de la République démocratique du Congo où le Kivu à lui seul, deux à trois fois moins étendu que le Centrafrique, mobilise 6 fois plus de casques bleus ?

 

On est à 3.650 soldats africains. On va aller jusqu’à 4.000 soldats africains. Le chiffre convient à la situation centrafricaine. Au moment où je vous parle, il n’y a pas de guerre civile et rien ne permet de revoir à la hausse ce chiffre. Mais si le besoin se faisait sentir, on augmenterait ce chiffre sans tarder, maintenant que les Nations-Unies gèrent, directement, le dossier centrafricain.

 

Dès que les armées françaises et africaines vont se déployer sur le terrain, vous verrez que les Anti-Balaka disparaîtront de la circulation. Le grand combat qui nous attend, c’est au niveau de l’humanitaire et de la réduction de la pauvreté. Mais il faudra d’abord sécuriser le pays sur les 623.000 km². Il nous faudra bâtir une armée forte et une gendarmerie professionnelle dans l’arrière-pays. Voilà pourquoi nous demandons les moyens à cet effet. Nous ne plaçons pas la charrue avant les bœufs.

 

Vous semblez optimiste ?

 

On se bat pour s’en sortir. On copie les modèles qui marchent bien pour les adapter chez nous. On doit relever le pays qui est en pleine déconfiture. Quand on sera à la retraite, il faudra laisser une situation qui nous permettra de toucher nos pensions. Je suis très réaliste.

 

L’intervention de la communauté internationale doit aussi aider le Centrafrique à relancer son économie et son développement. Mais pour qu’une telle relance soit efficace, encore faudrait-il que certains préalables soient réunis. Tel n’est pas le cas. De l’avis général, l’administration centrafricaine est incompétente. Dans la fonction publique, on travaille peu et mal. Est-ce faux ?

 

Il faut qu’on se dise la vérité. Il y a des problèmes. Mais la RCA a des cadres compétents. Il n’en manque pas. Si jamais c’est le cas, on peut en solliciter de très bons à l’extérieur. Comme tout à l’heure, je vous demandais de venir encadrer nos journalistes.

 

Vos ministres sont aussi critiqués. A quand la formation d’un nouveau gouvernement ?

 

Il faut faire des retouches. Je vais voir ce problème avec le premier ministre. Il faudra remanier avant le nouvel an. Ceux qui ne veulent pas travailler (il y en a quelques-uns) partiront. Le remaniement les surprendra. On ne l’annoncera pas pour éviter la démobilisation.

 

Les caisses de l’Etat sont vides. N’y a-t-il rien à faire pour les remplir ?

 

Nous sommes en train de prendre des mesures à ce sujet. Surtout au niveau de la douane. Le tronçon Beloko-Bangui est d’ores et déjà sécurisé. Ce sont les douaniers qui ne font pas bien leur travail. Il faudra voir ce problème.

 

La douane ne doit plus être un fourre-tout. Tout douanier devra être bien formé avant de le devenir. Les enfants et neveux de Bozizé supposés être déclarants en douane, avaient abusé de leur statut.

 

Sur les 670 millions d’euros que doit coûter la transition, les 10% que doit fournir la RCA, viendront essentiellement de la douane. Pour l’heure, on ne pas encore parler de fiscalité car toute l’économie du pays est par terre. Beaucoup d’entreprises doivent de l’argent à l’Etat.

 

Pourquoi tout bon musulman que vous êtes, ne demandez-vous  pas d’assistance aux pays du Golfe ?

 

Les pays du Golfe sont bien prêts à venir nous aider, mais, pour le moment, tout le monde nous noircit. Si je penche trop de ce côté, ne va-t-on pas m’accuser d’islamisme ? Je vous pose la question.

 

Les élections doivent se tenir en février 2015 comme le prévoit la Feuille de route de la CCEAC. Quel est l’agenda que vous avez mis en place pour y parvenir ?

 

Pour le moment, on va mettre en place la Haute autorité des élections avant fin décembre. Mais les partis politiques ne se dépêchent pas pour nous donner les noms de leurs candidats pour la mise en place de cette Haute autorité. S’ils ne le font pas, on sera obligé de traîner ce processus jusqu’en janvier.

 

C’est cette Haute autorité qui va établir l’agenda des élections. Sachez néanmoins que le code électoral est déjà en place depuis Bozizé. Il a été adopté en l’état par le Conseil national de transition (Assemblée nationale, ndlr). Ce code électoral prévoit les critères d’intégrité morale et les conditions à remplir pour briguer un mandat électif. Actuellement, nous sommes à la recherche des financements sachant qu’on doit éviter janvier, février, mars, avril et mai 2015 car c’est la saison de pluies où les routes sont impraticables dans certaines zones comme Birao. Quand on dit début 2015, il faut tout faire pour qu’en janvier ou février 2015, au plus tard, il y ait des élections, sinon ce serait impossible. Ou alors, le processus serait bâclé.

 

Je tire la sonnette d’alarme dès maintenant pour qu’on ne vienne pas m’accuser demain de faire de l’obstruction. Je demande les moyens, maintenant, pour organiser les élections à temps.

 

Vous-même comptez-vous vous présenter à cette présidentielle ?

 

Je me dois de respecter les Accords de Libreville. Moi-même comme le premier ministre, les ministres et conseillers nationaux, ne devons pas nous présenter à ces élections car nous les fausserions d’entrée de jeu.  Je veille personnellement à cela.

 

Que feriez-vous après ?

 

Je me retirerais de la vie politique, avec le sentiment d’avoir accompli mon travail, à savoir, libérer la RCA et la placer sur l’orbite du progrès.

 

Je resterais à la disposition de mon pays et de mon continent au regard de mon expérience personnelle. Mais je serais loin du pays pour qu’on ne m’accuse pas de vouloir déstabiliser le nouveau pouvoir.

 

Vos vœux ? C’est bien la période.

 

Mon souhait le plus ardent, c’est que la communauté internationale nous aide vite. Les soutiens tardent à venir. Est-ce parce que nous tenons encore ? Les gens souffrent beaucoup. On peut me sanctionner mais on ne doit pas sanctionner le peuple centrafricain.

 

Propos recueillis à Bangui  par Jean Paul Tédga

MICHEL DJOTODIA PARLE ! Interview exclusive dans Afrique Education  du 16 au 31 décembre 2013
MICHEL DJOTODIA PARLE ! Interview exclusive dans Afrique Education  du 16 au 31 décembre 2013

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