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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 15:59

 

 

 

 

 

 

http://www.rtbf.be   lundi 9 décembre 2013 à 5h48

 

Bertrand Henne s'entretient ce lundi avec Roland Marchal, chercheur à Sciences Po et spécialiste des conflits africains.

 

Il sera question de la situation en République centrafricaine. Des violences entre milices chrétiennes et musulmanes ont déjà fait plusieurs centaines de morts ces jours derniers, des musulmans de la Séléka qui sont au pouvoir depuis le coup d'Etat de mars dernier contre le président Bozizé. Les premières troupes françaises se sont déployées vendredi dans la capitale Bangui.

 

Retranscription de l'entretien:

 

GL : - Notre invité par téléphone avec nous ce matin, il s’agit de Roland Marchal, chercheur à Sciences-Po. Bertrand Henne on va faire le point sur la Centrafrique où l’on craint un véritable génocide, la situation est en tout cas critique au point que l’ONU a donné son feu vert pour une intervention militaire.

 

BH : - Bonjour Roland Marchal.

 

RM : - Bonjour.

 

BH : - C’est aujourd’hui que commence le désarmement des milices. " Tout le monde pose les armes où la France utilisera la force ", déclaration du ministre de la défense français Jean-Yves Le Drian. Roland Marchal, comment est-ce que vous évaluez la difficulté de cette intervention française ? Beaucoup s’attendent à ce que ce soit plus facile qu’au Mali. C’est votre avis ?

 

RM : - Non je crois que d’un point de vue militaire, évidemment l’adversaire, les possibles opposants sont beaucoup plus faibles militairement donc effectivement, s’il y a bataille, ce sera beaucoup plus facile. Mais je crois qu’il faut nuancer ça par deux aspects. Le premier c’est que ce pays est très grand et que des opposants peuvent aussi se disperser, recourir au banditisme de grand chemin. Donc d’une certaine façon, la sécurisation est quand même un défi. Le deuxième problème, c’est qu’évidemment, on peut – comme les Français le font aujourd’hui, les Français et les forces africaines ne les oublions pas – agir dans l’instant mais il faut évidemment consolider. Parce que la sécurité, ce n’est pas simplement un problème militaire et de ce point de vue-là, on peut être disons sinon inquiets, du moins poser des questions sur ce qui va se passer notamment pour redonner une légitimité au gouvernement en place, pour aussi prouver à la population d’un côté et de l’autre que l’autorité cette fois-ci, à l’inverse de ce qu’il s’est passé pendant 10 ans au moins, considérera tous les citoyens centrafricains comme égaux.

 

BH : - Vous dites " d’un point de vue sécuritaire " donc ce sera un défi autrement plus compliqué que le militaire, les violences religieuses qui sont en augmentation. 400 morts rien que ces derniers jours dans la capitale Bangui selon les autorités françaises. Certains y voient donc le risque d’un nouveau génocide, une forme de nouveau Rwanda. Est-ce que c’est réaliste de penser ça Roland Marchal, ou est-ce que c’est une manière finalement de justifier aussi l’intervention militaire à tout prix ?

 

RM : - Personnellement je récuse l’usage de ce terme parce qu’il n’y a pas de véritable politique d’élimination systématique d’un groupe ou d’un autre, les chrétiens ou les musulmans. Ça n’a aucun sens. Il y a des violences de masse, il y a éventuellement hélas des massacres mais ce à quoi on assiste, c’est plutôt une multiplication de règlements de compte d’un côté et de l’autre avec quelques fois des attaques – surtout dans le monde rural – sur des communautés isolées. Donc vraiment, le terme " génocide " est extrêmement inapproprié. Il a été utilisé je crois effectivement pour dramatiser la situation notamment aux Etats-Unis où le congrès était réticent à financer cette opération pour le versant africain. Mais il faut quand même garder raison parce que la politique des superlatifs elle marche et le jour où elle ne marche plus et qu’on est face à un véritable génocide, que ferons-nous ?

 

BH : - Vous avez donc parlé de " règlements de compte entre différents groupes ", comment expliquer qu’on en soit arrivé là Roland Marchal ? C’est vrai que la Centrafrique c’était peut-être pour nous en Belgique – peut-être un peu moins en France où on a une plus longue histoire avec la Centrafrique – un conflit oublié. Comment expliquer qu’on en soit arrivé à ce niveau-là de tension qui nécessite donc une intervention extérieure ?

 

RM : - Ecoutez je crois que la France se pare d’une expertise et d’une connaissance du continent qu’elle a perdu depuis très longtemps. Si effectivement le gouvernement français avait suivi depuis de longues années la descente, la chute de ce pays sous Bozizé et évidemment après le coup d’état sous Djotodia, la réaction française, européenne et internationale aurait dû alors se faire. On intervient extrêmement tard dans le déroulé de cette crise et évidemment, d’une part ça oblige à des moyens militaires qui peut-être n’auraient pas été nécessaires il y a 2 ou 3 ans. Et d’autre part, on sait qu’effectivement le drame humain est massif, il y a des centaines de morts, peut-être des milliers de morts, et un risque potentiel que ça dure. Mais là aussi, il faut se rendre compte quand même d’un paradoxe c’est-à-dire qu’aujourd’hui, des français, une partie de la communauté internationale financent une opération en Centrafrique. Mais si vous écoutez bien nos hommes politiques, ils ont toujours eu raison. Il n’y a aucune réflexion sur pourquoi ce pays qu’on a quand même aidé raisonnablement pendant les dix dernières années pour ne prendre que celles-là, aujourd’hui est tombé. Pourquoi est-ce que par exemple le gouvernement français, le gouvernement américain ont soutenu Bozizé jusqu’au bout allant à la cérémonie d’intronisation d’un dirigeant qui avait été très mal élu, au terme d’élections de mascarade. Ces questions-là il faut les poser. Il faut les poser au niveau politique, il faut aussi les poser au niveau économique. Pourquoi d’une certaine façon, l’économie centrafricaine a été détruite par simplement quelques mois d’offensive armée. Il faut réfléchir et pas simplement pour pointer du doigt les éventuels responsables mais également pour éviter de refaire, recommettre les erreurs du passé.

 

BH : - Il y a le cas de la politique centrafricaine qui n’a jamais vraiment connu la stabilité, c’est le moins qu’on puisse dire, depuis son indépendance. Il y a aussi une dimension régionale à ce qui se passe en Centrafrique. On retrouve des milices djihadistes telles qu’on en retrouvait aussi dans le nord du Mali. On craint que le Gabon ou le Tchad voisin ne soient embrasés par un conflit qui ne serait pas régler en Centrafrique. C’est ça qui se passe aussi Roland Marchal ?

 

RM : - Je crois qu’aujourd’hui parler de milices djihadistes, on est vraiment dans le discours de dramatisation pour justifier une intervention. Il y a un certain nombre mais très peu, on peut les compter sur les doigts d’une main, de commandants de la Seleka qui ont des inclinaisons vers l’islam politique, voire l’islam radical. Mais compte tenu de la désorganisation de ce mouvement et compte tenu aussi de leur rang à l’intérieur de la hiérarchie du mouvement, il ne faut pas croire que ça peut caractériser la Seleka. Non le problème est effectivement régional car on voit d’une certaine façon que la Seleka a pu recruter extrêmement facilement des milices ou des mercenaires au Darfour et au Tchad et donc ça pose la question de qu’est-ce qu’il se passe au Darfour. Il y a quelques années, c’était le conflit à la mode dont il fallait absolument parler. Aujourd’hui les politiques européens se taisent. Ça pose aussi la question du Tchad. Une partie significative mais pas la majorité de la Seleka est composée d’anciens rebelles tchadiens. Pourquoi alors que l’Union européenne est intervenue pendant plus d’un an à dépenser 900 millions d’euros pour une opération, pourquoi finalement il n’y a pas eu d’accord politique pour régler ce problème au Tchad ? Pourquoi fallait-il suivre les Français et sauver seulement le soldat Idriss Deby ? Ça ce sont de véritables interrogations qu’il faut poser et qui montrent effectivement qu’il y a une dimension régionale. L’ambiguïté ou l’ambivalence du Tchad, qui est un peu pompier pyromane dans cette crise, doit être analysée. De la même façon, peut-être ce qui est en train de se passer aujourd’hui au nord du Cameroun en liaison avec les événements au Nigéria et puis aussi aux massacres de Peuls à l’intérieur de la Centrafrique même. Donc il y a effectivement une dimension régionale, je crois qui est extraordinairement sous-évaluée dans le discours politique public et qui évidemment fait problème parce que si vous vous voulez, on ne peut pas nier la réalité, elle reviendra sous d’autres formes et peut-être des formes beaucoup plus inquiétantes que celles d’aujourd’hui.

 

BH : - Rapidement Roland Marchal, un mot sur la position de la France dans cette affaire. Vous avez brièvement évoqué certains contours. La France qui a toujours été présente au Tchad et d’une manière générale dans la région depuis la décolonisation. On parle d’intérêt économique, de mines d’uranium, de pétrole notamment dans le nord du pays, ça joue un rôle majeur ça ? Roland Marchal.

 

RM : - La mine d’uranium a été fermée en 2011, ce n’est pas terrible de faire une intervention deux ans après. Quant au pétrole, les contrats d’exploration et sans doute d’exploitation pour l’instant sont des mains chinoises beaucoup plus que françaises. Non je crois qu’il faut voir plutôt que la France a été témoin de violations massives des droits de l’homme. Je crois que le gouvernement français au bout d’un moment s’est rendu compte que s’il n’intervenait pas, il serait comptable de ces violations au niveau international et évidemment il a préféré agir plutôt que de se voir condamné une fois de plus. Le Rwanda quand même a été un choc terrible pour les hommes politiques français.

 

BH : - Merci Roland Marchal d’avoir été notre invité ce matin.

 

Lu pour vous : RCA : Roland Marchal est l'invité de Matin Première

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