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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 21:40

 

 

 

 

 

 

http://afrikarabia.com   08 déc 2013  par Christophe RIGAUD

 

 

Environ 1.600 soldats français ont été déployés ce dimanche à Bangui  dans le cadre l’opération Sangaris. Plus simple en apparence qu’au Mali, l’intervention française en Centrafrique recèle de nombreux pièges.

 

Tel un avion sans pilote, la Centrafrique s’est peu à peu enfoncée dans le chaos et la violence, après la chute du président Bozizé en mars 2013. Moins d’un an après son arrivée au pouvoir, le nouveau président Michel Djotodia a perdu le contrôle des rebelles de la Séléka qui l’ont porté au pouvoir. A Bangui, les ex-rebelles ont rapidement semé la terreur, commettant pillages, viols et exactions à répétition contre les civils. Les violences se sont ensuite répandues dans le nord du pays, notamment à Bossangoa. En réaction aux exactions de la Séléka, composée essentiellement de musulmans, des milices chrétiennes, dénommée «anti-balaka», sont apparues depuis septembre dans le nord-ouest du pays, et sont en partie responsables des récents massacres à Bangui. Un conflit religieux couve.

 

La France s’apprête donc à ramener l’ordre en Centrafrique. L’objectif de l’armée française est de sécuriser la capitale, Bangui, ainsi que les principaux axes routiers du pays. Cette opération devra ensuite laisser place à la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca), dotée d’environ 4.000 hommes. Si militairement, la sécurisation de Bangui devrait être relativement aisée pour l’armée française, le reste du pays sera beaucoup plus difficile à pacifier. Mais d’autres difficultés attendent les français.

 

Plus complexe qu’au Mali ?

 

De l’avis de tous les experts, la sécurisation de la Centrafrique, pays grand comme la France, ne sera pas une mince affaire. Contrairement au Mali, où l’ennemi était clairement identifié et localisé, en Centrafrique il sera difficile de faire le tri entre forces centrafricaines de sécurité, ex-Séléka et «anti-balaka». Seconde difficulté, il faudra ensuite désarmer les fauteurs de troubles. L’armée française devra rapidement mettre la main sur les stocks d’armes cachés par les ex-rebelles de la Séléka. Il semblerait que les français soient aidés dans cette tâche par les services de renseignements congolais de Denis Sassou Nguesso, très actif en Centrafrique.

 

Le problème Djotodia

 

Le nouveau président Michel Djotodia fait partie du problème centrafricain et pas de la solution. Incapable de maîtriser ses troupes, aux mains de multiples commandants, l’ex-chef de la Séléka fait preuve d’une incompétence rare. Michel Djotodia n’a rien fait pour éviter les massacres et pire, il a remis de l’huile sur le feu en déclarant que les «anti-balaka» étaient systématiquement soutenus par l’ancien président Bozizé. Très impopulaire à Bangui, la communauté internationale ne peut plus s’appuyer sur Djotodia pour ramener la sécurité. Le président centrafricain ne sert plus à rien, il doit donc partir au plus vite. François Hollande n’a pas dit autre chose en clôture du mini-sommet sur le Centrafrique, lorsque que le président français a souhaité que les élections se déroulent au plus vite, « avant 2015 » Djotodia est aussi accusé de détourner l’argent public, qui fait cruellement défaut. Des proches du régime, se demandent où sont passées les sommes allouées aux voyages officielles que n’a pas effectué Djotodia en Turquie ou en Afrique du Sud. On parle de 52 millions de CFA.

 

Le cas Nourredine Adam

 

Ancien ministre de la défense, débarqué rapidement par Djotodia après  seulement quelques mois d’exercices, Nourredine Adam, apparaît toujours comme l’homme fort du régime. Ou en tout cas comme le moins faible. Il serait en effet le seul membre de la Séléka à avoir encore un peu d’autorité sur les commandants ex-rebelles. Mais le personnage est trouble. Ses services sont accusés de torturer les opposants ou récalcitrants au régime. Des différents ethniques opposent également Adam et Djotodia. Le président est un Gulas (proche du Soudan) alors que Noureddine Adam est un Rungas (proche du Tchad). Au sujet de Nourredine Adam, les avis sont partagés à Bangui. Certains voudraient l’intégrer pour mieux le contrôler. D’autres souhaiteraient tout simplement… l’éliminer. Que fera la France ?

 

Nicolas Tiangaye déçoit

 

Avec l’arrivée au pouvoir de Michel Djotodia, que la communauté internationale ne reconnait pas, le Premier ministre Nicolas Tiangaye devient l’interlocuteur officiel de la RCA à l’étranger et bénéficie d’une relative bonne image. Mais très vite, l’homme semble débordé par la tâche et sans moyens financiers, il ne maîtrise plus la situation. Il devait jouer le rôle de contre-pouvoir face à Michel Djotodia, il n’en sera que le modeste exécutant… impuissant lui aussi face à la montée de la violence. Nicolas Tiangaye déçoit et des soupçons de détournement d’argent planent désormais sur lui. Est-il encore l’homme de la situation ?

 

Une « ligne rouge » pour Déby

 

Le président du Tchad voisin a toujours jouer un rôle déterminant en Centrafrique. Il fait et défait les présidents. En 2003, il aide François Bozizé a accéder au pouvoir par les armes et en 2013, il laisse la Séléka s’emparer de Bangui, sans intervenir. Pourtant Déby a hésité à soutenir la Séléka qu’il voyait au début comme un facteur de déstabilisation à son propre régime. Certains disaient à N’djamena qu’après le départ de Bozizé, ce serait celui de Déby. Mais Déby s’est ensuite rapproché de la rébellion… pour mieux la contrôler. Le Tchad a clairement donné le feu vert à la prise de Bangui. Mais aujourd’hui, certains centrafricains estiment qu’il faut fixer une « ligne rouge » à Idriss Déby pour qu’il cesse de tirer les ficelles en RCA. Paris aura sans doute un peu de mal à convaincre son allié au Mali de laisser tomber Bangui. Déby semble en effet « intouchable » depuis son  soutien  à l’opération Serval au Mali. Pour certains, seule la menace de la Cour pénale internationale (CPI) pourrait peut-être faire entendre raison à Idriss Déby. Le Tchad peut poser d’autres difficultés sur le terrain militaire. En Centrafrique, la France devra s’appuyer sur la Misca, la force africaine qui sera déployée à partir du 19 décembre. Les forces tchadiennes seront très présentes au sein de la Misca. Problème : à  Bangui, on accuse déjà les troupes tchadiennes de ne pas désarmer certains membres de la Séléka lorsqu’ils sont originaires du Tchad. Une ambiguïté qui devra être vite levée par les troupes françaises.

 

Bozizé, le retour ?

 

L’ancien président François Bozizé peut-il revenir ? Beaucoup le disent malade, fatigué et surtout sans moyen financier. Mais François Bozizé voyage beaucoup, au Soudan du Sud ou récemment en Ouganda. L’ancien président cherche à récupérer le mouvement «anti-balaka», mais pour ces paysans de la brousse, ce sont les exactions de la Séléka qui les font prendre les armes, sur fond d’affrontements anti-musulmans. Dans le camp Bozizé, c’est plutôt le fils qui s’active en coulisse. Depuis Zongo en République démocratique du Congo (RDC), Jean-Francis, ancien ministre de la Défense de son père cherche des armes et des soutiens chez des rebelles congolais. Et visiblement il trouve.

 

Une transition mal engagée

 

L’intervention militaire est une chose, mais les défis qui attendent la Centrafrique ne sont  pas uniquement sécuritaires, ils sont aussi politiques. Car une fois le calme restauré, tout reste à faire : la transition politique et la reconstruction d’un Etat. Pour le moment, la transition est au point mort. Dans un rapport d’International Crisis Group (ICG), le think tank affirment que « les institutions de la transition sont des coquilles vides (…) faute d’argent et de sécurité » . Il y a donc urgence à accélérer, comme le souhaite le président français, la mise en place d’élections pour installer rapidement un pouvoir légitime à Bangui. Mais  dans le chaos actuel, il est difficile d’imaginer un scrutin digne de ce nom dans des brefs délais en Centrafrique.

 

Les défis sont donc nombreux pour Paris. Pour réussir sa mission, l’intervention militaire française ne suffira pas. Un ancien proche de la Séléka me confiait que la France devait faire pression rapidement pour ouvrir un dialogue interreligieux. Selon lui, « les acteurs religieux seront les premiers artisans de la paix (..) la France doit pousser au dialogue et la réconciliation » . Une personnalité est en vue pour jouer ce rôle, l’évêque de Bossangoa, une ville meurtrie par les violences, Nestor Nongo Aziagba.

 

Christophe RIGAUD – Afrikarabia

 

Lu pour vous : Paris face au casse-tête centrafricain

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