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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 22:31

 

 

 

 

 

 

http://www.rue89.com  Jean-Louis Triaud | Historien 21/12/2013 à 15h44

 

Il y a, dans l’histoire de la République centrafricaine, cette ancienne colonie française alors connue sous le nom d’Oubangui-Chari, des constantes géopolitiques qui la rattachent à un espace plus vaste entre Nil et lac Tchad.

 

Au XIXe siècle, l’actuel Soudan était ravagé par l’action de seigneurs de guerre esclavagistes qui allaient plus au sud capturer les marchandises humaines.

 

A cette époque, la recrudescence et l’extension de la traite des êtres humains à partir du Soudan et les débuts de la conquête française dans les pays du Tchad, parallèlement aux avancées des Britanniques qui remontaient le Nil, faisaient de toute cette vaste zone une région d’affrontements en chaîne et d’insécurité généralisée.

 

Zoubeir Pacha, marchand d’esclaves

 

Zoubeir Pacha, marchand d’esclaves, un moment gouverneur du Bahr al-Ghazal (Sud-Soudan), est une des figures les plus connues parmi ces entrepreneurs de la traite à longue distance.

 

Quand Zoubeir fut vaincu par les Anglo-Egyptiens, un de ses lieutenants, nommé Rabih (ou Rabah), prit le large et, à la tête de milliers de combattants armés de fusils à tir rapide et de petits canons, fit mouvement, en 1887, vers le Darfour, le Tchad et le Nigeria actuels.

 

Il s’installa au Bornou, au nord-est du Nigeria actuel, là où Boko Haram est aujourd’hui implanté, et y installa sa capitale, à Dikoa, près du lac Tchad. Il prit la place d’un vieil empire séculaire et y construisit une redoutable puissance prédatrice jusqu’à la conquête du Tchad par les Français face auxquels il mourut au combat en 1900.

 

Une nouvelle ramification allait partir de ses rangs. Un de ses adjoints, nommé Senoussi, se sépara de son « patron » et s’enfonça vers le sud. Il fonda à son tour un sultanat, pour son propre compte, dans le Dar El-Kouti, qui était son pays de naissance, dans le nord de l’actuelle République centrafricaine, et il y installa sa capitale dans la ville de Ndélé. Le sultan Senoussi se revendiquait de l’appartenance à l’islam et il utilisait volontiers le titre califal de « prince des croyants ».

 

Un peu comme Samori, le sultan Senoussi est l’une des figures maudites de l’historiographie coloniale. Il fut responsable de la mort de l’explorateur français Paul Crampel et de ses compagnons (novembre 1891). L’opinion coloniale, en France, n’eut dès lors de cesse de vouloir venger ces morts.

 

Mais il lui fallut attendre vingt ans car, entre-temps, les forces françaises avaient dû composer avec le sultan, accepter ses protestations d’innocence, essayer d’utiliser ses services et installer un résident à Ndélé pour surveiller ses activités.

 

La fin du sultanat de Senoussi

 

Mais, après Rabih, Senoussi tomba finalement sous leurs coups en janvier 1911, tué à bout portant par un commando français dont le chef lui-même, le lieutenant Grunfelder, périt dans l’opération. Le sultanat de Senoussi était définitivement démantelé.

 

Du point de vue de l’histoire africaine elle-même, l’affaire était encore plus dramatique en raison des ravages causés par le sultan et ses alliés dans toute la région.

 

L’économie esclavagiste, le troc d’esclaves contre des armes, les pillages généralisés, la terreur frappèrent toutes les populations qui cherchaient dans la fuite, dans une installation précipitée dans des grottes ou dans des zones inaccessibles, un refuge contre ces dévastations.

 

Ces chaînes de destruction dans toute cette zone de confins, dont Senoussi n’était qu’un maillon, sont l’un des facteurs aujourd’hui reconnus de l’effondrement démographique qui caractérise toute cette partie de l« Afrique centrale jusqu’à maintenant. Leur souvenir est très présent dans la mémoire des populations.

 

Ndélé, la capitale de Senoussi, est revenue sous les feux de l’actualité à l’occasion des événements récents. C’est, en effet, un lieu stratégique pour le contrôle de l’accès par le nord à la capitale, Bangui, située à 700 km de là. Ndélé et toute la région qu’elle commande sont, aujourd’hui comme hier, au carrefour d’itinéraires commerciaux et d’influences qui viennent du Nigeria, du Tchad et du Soudan voisins à travers des frontières éminemment perméables.

 

La Séléka a emprunté les mêmes itinéraires. En juillet dernier, les associations humanitaires et les journalistes signalaient déjà les exactions qui étaient perpétrées à Ndélé par des éléments de la Séléka, lesquels avaient alors fait de cette ville leur base d’opérations et une étape dans leur progression vers le sud.

 

Un Etat centrafricain jamais consolidé

 

Tout se passe comme si les chemins de ces “grandes invasions” étaient à nouveau empruntés à la faveur de l’effondrement d’un Etat centrafricain qui n’a jamais vraiment réussi, depuis son indépendance, à se consolider.

 

L’histoire ne se répète pas simplement, mais on en retiendra la constance de ces mouvements de descente vers le sud de groupes de coupeurs de route sahéliens, dont l’islam d’origine est d’ailleurs fort sommaire, et qui s’infiltrent dans des zones périphériques mal contrôlées par les Etats pré-coloniaux comme post-coloniaux.

 

On en retiendra aussi la vieille familiarité des Français et des troupes de marine avec ces adversaires.

 

La Séléka est un des lointains héritiers de Senoussi et les troupes françaises rejouent aujourd’hui, en Centrafrique, une scène à la fois ancienne et entièrement nouvelle.

Lu pour vous : Les racines esclavagistes de l’histoire centrafricaine

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