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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 01:45

 

 

 

 

 

 

 

http://tempsreel.nouvelobs.com  Par Sarah Diffalah

 

 

Lors du sommet des chefs d'Etats et de gouvernements qui s'ouvre jeudi, Paris va de nouveau tenter de convaincre ses partenaires européens de l'aider davantage. Pas gagné.

 

Toutes les occasions sont bonnes pour appeler les pays européens à être plus actifs en Centrafrique. Jeudi 19 décembre, Paris tentera de nouveau de convaincre ses partenaires lors du sommet des chefs d'Etats et de gouvernements de l'Union européenne qui sera consacré à la politique européenne de sécurité et de défense (PESD). François Hollande se servira de cette tribune pour s'exprimer, de nouveau, sur la République centrafricaine, répondant aux critiques de droite comme de gauche sur l'isolement français sur le terrain militaire.

 

Il y a une semaine, dans les rangs de l'opposition et dans les médias, on se désolait de voir la France supporter, seule, les sacrifices humains et financiers d'une crise centrafricaine qui devrait, au moins moralement, concerner tout le monde, Européens en premier lieu. Mais le gouvernement se voulait rassurant : non, la France n'est pas seule.

 

"Elle bénéficie du soutien politique de tous les membres du Conseil de sécurité des Nations unies [...] le Royaume-Uni a mis des moyens aériens à disposition [...], la Belgique se prépare à apporter son appui [...] les Etats-Unis "fourniront des capacités de transport pour les contingents africains", disait le Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

 

N'empêche, certains, dans les rangs de la majorité, n'hésitent plus à dénoncer une Union européenne "aux abonnés absents". Il faut une "franche explication avec nos partenaires" exigeait Annick Lepetit, une des porte-parole du Parti socialiste à l'Assemblée nationale. Au même moment, Jean-Yves Le Drian reconnaissait que l'opération Sangaris serait plus difficile qu'au Mali, où les soldats sont projetés depuis presqu'un an. 1.600 militaires français seulement (en appui de 3.200 hommes sous-équipés et sous-entraînés de la force africaine Misca) doivent rétablir l'ordre en Centrafrique, stabiliser le pays et aider à la transition politique. Un défi d'ampleur pour un pays plus grand que la France, et dans lequel l'ennemi est bien moins facilement identifiable et saisissable que ne l'étaient les djihadistes au nord du Mali.

 

Lobbying vain

 

A coups d'injonctions et d'alarmisme justifié, c'est un intense travail de lobbying que mène la France depuis qu'elle a décidé cet été de prendre en charge le dossier centrafricain. Après avoir alerté ses partenaires lors de l'Assemblée générale des Nations unies, obtenu l'appui du Conseil de sécurité pour intervenir, elle poursuit ses tractations auprès des 28 pour leur arracher le maximum de soutien militaire. Et Paris espère beaucoup du sommet européen. Comme pour mettre les pays européens devant le fait accompli, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a assuré mardi que des soldats de pays européens seraient déployés en Centrafrique et que des annonces seraient faites très prochainement, au plus tard à la fin du sommet. François Hollande, de son côté, veut faire payer ses alliés en proposant un fonds commun permanent pour financer des interventions d'urgence comme celle menée en Centrafrique.

 

Mais Paris risque une nouvelle fois de se retrouver seul, tant l'Europe marche à reculons. "Les exemples de la Centrafrique et le Mali illustrent l'absence cruelle de dimension européenne significative dans les principales opérations menées par la France depuis quelques années, qu'il s'agisse de la Libye, du Mali ou de la République centrafricaine. Evidemment, comme dans toutes les opérations majeures, un soutien de l'Europe est demandé. Mais si certains espèrent qu'elle contribuera financièrement aux opérations militaires décidées par Paris et conduites par la France, ils seront déçus. Parce que personne ne le souhaite en Europe, tout simplement", estime Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique.

 

"L'Union européenne est encore très loin de vouloir participer concrètement à l'action africaine", abonde Vincent Desportes, ancien directeur de l'Ecole de guerre, professeur associé à Sciences-Po. "On reconnaît l'importance de l'opération Sangaris, mais comme d'habitude, on n'est prêt ni à mettre la main à la poche ni à prendre des risques politiques en engageant des hommes sur le terrain".

 

Des outils inutiles

 

Pourtant, des outils européens existent, qui auraient pu garantir à la France un moindre isolement. Adopté en 2004, le système de "groupement tactique" (battle group) met à disposition des forces capables de se déployer rapidement dans des zones lointaines en cas de déclenchement d'une crise. Les capacités des pays européens sont censées être mise à contribution à tour de rôle. De quoi constituer deux groupements tactiques de 1.500 hommes, le double des forces françaises présentes en Centrafrique. Mais ce procédé n'a jamais été utilisé. "On en revient au même problème : le groupement tactique supposerait une prise de risque politique par un gouvernement qui ne serait pas capable d'expliquer à son opinion publique un engagement militaire", explique Vincent Desportes.

 

Un mécanisme financier existe aussi pour palier les difficultés budgétaires avancées par certains partis politiques pour refuser de s'engager : le "pooling and sharing", censé mutualiser et partager les moyens en réduisant les coûts. "Concrètement le 'pooling and sharing' est une série de projets initiés et encadrés chacun par un Etat-membre. Une dizaine de projets ont ainsi été proposés fin 2011. La France par exemple, encadre la mutualisation du soutien technique aux avions ravitailleurs de type MRTT et la formation des pilotes de transport", peut-on lire sur le site du ministère de la Défense. Les "battle group", font d'ailleurs partis de cet ensemble. "Dans ce système, on voit bien qu'on peut mutualiser des capacités, du renseignement mais pas des forces terrestres", regrette Vincent Desportes. D'où une contrainte pour la France : "Tant qu'elle voudra être capable d'agir de manière autonome, elle devra conserver une force terrestre."

 

Quant au fonds commun proposé par François Hollande, il risque lui aussi de souffrir du manque de volonté politique en faveur d'une Europe puissante. Comment faire en sorte qu'aucun pays n'oppose son veto au financement de telle ou telle action ? "Je me fais l'avocat du diable, mais on peut comprendre certaines résistances de la part de pays qui craignent que la France fasse financer ses propres opérations pour ses propres intérêts avec des deniers allemands ou danois", juge Bruno Tertrais.

 

Manque de volonté politique

 

Pourquoi ce manque de volonté politique pose-t-elle problème ? "Il y a trois obstacles majeurs à la construction de l'Europe de la défense : d'abord, il ne peut y avoir que des décisions nationales et souveraines dès lors qu'on envoie des soldats prendre des risques physiques. Ensuite, il y a des divergences majeures entre Européens sur les priorités. Les Baltes, par exemple, peuvent estimer que leur priorité c'est la Russie, alors que l'Espagne et l'Italie raisonneront différemment. Enfin, chez la plupart de nos partenaires, il n'y a pas d'appétit pour une Europe puissance militaire."

 

Dans ce contexte, le sommet risque d'accoucher d'annonces très modestes, de gestes symboliques qui ne garantiront pas que la France sera moins seule à l'avenir. Paris risque donc bien de se contenter d'une politique de communication qui vise à mettre l'Europe devant sa contradiction : reconnaître la justesse des opérations en Afrique mais laisser les Français s'engager seul.

 

Sarah Diffalah - Le Nouvel Observateur

Lu pour vous : CENTRAFRIQUE : Aide européenne : les faux espoirs de la France

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