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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 21:23

 

 

 

 

 

 

http://www.lesinrocks.com  par Juan Branco

 

le 25 décembre 2013 à 17h35

 

A Bozoum, dans le nord-ouest de la République centrafricaine, la situation s’était apaisée depuis deux mois. Mais après un retrait prématuré de l’armée française, la mort a fait son retour. Récit de notre reporter.

 

[Depuis Bouar (nord-ouest) et Bangui] Hier, veille de Noël, au moins dix personnes sont mortes à Bozoum, au nord-ouest de la Centrafrique. Dix personnes lointaines, invisibles, sans nom, dont la disparition aurait pu être considérée comme une petite vaguelette dans un océan de violence, une fatalité comme une autre. Dix morts au cœur du néant qui ne devaient pas faire événement – que l’on n’aurait même pas du voir. Dix morts pourtant que nous avons vues – et qui ne doivent rien à la fatalité. Une semaine avant ces morts, le général Francisco Soriano, responsable des forces françaises déployées en Centrafrique, avait décidé de faire de Bouzoum un symbole. Les autorités religieuses y avaient obtenu par leurs médiations successives une paix précaire. Il n’y avait plus de violences depuis la fin octobre, malgré la présence d’un important contingent d’anti-balaka et de membres de la Seleka. La France a décidé de le faire savoir. Dix personnes l’ont payé de leur vie.

 

Explications.

 

Le 20 décembre, dans le cadre d’une conférence de presse, le Général Soriano annonce fièrement qu’il fera de la réussite de Bozoum un modèle et un exemple à suivre, notamment à Bossangoa – préfecture du nord marquée par des violences quotidiennes malgré la présence des forces françaises. Une grande opération de communication pour vanter cette réussite est lancée avec mobilisation d’un escadron et d’importants moyens logistiques. Les forces en présence, les autorités locales et les populations sont soulagés par une initiative qui leur permettra de mettre en œuvre le plan de désarmement négocié depuis plusieurs mois et maintenu en attente depuis. Le Général en personne fait le déplacement depuis Bangui en hélicoptère, accompagné de journalistes qui ne partent plus dans le Nord qu’avec les forces françaises. Ceux-ci relayeront largement la success-story avant de repartir dans la journée. Mais, malgré les suppliques des religieux présents sur place, loin d’installer une force permanente, les Français plient eux aussi bagage après à peine quatre jours. Les anti-balaka, qui avaient commencé à désarmer, et les membres de la Seleka, qui avaient accepté un cantonnement volontaire sous condition de la venue d’une force exogène neutre, sont sidérés. Le 21 décembre le Père Aurelio, missionnaire vivant à Bozoum, écrit dans son journal :

 

“Les militaires français partent ! Ils devraient être remplacés par les camerounais, mais quand ? Ce matin, il y a déjà les Seleka qui recommencent à faire leurs gaffes : je dois descendre en ville parce qu’ils ont arrêté un jeune, et je le fais libérer. Ça va durer jusqu’à quand ?”

Il n’a plus écrit depuis.

 

Trois jours pour ruiner des mois d’efforts

 

Après deux mois d’accalmie, trois petits jours après l’opération de communication de l’armée française auront suffi pour ruiner les mois d’efforts des populations locales. Trois jours pour que la confiance soit rompue et la mort fasse son retour dans la ville de Bozoum. Les anti-balaka, armés de fusils de chasse, gris-gris, et machettes, ne croyant plus aux promesses des religieux, attaquent les membres de la Seleka présents dans la ville. Bien moins nombreux, bien mieux armés, ces derniers se lancent dans de violentes représailles qui durent encore.

 

A l’heure où nous écrivons ces lignes, des tirs se font encore entendre dans la ville vide tandis que les corps jonchent les rues adjacentes à la place du village. Trois cent maisons ont été incendiées aux alentours. Les populations chrétiennes ont passé la nuit de Noël réfugiées dans l’église, les populations musulmanes sur la route, protégées par un contingent tchadien. Un convoi de l’ONU arrivé le jour même pour relancer les opérations humanitaires a été évacué dans la foulée sous les tirs. A Bangui, on leur avait assuré que les gilets pare-balles ne seraient pas nécessaires. Mais les rondes des hélicoptères français ne dissuadent plus personne – et la présence discontinue de ses troupes déstabilise plus qu’elle ne sécurise. Déjà, le long de la route vers Bouar, capitale de la province, des villages vides et des maisons brûlées avaient fait leur apparition. Sur l’axe “le plus sécurisé” du pays selon le général Soriano, le seul qui relie Bangui au Nord du pays et au Cameroun, les barrages se comptent par dizaines.

 

Une foule armée de kalachnikovs, de machettes et d’arcs

 

La dégradation de la situation est visible sur l’ensemble de cet axe. Ce même soir de Noël, au retour de la région, à l’entrée de Bangui, deux véhicules de l’Unicef dans lesquels nous nous trouvions ont été attaqués. Suite aux rumeurs annonçant une offensive anti-balaka dans la capitale, près d’une demi-douzaine de barrages avaient été installés par les habitants musulmans des faubourgs de la capitale, bloquant la seule entrée de la ville.

 

A la vue des 4×4 blancs, une foule armée de kalachnikovs, de machettes et d’arcs a entouré les véhicules, les forçant à faire marche arrière, tandis que des détonations se faisaient entendre des deux côtés de la route. Malgré leurs tentatives, les blindés de l’ONU ne réussiront pas à sortir de Bangui pour venir nous escorter, tout comme les forces françaises, qui refuseront d’intervenir au sol de peur de “provoquer un massacre”. Alors qu’un héliportage est envisagé, c’est seulement à la nuit tombée qu’un convoi camerounais de la Misca revenant de Bossangoa – dans le cadre d’une opération d’exfiltration de la préfète – réussira à nous évacuer, négociant longuement notre passage à chaque barrage auprès de miliciens armés et visiblement nerveux.

 

A l’entrée de la capitale du pays, au soir de Noël, il aura fallu trois heures et une grande dose de chance pour permettre à deux employés de l’Unicef et à un journaliste d’entrer dans la ville. Trois heures pendant lesquelles l’armée française n’aura pas trouvé les moyens de dégager sans dommages la seule entrée de Bangui pour laisser passer un convoi rempli de médicaments. Trois heures pendant lesquelles des civils auront pris pour cible un convoi de l’Unicef et menacé de tuer ses occupants, dont deux Centrafricains. Le lendemain, sur le bord de cette même route, des morceaux de corps de musulmans découpés à la machette seront visibles toute la matinée.

 

A partir de demain, les troupes tchadiennes de maintien de la paix de la Misca – qui ont tiré sur leurs acolytes burundais la veille – seront redéployées de Bangui vers le nord du pays – où elles pourront tuer et piller en toute impunité. Peut-être un contingent sera-t-il déployé à Bozoum. Là où le niveau d’urgence humanitaire vient d’être fixé par l’ONU au même niveau qu’en Haïti au lendemain du tremblement de terre. La messe de Noël n’y a pas été dite et les téléphones ne répondent plus. Faute d’autorisation de ramassage de la part de la Seleka, dix corps au moins jonchent toujours les rues.

 

Lu pour vous : Centrafrique : l’erreur française à Bozoum

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