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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 22:50

 

 

 

 

 

 

http://www.lefaso.net  mercredi 11 décembre 2013

 

C’était, nous disait-on, une opération « humanitaire » et « sécuritaire ». Mais, sur le terrain, il est vite apparu que les choses ne seraient pas aussi simples que l’état-major français pouvait le penser. On est passé de la phase de « rétablissement de l’ordre » à celle du « désarmement » généralisé. Et les journalistes sur place ont assisté, effarés, à des règlements de compte sanglants.

 

Normal, dans « Sangaris » (nom de l’opération de l’armée française en RCA) il y a « sang ». Mauvais présage. Alors que ce matin la presse française reproduisait les déclarations du colonel Gilles Jaron, porte-parole de l’état-major : « Les choses se passent plutôt bien », les radios et télé confirmaient la mort de deux jeunes soldats français du 8ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine (RPima) de Castres.

 

Dans le même temps, L’Elysée annonçait que François Hollande escalerait ce soit à Bangui au retour de la cérémonie d’hommage à Nelson Mandela. Pour admonester Michel Djotodia, auteur de l’offensive armée qui, le dimanche 24 mars 2013, lui a permis de s’installer au pouvoir à Bangui avec le soutien de la Séléka ? Djotodia, que d’aucuns s’évertuent, en France, a appeler le « président Djotodia », a depuis fait la preuve de son irrésolution. Il avait déclaré, le samedi 30 mars 2013, à Bangui : « Si nous nous retrouvons à la tête de l’Etat, ce n’est pas, croyez-moi, par une quelconque ambition politique, mais par devoir national ».

 

Beaucoup avaient pensé alors que le mieux était de feindre de le croire en espérant un miracle, trop heureux que l’incertain François Bozizé soit dégommé (cf. LDD Centrafrique 017/Mardi 2 avril 2013). Sauf que, bien sûr, la Centrafrique venant d’où elle vient et Djotodia venant de nulle part, il était peu probable que la mayonnaise prenne. Djotodia avait eu, cependant, la bonne idée de conserver à la primature l’homme qui avait été nommé à ce poste dans le cadre de l’accord du 11 janvier 2013 à la suite de la médiation menée à Libreville : Nicolas Tiangaye. Ce qui donnait un zeste de crédibilité à son opération.

 

Et, aujourd’hui, permet à Paris d’avoir un interlocuteur bien plus présentable que celui qui se voulait, voici neuf mois, « le nouvel homme fort de la Centrafrique ». Légaliste, Hollande a choisi de consigner Djotodia à Bangui tandis qu’à Paris se tenait la conférence sur la paix et la sécurité en Afrique et a préféré inviter… Tiangaye. Mais quelques jours plus tard, compte tenu de l’évolution de la situation sur le terrain, voilà Hollande attendu ce soir (mardi 10 décembre 2013) à Bangui, au milieu du pire chaos, pour discuter avec l’un et l’autre. Ce qui aurait pu se faire à Paris sans doute au cours du week-end passé, mais bon, le « chef de guerre » c’est Hollande et l’envie était forte sans doute, pour lui, de se retrouver au milieu de ses hommes.

 

Tiangaye, lui, préfère le terrain médiatique (il n’aime rien tant que les entretiens avec la presse, les radios et les télés) et, entre-deux interviews, les salons VIP des aéroports. Il y a trois mois environ, le 27 septembre 2013, Tiangaye avait dressé un tableau apocalyptique de la situation qui prévalait en RCA devant l’Assemblée générale des Nations unies. Pour l’occasion, il s’était engouffré dans la brèche ouverte par Hollande le 19 septembre 2013 qui, avec emphase, avait proclamé : « Lorsque le droit est bafoué, lorsque des femmes et des enfants sont massacrés, c’est là que la communauté internationale doit se lever et assurer la solidarité ». Hollande avait été écouté ; Tiangaye aussi. Mais ni l’un ni l’autre ne seront pour autant entendus. Il est vrai que l’Assemblée générale avait baillé d’ennui à l’écoute des résolutions prises par le nouveau pouvoir centrafricain, bien loin de la réalité décrite par Tiangaye.

 

Tiangaye avait annoncé ce jour-là, parmi les mesures en « vue du renforcement de la sécurité » : la « dissolution de l’ex-coalition Séléka » ; « les opérations de déguerpissement des éléments de la Séléka dans les commissariats de police, les maisons de particuliers et de certains bâtiments administratifs, afin de rétablir la sécurité sur l’ensemble du territoire » ; « la reprise de service par les policiers dans les commissariats longtemps occupés par des hommes de l’ex-Séléka avec comme corollaire la libération de personnes arrêtées illégalement par ces derniers » ; « le lancement des opérations de désarmement forcé des éléments de l’ex-Séléka qui refusent leur cantonnement dans les casernes retenues »…

 

On voit ce qu’il en est aujourd’hui. Mais on sait depuis toujours qu’en Afrique centrale il vaut mieux avoir un AK 47 qu’une carte Amex : on a le 4 x 4, les filles, l’alcool, les cigarettes sans oublier les « joints » ! On peut donc se poser la question de savoir quelle autorité Djotodia a sur les hommes qui l’ont porté au pouvoir. Hollande a d’ailleurs dit clairement à l’issue de la conférence de Paris sur la paix et la sécurité : « On ne peut pas laisser en place un président qui n’a rien pu faire, a laissé faire ». Autant dire que l’entretien de Hollande et Djotodia, ce soir, risque fort de tourner au dialogue de sourds sauf à ressortir les vieux discours coloniaux.

 

Cyril Bensimon, dans Le Monde de ce soir (daté du mercredi 11 décembre 2013) rapporte le récent échange entre Djotodia et l’ambassadeur de France, Charles Malinas : « On nous mène à une catastrophe, à un Rwanda… On ne peut pas continuer comme cela […] Il faut protéger la minorité. Si vous n’êtes pas capable, nous foutons le camp au nord avec nos femmes, nos enfants. Si nous ne sommes plus Centrafricains, dites-le nous… Maintenant combattez ceux qui nous ont attaqués et on verra après […] Si on ne veut pas que je sois au pouvoir, dites-le et je vais démissionner. On fait nos bagages ». Réponse embarrassée de l’ambassadeur (il n’est là que depuis quelques jours) et à des années lumières des préoccupations de Djotodia : « La France soutient le processus de transition et vous êtes chargés [le pluriel est celui employé par l’envoyé spécial du quotidien Le Monde ; il laisse penser que le « vous » concerne Djotodia mais aussi Tiangaye] de le conduire. Aucun doute à cela ».

 

Djotodia peut en douter : il est le patron de l’ex-Séléka, c’est grâce aux hommes de cette « organisation » qu’il a pu prendre le contrôle de Bangui, sa présence à la tête de la RCA a été entérinée par la Déclaration de N’Djamena (18 avril 2013) et les chefs d’Etat de la CEEAC, il a prêté serment en tant que chef d’Etat de la transition après avoir formé un gouvernement d’union nationale de transition, un Conseil national de transition (organe constituant et législatif de transition), fait adopter et promulguer la Charte constitutionnelle de transition, etc.

 

Malgré tout cela, il est exclu du débat organisé à Paris sur la paix et la sécurité en Afrique, est mis en cause publiquement par le président de la République française et voit celui-ci poser son avion à Bangui, sur un aéroport contrôlé par l’armée française, sans demander l’autorisation à quiconque. Bonjour la souveraineté de la RCA. Il est vrai que Tiangaye n’a cessé de marteler, depuis des mois, qu’il fallait que la « communauté internationale » et en tout premier lieu la France, intervienne en Centrafrique pour « sécuriser Bangui, les grands axes économiques que sont le corridor Bangui-Douala et Beloko-Bangui et d’autres corridors secondaires. Puis les régions très sensibles comme Bossangoa et Bouca, ensuite les autres provinces ». Paris avait largement anticipé cette intervention avant même le feu vert de la « communauté internationale ». Dès le 27 novembre 2013, le ministre des Relations extérieures du Cameroun, Pierre Moukoko Mbondjo, avait annoncé que le gouvernement camerounais a « répondu favorablement à la demande de la France de faire transiter sur son territoire la logistique nécessaire » à l’opération « Sangaris ».

 

Le lendemain, jeudi 28 novembre 2013, le Bâtiment de projection et de commandement (BPC) Dixmude (déployé dans le golfe de Guinée dans le cadre de l’opération « Corymbe ») s’amarrait au port de Douala, vers15 h. Les 350 hommes de la 11ème brigade parachutiste, deux hélicoptères Gazelle, une centaine de véhicules (du type VAB, VBL ainsi que des camions logistiques)… étaient prépositionnés dans l’attente du feu vert onusien. Dans le même temps, dit-on, Paris débloquait une ligne de crédit de 1,2 milliard de francs CFA pour que Yaoundé améliore son système d’état-civil. Ainsi va l’Afrique…

 

Jean-Pierre BEJOT


La Dépêche Diplomatique

Lu pour vous : Centrafrique : L’armée française « au cœur des ténèbres »

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