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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 01:01

 

 

 

 

 

 

 

THOMAS HOFNUNG ENVOYÉ SPÉCIAL À BOSSEMBÉLÉ (CENTRAFRIQUE)  20 DÉCEMBRE 2013 À 18:32

 

REPORTAGE

 

A Bossembélé, à 150 km au nord de Bangui, les soldats français travaillent à «sensibiliser» les milices pour apaiser les tensions intercommunautaires.

 

Après quatre heures de route depuis la capitale, le convoi de l’armée française entre au ralenti dans l’enceinte de l’école de Bossembélé, à 150 km au nord de Bangui (Centrafrique). Il n’y a plus classe depuis des mois, mais des dizaines d’enfants jouent dans la cour en terre rouge. A la vue des soldats de l’opération Sangaris, ils se mettent à battre des mains et à chanter de joie. «C’est notre quart d’heure de gloire, sourit le capitaine Cédric, du 1er RCP (Régiment de chasseurs parachutistes), qui dirige le convoi. Cela fait du bien.»

DÉCRYPTAGE

La Centrafrique, terrain miné pour l’armée française

 

Par Thomas Hofnung

 

Tout est bon à prendre, en effet, pour lui et ses congénères. Car les débuts de l’opération Sangaris en Centrafrique n’ont pas été de tout repos. Ils ont été précédés d’une explosion de violences à Bangui, qui a fait au moins 500 morts, et par le décès de deux soldats du 8eRPIMA de Castres, tués par des inconnus lors d’une patrouille de nuit au tout début du déploiement. Chargés de désarmer les miliciens de la Séléka qui terrorisaient Bangui, les militaires français ont aussi assisté, impuissants, à des scènes de règlements de comptes aveugles. «Je n’avais jamais vu un tel déchaînement de haines, de violence débridée», confie un jeune soldat, qui effectue sa deuxième mission en Centrafrique.

 

 OPÉRATIONS DE «SENSIBILISATION»

 

A Bossembélé, où le convoi du capitaine Cédric va passer la nuit, les rues connaissent encore un semblant d’animation au crépuscule. A l’entrée de la localité, un homme en uniforme surveille les allées et venues. Le «colonel» Abdelaziz Kodeman Pascal a rejoint la Séléka en avril dernier : «J’étais chauffeur-mécanicien, mais quand on s’en est pris à mes parents, je n’ai pas hésité, j’ai pris les armes.» 

 

Aujourd’hui, assure-t-il, Bossembélé reste sous la menace d’une attaque des milices chrétiennes anti-balaka (anti-machettes en sango). «Il y a quelques semaines, ils nous ont attaqué à deux reprises, raconte ce sexagénaire. En brousse, ils s’en prennent aux Peuls [éleveurs musulmans, ndlr].» De temps à autre, le colonel et ses hommes s’enfoncent en brousse pour mener des opérations qualifiées de «sensibilisation» à destination des anti-balaka. Il se refuse à en préciser la teneur.

 

Dans le centre de Bossembélé, Florimont (1) tente de faire bonne figure, assis devant la petite table où il vend du tabac à priser. Le jeune homme, de confession chrétienne, est revenu pour gagner un peu d’argent et pouvoir acheter de quoi subsister aux siens, restés cachés en brousse. «Au moins la moitié des habitants de Bossembélé vivent toujours en dehors de la ville, ils ont peur de rentrer, dit-il, au milieu d’un attroupement qui grossit à vue d’œil. Les gens ont peur de la Séléka, qui a fait beaucoup de dégâts ici.» Puis il ajoute, à mi-voix : «Mais je ne peux pas vous en dire plus, des gens qui ont les yeux rougis m’observent…» A quelques mètres de là, un commerçant – musulman – exprime un point de vue partagé par de nombreux habitants, peut-être le seul, quelle que soit leur appartenance : «On voudrait que les Français restent ici pour assurer notre sécurité.»

 

LES MILICES ANTI-BALAKAS, «SOUCI NUMÉRO UN»

 

Le lendemain matin, à l’aube, le convoi du capitaine Cédric s’ébranle, direction Bossangoa, l’un des principaux foyers de tensions intercommunautaires depuis l’été dernier. Composé d’une douzaine de véhicules chargés notamment de bouteilles d’eau, de rations alimentaires et de quoi agrémenter le réveillon de Noël, il doit ravitailler les 150 militaires français déployés sur place depuis dix jours. A la sortie de Bossembélé, un jeune soldat en uniforme de la Séléka se met drôlement au garde-à-vous au passage des véhicules français, avant de lever la barrière en bois qui fait office de check-point. Mais une centaine de mètres plus loin, un autre milicien a visiblement oublié de retirer les herses qui bloquaient le passage. Résultat : deux pneus crevés sur un VAB (Véhicule de l’avant blindé). Et une heure de perdue, sous le regard des hommes de la Séléka armés de kalachnikovs ou même de lance-roquettes. «Ce n’est pas à nous de les désarmer, dit un officier français. Notre boulot, c’est de mener ce convoi à bon port et de ravitailler nos hommes.» Plus tard, le même VAB – un équipement mis en service dans les années 80 – connaît un coup de surchauffe et il faut à nouveau s’arrêter. «La loi de l’emmerdement maximum», lâche le capitaine, à la fois excédé et philosophe.

 

Plus on avance et plus la piste en latérite, la terre rouge, devient cahoteuse. Elle traverse des villages déserts, petites maisons en terre cuite ou en en briques aux portes et fenêtres fermées, parfois défoncées. Dans d’autres bourgades, les maisons ont été brûlées et saccagées, témoignage de la violence qui s’est emparée de la région. Pas âme qui vive, seuls quelques petits troupeaux de chèvres errent dans les herbes hautes qui envahissent peu à peu l’espace délaissé. A la sortie d’un village, on aperçoit la carcasse d’un vaste bâtiment, sans toit ni fenêtre : une école financée par «la coopération germano-centrafricaine», indique un panneau bien visible depuis la route.

 

Tout à coup, on aperçoit une femme et ses enfants et, de l’autre côté de la route, un petit groupe d’hommes qui arborent des machettes : des membres des milices anti-balakas. «Ils sont devenus notre souci numéro un, confie un autre gradé français. C’est un mouvement déstructuré et on a du mal à établir le contact avec ses chefs.»Sur la route de Bossangoa, les militaires français croisent quatre pick-up chargés d’hommes en uniforme et solidement armés, qui les toisent sans dire un mot. Des Séléka qui descendent vers Bangui. «Pas de problème, ils ont un ordre de mission et ont notifié aux forces internationales leur déplacement», explique un officier supérieur français à Bossangoa. Le convoi parti de Bossembélé a enfin rallié sa destination finale. Huit heures tout compris, pour 150 kilomètres.

 

(1) Son prénom a été modifié.

 

Thomas HOFNUNG envoyé spécial à Bossembélé (Centrafrique)

 

 

Source : http://www.liberation.fr/monde/2013/12/20/en-centrafrique-on-voudrait-que-les-francais-restent-

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