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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 22:44

 

 

 

 

 

 

 

Bangui (AFP) - 11.12.2013 18:32 - Par Patrick FORT

 

"Si les Français restent, ce sera le génocide", lance, furieux, le commandant Adam Ali Mahamat, un ex-rebelle de la Séléka au camp Beal, le siège du ministère centrafricain de la Défense à Bangui.

 

Cantonné comme ses hommes depuis l'arrivée de soldats français qui ont ordre de les désarmer, il ne cache pas sa rancœur et sa colère.

 

Les combattants de la Séléka, une coalition hétéroclite de groupes armés, principalement musulmans, ont pris le pouvoir par les armes en mars 2013 dans un pays à majorité chrétien et animiste. Depuis, ils ont commis de graves exactions contre les civils chrétiens, qui, à leur tour, ont constitué des milices pour attaquer des musulmans. Ces violences ont provoqué l'intervention armée de la France, dont les soldats ont entamé lundi le désarmement des milices.

 

Comme beaucoup d'éléments Séléka et de musulmans, le commandant fait part du malaise ressenti après l'intervention française. Il reproche aux Français d'avoir désarmé des Séléka, puis de les avoir ensuite laissés en pâture à la foule vengeresse.

 

De nombreux anciens Séléka ont ainsi été lynchés par des chrétiens peu de temps après avoir été désarmés, selon des témoignages.

 

"La France est en train de commettre une grande erreur. Ils disent qu'ils sont là pour protéger les civils. Mais, un Séléka désarmé devient un civil. C'est un citoyen, pourquoi ne les protègent-t-ils pas? C'est injuste. L'armée française a pris la voie des chrétiens et laisse les musulmans en chemin. Elle n'est pas impartiale", dit-il.

 

Ancien militaire de carrière qui a aidé François Bozizé à prendre le pouvoir en 2003, Adam Ali Mahamat a pris le maquis quatre ans plus tard pour rejoindre la CPJP, mouvement rebelle constituant l'épine dorsale de la Séléka.

 

Il a fait partie de l'offensive victorieuse en mars. "On a été intégré à l'armée nationale il y a deux mois. On nous a dit de rester cantonnés. Je suis un soldat, j'obéis aux ordres", explique-t-il.

 

Il assure qu'il y a 2.000 éléments Séléka dans le camp, qui semble pourtant désert à l'exception de quelques soldats allongés.

 

Un fusil mitrailleur est posté à l'entrée. Les hommes brandissent leurs Kalachnikov et même un Famas, fusil de l'armée française "pris à des anti-Balaka (milice chrétienne) à Bossangoa il y a deux mois sur le champ de bataille".

 

Il menace: "ici, les Français ne rentrent pas. S'ils viennent ce sera dangereux. Ici, c'est notre camp. Dehors, ils peuvent désarmer qui ils veulent. Ici, c'est chez nous. Ce sera dangereux", insiste-t-il.

 

"Nous sommes prêts à combattre"

 

Selon de nombreux habitants, beaucoup de Séléka ont fui vers le nord avant l'arrivée des Français. Selon les militaires Séléka, très peu ont rejoint les casernes.

 

Le Camp Kasai, un autre camp de la ville où sont regroupés des ex-rebelles, est lui aussi désert ou presque. Quelques dizaines de soldats à peine, livrés à eux-mêmes.

 

"Il n'y a rien à manger. On ne peut plus sortir pour chercher de la nourriture. On a faim", explique le général Bakari Zacharia, également un ancien de la CPJP. Le discours est le même: "Les Français sont venus pour la paix pas pour nous combattre. Si on désarme les musulmans, il faut les protéger".

 

"Nous sommes prêts à combattre", si les Français tentent de les déloger, affirme-t-il près d'un pick-up armé et de deux lance-roquettes. "C'est un pays laïc depuis Boganda (Barthélémy, père fondateur de la République centrafricaine). Quand les chrétiens gouvernaient, on a accepté. Pourquoi eux n'acceptent pas qu'on soit aux affaires?".

 

La mort du général Séléka Mahamat Saleh Mahamat, tué par les soldats français mardi soir selon eux, est dans tous les esprits. A la mosquée du PK-5, le quartier commerçant musulman du centre-ville, plusieurs centaines de personnes sont là pour assister à la levée du corps et de 15 autres musulmans tués ces derniers jours vers un cimetière de la périphérie.

 

"Mort pour la France"

 

Les habitants ont accroché une banderole sous la statue du héros national Georges Koudoukou," mort pour la France pendant la deuxième guerre mondiale": "Oui au désarmement, non à la discrimination des musulmans. Les militaires français sont responsables des massacres et pillages depuis le début du désarmement partial".

 

Certains habitants tiennent un discours apaisant: "Il n'y a pas de problème entre musulmans et chrétiens. La venue des Français est bonne mais ils doivent nous protéger. Nous ne cherchons pas la vengeance mais la paix", affirme Hissene Fadoul, un étudiant.

 

Mais d'autres sont plus vindicatifs: "Les anti-balakas sont des hommes de Bozizé qui cherche à reprendre le pouvoir. Ils tuent des innocents, détruisent les mosquées. Nous resterons pour défendre le quartier et on se battra jusqu'au dernier homme. Si ca continue ce sera la guerre", ajoute un homme qui tait son nom.

 

Au Camp Beal, Haroun Saleh, reste optimiste. Il a deux femmes, l'une est musulmane, l'autre chrétienne évangéliste. "Je vais à la mosquée, elle prie à l'église tous les jours. Il n'y a pas de problème". A l'image de l'entière Centrafrique, où, jusque-là, chrétiens et musulmans vivaient en paix.

 

© 2013 AFP

Centrafrique: "Si les Français restent, ce sera le génocide"

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