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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 23:51

 

 

 

 

 

 

 

A moins de tirer directement bénéfice de la pitoyable situation qui prévaut, aujourd’hui, en Centrafrique, on ne peut qu’applaudir, des deux mains, l’action de la France et de son président, François Hollande, d’y  faire régner, à nouveau, la paix, la sécurité, l’ordre et la discipline. L’envoi de 1.600 soldats français au lieu des 1.200 annoncés et de 6.000 voire 6.500 soldats africains de la Misca au lieu des 3.600 prévus, montre à souhait que l’équation centrafricaine, est à plusieurs inconnues. Il ne suffit pas d’être le président ou le chef de gouvernement de transition, avec le peu de moyens dont ils disposent, pour répondre efficacement aux attentes. Sinon, ça se saurait. Seule la conjugaison des efforts, aidera à remettre, une fois pour toutes, et durablement, ce pays sur les rails du développement et de la croissance économique. Auparavant, il faudra y instaurer la paix et la sécurité.

 

Je viens de Bangui où j’ai passé 4 jours, du 30 novembre au 4 décembre. J’ai pu rencontrer le président de transition, Michel Am Non Droko Djotodia, le premier ministre de transition, Nicolas Tiangaye, plusieurs membres du gouvernement et du Conseil national de transition, ainsi que les trois grands leaders religieux du pays : Mgr Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, le président de la Communauté islamique centrafricaine, l’imam Oumar Kobine Layama, et le révérend pasteur, Nicolas Guerekoyame-Gbangou, dont l’apport pour le retour de la paix dans les cœurs, sera primordial si on veut que les Centrafricains se regardent en frères et sœurs, comme avant décembre 2012. Cette date est à souligner car, lors de mes entretiens avec les trois leaders religieux, ils ont tenu à indexer le discours haineux de François Bozizé qui, cherchant des boucs émissaires pour s’accrocher au pouvoir qui le lâchait, a cru bon de cibler les musulmans de Séléka, comme étant ceux qui voulaient diriger un pays essentiellement chrétien. Ce discours jamais entendu au pays de Boganda, a été tenu à partir de décembre 2012. Et pendant toute la période allant de cette date au 24 mars 2013, François Bozizé n’a pas manqué d’occasion pour attiser ce feu dangereux, y compris dans sa propre église.

 

François Bozizé ne s’est pas contenté de se limiter à semer les graines d’une guerre religieuse. Conscient que le compte à rebours avait commencé et que ses jours à la tête de l’Etat étaient comptés, il s’est mis à distribuer des armes à des milliers de miliciens qu’il avait recrutés, parfois à la va vite, pour parer au plus pressé. Il a mis sur pied des techniques d’enlèvement que les Ivoiriens avaient connu, sous l’ère de Laurent Gbagbo : des personnes étaient arrachées à leurs familles du jour au lendemain et on ne les revoyait plus. La victime la plus célèbre de cette façon de faire, est, sans doute, son ancien ministre d’Etat, Charles Massi, qui lui fut livré, de bonne foi, par le chef de l’Etat tchadien, Idriss Déby Itno, à sa demande, après qu’il fut arrêté sur le territoire tchadien. Malgré sa parole d’honneur de général d’armée, François Bozizé n’a pas eu de remords pour ordonner son exécution.

 

Michel Djotodia est-il le diable en soutane, tel qu’on le dépeint aujourd’hui ? A sa décharge, il faut rappeler que l’Etat s’était déjà effondré bien avant la chute de Bozizé et avant son entrée avec Séléka dans Bangui. Il n’y avait plus d’armée nationale (FACA), ni de gendarmerie, ni de police. Toute l’administration territoriale a été politisée et tribalisée à telle enseigne qu’à la chute de Bozizé, presque tout le monde a fui. Le nouveau président a hérité d’un Etat néant. Les caisses du trésor sont désespérément vides. Les pillages à Bangui ont commencé quelques jours avant l’entrée de Séléka dans la capitale avec notamment la mise à sac d’Orange Centrafrique et le garage CFAO par les frères Danzoumi et Sani Yalo. Avant de s’enfuir du Palais de la Renaissance, les partisans et proches de Bozizé ont pris soin de saboter 13 voitures de marque Mercedes Benz du parc auto présidentiel (voir photos). Les ordinateurs de bord et les modules électriques de ces véhicules haut de gamme furent tout simplement arrachés. Un vandalisme sans pareil.

 

Après dix années passées à la tête du pays, entre 2003 et 2013, François Bozizé a laissé à l’abandon la capitale. Plusieurs ponts et ouvrages d’art sur les principales artères de Bangui se sont effondrés sans qu’on ait envisagé un seul instant de les réhabiliter (Pont de Sica 3 sur l’avenue de France écroulé en septembre 2010). Celui au quartier Langbassi sur l’avenue David Dacko s’est lui, aussi, effondré, en 2012, après une forte pluie diluvienne. Quant aux axes routiers en province, n’en parlons pas. Plusieurs régions entières du pays sont abandonnées depuis belle lurette et toute circulation automobile y est interrompue. Rien que cela devrait le disqualifier à toute prétention à diriger encore le pays.

 

Depuis maintenant huit mois qu’il est aux commandes du pays, Michel Djotodia a entrepris de réhabiliter certains tronçons très abîmés des avenues de la capitale ainsi que certains ponts cassés, sur ses propres deniers, ce qui fait dire à certaines mauvaises langues – qui s’interrogent un tantinet moqueur – sur l’origine de ces fonds. Il leur répond que s’il est un voleur, il préfère aller seul en prison pour le bien des Centrafricains. Il vient de lancer le mardi 3 décembre, les travaux de reconstruction du pont de Sica 3 avec un financement de 800 millions de f cfa de l’Union européenne. Il a fait remettre avec son argent, le courant électrique au quartier Ouango dans le 7e arrondissement de Bangui qui en était privé depuis plusieurs années, sous le règne de Bozizé.

 

Michel Djotodia tire sa légitimité du Conseil National de Transition qui l’a élu

 

Ayant pris le pouvoir par la force, Michel Djotodia aurait pu être tenté de confisquer purement ce pouvoir. Mais il a choisi d’accepter l’habillage juridique proposé par les Sommets des chefs d’Etat de la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale) de N’Djaména, qui ont imaginé la mise en place d’un Conseil de transition composé de toutes les forces sociales de la nation. C’est ce Conseil de transition qui a élu Michel Djotodia par acclamation, à la tête du pays. Par la suite, il a approuvé, sans broncher, toutes les exigences de la CEEAC (Gouvernement d’union nationale de transition, Charte de la transition, Cour constitutionnelle de transition, Autorité nationale des élections, etc.). Il a, aussi, accepté de se retirer à la fin de la transition et de ne pas se présenter à la prochaine élection présidentielle. C’est aussi le cas du premier ministre, Nicolas Tiangaye, et du président du CNT, Ferdinand Alexandre Nguendet.

 

A noter que le gouvernement d’union nationale de transition, actuellement, en exercice, en RCA, renferme toute la classe politique y compris les représentants du parti de François Bozizé, sans oublier la société civile. Depuis la promulgation de la Charte de transition, le premier ministre a droit de contreseing sur les décrets importants que signe le chef d’Etat de transition. Michel Djotodia, peut aussi être utile à la sous-région. N’a-t-il pas noué un contact très utile avec le leader de la LRA Joseph Kony, qui n’en finit pas de défier les Américains, les Ougandais et toute la communauté internationale ?

 

Michel Djotodia a été adoubé par ses pairs africains notamment ceux de l’Afrique centrale

 

A l’exception du Cameroun où il n’a pas encore été invité, il s’est déjà rendu au Tchad, au Congo-Brazzaville, au Gabon, en Guinée équatoriale, au Soudan, au Burkina-Faso, au Bénin, au Kenya,  et au Sénégal. Il a été accueilli en frère par les chefs d’Etat de ces différents pays qui lui ont ouvert les bras et prodigué des conseils. Il se concerte et consulte, régulièrement, ses pairs de la sous-région, notamment, le chef d’Etat du Congo-Brazzaville qui est le médiateur et président du Comité de suivi de la crise centrafricaine et, le président tchadien, qui disposent des plus gros effectifs de soldats dans les contingents des Forces de l’Afrique centrale (FOMAC) qui devront intégrer celles de la MISCA, le 19 décembre 2013.

 

Michel Djotodia a pris des mesures courageuses

 

Quitte à déplaire à certains de ceux-là mêmes qui l’ont accompagné au pouvoir, Michel Djotodia n’a pas hésité, un seul instant, à mettre aux arrêts et, à traduire en justice, Moussa Mohamed Dhaffane, chef du CPSK, un des mouvements politico-militaires de la coalition initiale Séléka, voire, à dissoudre purement et simplement cette dernière lorsqu’il s’est rendu compte qu’on mettait un peu trop facilement sur son dos, la plupart des exactions commises par des bandits de grands chemins et autres désoeuvrés recalés du recrutement dans les FACA du temps de Francis Bozizé et qui sont venus spontanément grossir les rangs de Séléka. Ceux-là pullulent hélas dans le pays.

 

Michel Djotodia n’hésite pas à descendre sur le terrain pour désarmer et limoger certains éléments Séléka qui jouent aux « Seigneurs de guerre » en empochant pour eux-mêmes au détriment de l’Etat, les recettes fiscalo-douanières ou celles du pont bascule au PK 12 de Bangui ou même les taxes d’abattage des bœufs aux abattoirs de Ngola.

 

Très récemment, il a également dissout par décret, le service de renseignement d’Etat, le Comité extraordinaire pour la défense des acquis démocratiques (CEDAD) dirigé par le numéro deux de la coaltion Séléka, Nourredine Adam, au sujet duquel, ont pesé de forts soupçons d’être transformé en lieu de tortures.

 

François Bozizé, principal malheur de la RCA

 

A propos de Bozizé, il faut souligner sa grande responsabilité dans la décrépitude de l’Etat centrafricain avant même qu’il ne soit balayé du pouvoir. Il est fortement animé d’un esprit de haine et d’une grande soif de vengeance. Aujourd’hui, il prétend sur Radio France Internationale soutenir l’intervention de l’armée française, mais n’est-ce pas lui qui a fait caillasser en payant des jeunes désoeuvrés, la chancellerie de France, à Bangui, en décembre 2012 ? En réalité, cette intervention de l’armée française qu’il avait sollicitée auprès de François Hollande, à l’époque, pour empêcher l’entrée, à Bangui, de Séléka mais qui lui a été refusée, ne peut, actuellement, arranger ses calculs de retour au pouvoir. L’attaque de Bangui, le jeudi 5 décembre dernier, visait à renverser le régime de transition pour s’emparer du pouvoir avant l’adoption, ce jour là-même, de la résolution 2127 du Conseil de sécurité des Nations-Unies devant autoriser la France à intervenir, militairement, en RCA. Mal lui en a pris. Il porte, donc, la redoutable responsabilité des nombreux morts (près de 500 personnes en 72 heures). C’est sans précédent en Centrafrique. 

 

Jean Paul Tédga,

 

envoyé spécial à Bangui

CENTRAFRIQUE : NE PAS JETER LE BEBE AVEC L’EAU DU BAIN par Jean Paul TEDGA

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