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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 13:16

 

 

 

 

 

LE MONDE |  21.12.2013 à 11h43  • Mis à jour le  21.12.2013 à 12h25  |Par Cyril Bensimon (Bangui, envoyé spécial) et Nathalie Guibert

 

Dans le chaos de la Centrafrique, elles apparaissent bien seules, ces trois figures à qui l'on prête tant de raison. Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, Oumar Kobine Layama, président de la communauté islamique, et Nicolas Guerekoyame-Gbangou, président de l'Alliance des évangéliques, portent encore sur leurs épaules l'espoir d'un apaisement.

 

A la différence des précédentes, la crise centrafricaine, ouverte par la rébellion puis le coup d'Etat mené par la Séléka en mars, a pris le masque d'un conflit interconfessionnel majeur. « Tous les musulmans ont changé de visage depuis que la Séléka est là », assène Saint-Cyr, un habitant chrétien du quartier de Ben Zvi, à Bangui.

 

Dans un rapport publié jeudi 19 décembre, Human Rights Watch documente l'« escalade des atrocités sectaires » depuis septembre dans la région d'Ouham, autour de Bossangoa. Les violences ne cessent pas depuis le massacre du 5 décembre, date du « match retour », selon leur propre expression, mené par des anti-Balaka chrétiens contre les ex-Séléka musulmans, qui martyrisent le pays, depuis 2012.

 

Dans le camp de déplacés qui jouxte l'aéroport de Bangui, Lydie, haut fonctionnaire, explose. « Ils ont parlé de la paix mais ils ont continué à faire des carnages. Nous ne voulons plus des musulmans, ils ne sont pas sociables. Ils veulent exterminer les autochtones. Ils disent que nous sommes des poulets. On ne peut plus accepter de vivre avec ces gens qui ont un esprit génocidaire. Ils n'ont qu'à partir ! »

 

« LES CHEFS RELIGIEUX S'ENTENDENT ET LEUR MESSAGE EST CLAIR »

 

Les chefs religieux du pays ont joint leurs efforts de médiation il y a un an déjà, dans une « plate-forme des confessions ». Car, pour eux, la religion n'est pas au coeur de cette nouvelle fièvre. Le 7 décembre, les évêques ont condamné les exactions et « toute tentative de récupération politique qui vise à “antagoniser” les Centrafricains sous prétexte d'appartenance religieuse ». Ils martèlent : « Tous les anti-Balakas ne sont pas chrétiens, et tous les chrétiens ne sont pas des anti-Balaka, et il en va de même pour les ex-Séléka et les musulmans. »

 

La France compte sur eux pour réussir son opération « Sangaris ». « Heureusement que les chefs religieux s'entendent et que leur message est clair », convient un diplomate, à Paris« Ce sont des forces majeures », estime un conseiller du ministre de la défense. Les premiers, les prêtres avaient, grâce au maillage des églises dans les campagnes, permis à l'état-major français d'être informé de la dégradation de la situation. Luc Ravel, l'évêque aux armées, connaît bien ses homologues, et a donné l'alerte. En novembre, il s'est rendu en Centrafrique. « Ils avaient vu le risque du “match retour” », raconte-t-il.

 

A Bangui, dans les jours précédant l'attaque du 5 décembre, l'archevêque Nzapalainga faisait part de sa grande inquiétude : « Il existe un risque de justice populaire qui provoquera une hécatombe et le chaos. Nous pourrions arriver à un point d'irrationalité barbare. Je crains que mon autorité morale ne soit pas suffisante pour faire tenir la digue, car les gens ne sont plus prêts à pardonner. »Depuis la France, l'évêque aux armées a sollicité cette semaine un message du pape François, resté très discret sur le conflit.

 

A Paris, on tente de rassurer. Il n'y a pas d'« élément structurel » qui empêcherait les communautés de cohabiter de nouveau, assure-t-on au Quai d'Orsay. Si le contexte régional joue, avec une montée de la radicalisation islamiste, « il n'est pas déterminant ». Le fait religieux avait certes été instrumentalisé par l'ex-président François Bozizé, qui avait agité le « risque wahhabite ». Son successeur par la force, Michel Djotodia, a, lui, proclamé incarner un « pouvoir musulman ».

 

Au ministère de la défense, on assure que les anti-Balaka « restent très majoritairement des groupes d'autodéfense de villages ». On ne note « aucun signe » d'infiltration du groupe djihadiste nigérian Boko Haram, présent aux frontières, encore moins d'Al-Qaida. Mgr Ravel assure : « Personne ne me parle de “somalisation”, les chrétiens disent que si les chababs (djihadistes somaliens) venaient, ça ne prendrait pas. »

 

Mais, en descendant sur Bangui il y a quelques mois, les pillards de la Séléka ont détruit les églises, rares lieux où il était encore possible de voler quelques biens. Leurs exactions sur la population ont fait le reste. Emportés dans la spirale des violences, certains voient maintenant une possible revanche sur l'Histoire. Depuis l'indépendance, la minorité musulmane du pays a été marginalisée. « C'est ce qui a poussé au soulèvement contre l'ancien pouvoir », témoignait Bachir, rencontré à la mosquée Ali Babolo de Bangui après l'attaque du 5 décembre. « Il faut que les chrétiens acceptent qu'aujourd'hui nous sommes au pouvoir. Quand ils y étaient, nous ne protestions pas. Ils veulent nous exterminer parce qu'ils sont majoritaires. »

 

En miroir, Mgr Ravel évoque la crainte des chrétiens : la transition politique pourraitfiger un nouveau rapport de force au profit de la minorité musulmane. « Quinze préfets musulmans sur seize dans un pays à 85 % chrétien, ils n'accepteront jamais cela, indique l'évêque aux armées. Rançonner un pays, c'est le rendre pauvre, donc dépendant d'un groupe qui va dire demain : “Vous allez travailler pour nous.” Les chrétiens parlent de “musulmanisation”. »

 

La présence d'étrangers cristallise la haine, nourrissant l'amalgame Séléka = musulmans = Tchadiens. « Ce sont ceux qui viennent du Tchad et du Soudan et ne parlent qu'arabe qui nous font le plus de mal », assure Divin, jeune homme du quartier Sica 2.

 

« LES MUSULMANS, DÈS QU'ILS ONT UN MORT, ILS EN TUENT DIX »

 

Dans une lettre, les trois chefs religieux ont transmis à François Hollande, le 10 décembre, lors de sa visite éclair à Bangui, une requête embarrassante pour Paris, allié de N'Djamena dans ses opérations en Afrique : « Les troupes tchadiennes sont-elles là pour prendre partie en faveur des mercenaires tchado-soudanais qui constituent le gros des effectifs des ex-Séléka et se sont illustrés par des exactions et de graves violations des droits humains ? Si tel est le cas, nous exigeons le retrait de ces troupes », ont écrit les prélats.

 

Malgré toutes leurs tentatives d'apaisement, les responsables religieux admettent que les digues cèdent. « Dès la sortie de la réunion, un passant a été tué », déplore Désiré, à la sortie d'une séance de réconciliation à la paroisse Notre-Dame de Fatima. « Le problème avec les musulmans, c'est que dès qu'ils ont un mort, ils en tuent dix. »

 

De nouveaux acteurs débordent les autorités religieuses traditionnelles. Après ses critiques sur la Séléka, l'imam Kobine avait déjà été menacé par Noureddine Adam, patron des services de renseignement qui entretient des liens avec le Qatar. Mercredi, après une nouvelle réunion avec des « leaders » de la jeunesse musulmane, beaucoup ont reproché à l'imam d'être trop mou, voire d'être un traître.

 

« Je ne sais pas quelle est la mission de la France. Chaque fois, dans ce pays, c'est la même discrimination contre les musulmans », a lancé Hakim. La veille, pourtant, Sangaris avait lancé une grosse opération contre les anti-Balaka du quartier de Boy Rabé, une démonstration de son « impartialité ».

 

Un chef d'entreprise, Mahamat Abdel Brahim, va plus loin, en évoquant « une scission du nord si cela continue : on nous dit qu'il faut raccourcir la transition parce que Djotodia est musulman et que l'on veut mettre un chrétien à sa place. Les chefs religieux, vous êtes responsables de ce qui nous arrive ! ».

 

Centrafrique : le risque d’un conflit confessionnel

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