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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 22:31

 

 

 

 

 

 

 

La situation à Bangui est très instable, "la haine est forte" et tout peut s'enflammer d'une minute à l'autre. Témoignage de deux grands reporters de France 2 présents sur place. 

 

Par Hervé Brusini 

 

le 11/12/2013 | 19:28 , publié le 11/12/2013 | 19:25

 

Quelle est la situation à Bangui ? Deux soldats français ont été tués, lundi 9 décembre, alors que l'armée française venait d'entrer en action pour désarmer les milices qui s'affrontent en Centrafrique. Entre les ex-rebelles musulmans de la Séléka et les miliciens chrétiens anti-balaka, tout peut s'enflammer rapidement. Les violences ont fait quelque 400 morts la semaine dernière rien que dans la capitale centrafricaine. 

 

Sur place, Martine Laroche-Joubert et Gérard Grizbec, grands reporters de France 2, expliquent que la situation n'a cessé de se dégrader dans les rues de Bangui, depuis qu'ils sont arrivés en fin de semaine dernière. 

 

Francetv info : Dans quelles conditions travaillez-vous ?

 

Gérard Grizbec : La situation est toujours instable. Mardi, nous sommes passés aux abords de l'aéroport et tout allait bien. Trois minutes plus tard, des émeutiers s'en prenaient à un magasin. Au même endroit, la violence partait comme une torche allumée.

 

Par ailleurs, il est parfaitement impossible d'identifier à qui on a affaire. Il n'y a pas de ligne de front à Bangui : les coups peuvent venir de n'importe où. Par exemple, on croise de nombreux Africains en uniforme dans les rues de Bangui, mais qui sont-ils réellement ? Appartiennent-ils à la Fomac, la Force d'Afrique centrale en Centrafrique ? Avec ces soldats-là, qui sont tchadiens, camerounais, congolais, guinéens ou gabonais, nous n'avons aucun problème. Mais ceux que l'on croise peuvent très bien être des rebelles musulmans de l'ex-Séléka qui peuvent nous tirer dessus à tout moment. C'est la confusion la plus totale. 

 

Pouvez-vous vous déplacer partout ? 

 

Martine Laroche-Joubert : On sait par nos fixeurs (les guides que nous rémunérons) dans quelles zones nous pouvons nous rendre et celles où les risques sont considérables. Par exemple, ici à Bangui, nous savons qu'il vaut mieux éviter un quartier où des journalistes ont été caillassés mardi. Nous nous déplaçons rarement seuls. Mardi, nous étions avec une équipe de la télévision chinoise. S'il arrive un pépin, ceux qui restent mobiles peuvent prévenir les secours.

 

Gérard Grizbec : Les détails logistiques peuvent rendre les choses encore un peu plus périlleuses. A Bangui, il est presque impossible de se procurer de l'essence. Ne comptez pas davantage pouvoir louer un taxi. Donc nous nous déplaçons en voiture, avec casque et gilet pare-balles. 

 

La présence de journalistes n'a-t-elle pas une influence sur les événements ?

 

Martine Laroche-Joubert : Nous avons récemment filmé le pillage d’une boutique. Channel 4 était d’abord passé par là le matin tôt. Mais le pillage a continué. Et il était toujours en cours quand nous nous y sommes rendus.

 

Gérard Grizbec : Quand nous filmons un acte de violence extrême, que ce soit un pillage ou un lynchage, les gens se fichent que nous soyons là ou pas. Ils pillent ou ils se vengent. La haine est si forte que des horreurs sont proférées ou commises à visage découvert. Et peu importe si on est filmé ou pas.

 

 

 

CENTRAFRIQUE. "On va égorger les musulmans"

 

  11-12-2013 à 20h09

 

Par 

 

Au sixième jour de l’opération Sangaris, les Seleka ne sont plus autorisés à circuler dans les rues. Mais le calme n'est pas encore revenu. De notre envoyé spécial.

 

Debout, de l’autre côté de la barrière qui marque l’entrée de Bangui, Mustapha attend, avec ses balluchons, posés sur l’asphalte, une hypothétique escorte. Ce jeune commerçant musulman a quitté sa région frontalière avec le Cameroun pour venir se réfugier dans la capitale centrafricaine. "Là-bas, les gens sont en débandade", dit-il. "Les anti-Balak [ces milices villageoises d’autodéfense, chrétiennes ou animistes, NDLR] nous attaquent. Ils s’en prennent surtout aux Peuls".

 

Pour arriver jusqu’à ce lieu-dit appelé "PK12", il a marché, pris des motos brousses, voyagé à l’arrière de camions surchargés. Il doit rejoindre le quartier du "Kilomètre 5", un bastion musulman, où une partie de sa famille habite. "Mais je n’ai pas confiance dans les taxis. Et on me dit que sur le chemin, on nous traque". Il se dit "déçu" par son pays. "Chrétiens et musulmans ont toujours vécu ensemble. Les politiciens manipulent la jeunesse pour s’entretuer et les principales victimes sont les femmes, les enfants et les vieillards."

 

"On ne peut pas vous escorter"

 

L’armée française s’est déployée de part et d’autre du barrage. 13 blindés légers et une quarantaine de soldats du 1er Régiment de hussards parachutistes tiennent cet emplacement stratégique situé au croisement des deux principales routes du pays. C’est un défilé ininterrompu de poids lourds, de motos qui ploient sous trois ou quatre passagers, d’hommes poussant sur des diables des monceaux de bois et de familles à pieds, fuyant, dans un sens ou dans un autre, les pillages et les tueries.

 

Mustapha va demander à un adjudant-chef casqué si des hommes de son peloton peuvent l’accompagner jusqu’à chez-lui. "On ne peut pas vous escorter", lui répond le militaire. "Ici, c’est une position qui est menacée." Un tireur d’élite à genoux, son fusil posé sur un parapet, surveille tous les véhicules qui approchent. D’autres soldats, cachés à l’arrière des échoppes en bois, ont leur canon pointé sur la forêt.

 

En ce sixième jour de l’opération Sangaris, la ville est plutôt calme, en comparaison des violences du début de la semaine. Les Seleka, les anciens rebelles qui ont pris le pouvoir en mars dernier, ne sont plus autorisés à circuler dans les rues avec leurs Kalachnikov ou leurs mitrailleuses. Ils doivent normalement être cantonnés dans des casernes. "On les a encore vu ce matin", dit un jeune capitaine. "Ils viennent nous tester et observer si nous montrons de l’assurance ou de la fébrilité."

 

Depuis deux jours, lui et ses hommes fouillent véhicules et passants. Ils confisquent toutes les armes qu’ils trouvent et viennent de saisir un RPG. "On a aperçu des gens qui se déplaçaient en armes, poursuit l’officier, près de son blindé, devant une station Total vandalisée. Comme notre dispositif est bien étanche, ils passaient derrière dans la brousse. Quand on est intervenu, ils ont pris peur et ont lâché ce lance roquettes."

 

"Ce sont des terroristes ! Des Al-Qaïda !"

 

Des hurlements fusent au milieu des étals. Une foule court vers la patrouille française en poussant un garçon. "Attention, il a des grenades !" Un soldat arrive, le met en joue, lui ordonne de poser sur le sol ses deux engins explosifs à peine plus gros que des citrons verts, puis l’oblige à retirer son tee-shirt et son pantalon, le couche sur le bitume et finit par le conduire au poste de la gendarmerie. "C’est un Seleka ! Tue-le !", crient les badauds.

 

"Il était dans le marché. Il voulait acheter quelque chose. Les gens ont vu qu’il avait une grenade à sa ceinture. Ils l’ont bloqué et amené ici. Avant, c’était un Seleka. On en est sûr. On le voyait passer en tenue", raconte un jeune homme, un crucifix sur la poitrine. "Ce sont des terroristes ! Des Al-Qaïda ! On va les chasser de Centrafrique", s’écrie un autre. "On va égorger les musulmans. C’est moi le tueur !", prévient un troisième.

 

L’adjudant-chef demande à tout le monde de se mettre à couvert. "Une attaque Seleka est imminente !", lance-t-il. "On a aperçu deux personnes armées, derrière à moins de 50 mètres". Mais rien ne se passe. Selon lui, l’homme arrêté avec ses deux grenades "avait l’intention de se faire sauter au milieu du dispositif". Le premier kamikaze de cette opération militaire, en somme.

 

Son supérieur se montre plus prudent : "On ne sait pas si c’était contre nous ou contre la population". Ou, peut-être, simplement voulait-il se protéger de ses compatriotes ? De nombreux musulmans ont été lynchés, au cours des deux derniers jours. "Une partie de la population est favorable à notre présence, ici. Une autre ne l’est pas", constate, encore, le capitaine. "Certains essayent de nous aider. Mais il faut tout prendre avec du recul."

 

Christophe Boltanski - Le Nouvel Observateur

Centrafrique : "Ici, des horreurs sont commises à visage découvert"

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