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25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 21:56

 

 

 

 

 

 

Midilibre.fr

 

24/12/2013, 19 h 39 | Mis à jour le 24/12/2013, 19 h 51

 

C'était la messe de minuit, qui cette année avait lieu à 15 heures, couvre-feu oblige, et la cathédrale était pleine à craquer.

 

De la cathédrale de briques rouges de Bangui, une clameur s'élève : des chants joyeux, des rires, des applaudissements enthousiastes qui envahissent tout le quartier, prenant tout à coup le pas sur le claquement des balles auquel les Banguissois sont habituellement résignés. Dieudonné Nzapalainga, le célèbre archevêque de Bangui, entame un long prêche, qui tient plus du discours politique que du discours religieux. En ces temps difficiles, il est impossible de ne pas évoquer les exactions, massacres, viols et lynchages qui font le quotidien des Centrafricains.

 

 "La paix, on va l'avoir!"

 

Tantôt en français, tantôt en Sango, la langue nationale, il harangue la foule qui répond par des applaudissements appuyés: il parle de paix et de réconciliation: "Il faut libérer la parole, crier d'une seule voix plus jamais ça!. Il n'y a pas de paix sans justice (...) soyons des artisans de justice et nous serons des artisans de paix", assène-t-il aux fidèles. Devant la cathédrale, la réalité se rappelle à eux: assis dans la poussière, arme au poing, des soldats sont là pour sécuriser l'office. "La paix, on va l'avoir!" "Je travaille, mais je prie aussi", explique l'une des sentinelles, tout en écoutant la voix de l'archevêque qui grésille dans les haut-parleurs de la cathédrale. "On dit que la Centrafrique est oubliée de Dieu, mais Dieu n'oublie personne, ici comme ailleurs... la paix, on va l'avoir", veut-il croire, la main serrée sur la crosse de sa kalachnikov, alors que les massacres ont fait près d'un millier de morts en trois semaines à Bangui.

 

Chaque jour apporte son lot d'affrontements et d'atrocités

 

En cette fin d'après midi, un soleil rougeoyant se couche doucement sur la ville, donnant aux rues, à la cathédrale et au ciel la même teinte irisée. "Vous auriez dû voir les autres années, avant les évènements! La cour (de la cathédrale) était pleine à craquer! Là les gens ont peur", explique "Baracuda", un jeune scout en uniforme. Dans cet univers de joie, presque surréaliste au milieu de cet océan de violences qu'est devenue Bangui, les fidèles semblent s'abandonner après le prêche de Mgr Nzapalainga, les mines inquiètes du quotidien se décrispent dans la musique. En Centrafrique, chaque jour apporte son lot d'affrontements et d'atrocités, souvent qualifiés un peu rapidement "d'interreligieux": "Regardez nous, regardez nous bien. Les Chrétiens, c'est nous", chuchote un fidèle. "Nous sommes une religion de paix, pas de guerre. Les anti-balakas (milices d'auto défense chrétiennes, ndlr), ce ne sont pas des chrétiens, ce n'est pas nous", dit-il, avant de se remettre à chanter, alors qu'une dizaine de petites filles vêtues de blanc s'enfoncent dans l'allée centrale en dansant.

 

Une spirale infernale des amalgames communautaires

 

La veille, des anti-balakas ivres de violence, disant lutter contre l'ex-rébellion Séléka (à dominante musulmane et qui a pris le pouvoir en mars), ont lynché deux infortunés musulmans au quartier PK5, leur découpant les membres à coups de machettes... Illustration de la folie qui s'est emparée de quelques-uns dans la ville, ivres de vengeances et pris dans la spirale infernale des amalgames communautaires et des représailles. Quelques coups de feu résonnent dans le lointain. Un militaire confie à un civil qu'un nouvel affrontement a lieu dans un quartier éloigné. Ce soir, c'est Noël pourtant. Alors chacun s'empressera de rentrer en famille avant le couvre-feu, en espérant que les balles ne viendront pas éteindre trop vite la flamme d'espoir et de paix allumée en cette messe de réveillon par Mgr Nzapalainga. 

Bangui : à la messe de Noël, "Il faut crier d'une seule voix, plus jamais ça!"

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