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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 21:38

 

 

 

 

 

http://www.tv5.org  11.11.2013  Propos recueillis par Liliane Charrier

 

Percevez-vous un risque d'embrasement au-delà des frontières centrafricaines ?

 

Il y a un risque de déstabilisation de toute la région. Un effort de la communauté internationale et de cohésion dans le pays est urgent. L'intervention de forces de maintien de la paix est indispensable d'autant plus que les pays avoisinants sont déjà instables. Avec une zone sans état de droit, surtout dans un endroit stratégique comme le coeur de l’Afrique, on ne peut pas espérer de rétablissement. Et puis, il y a des armes dans le pays, et les gens savent s'en servir. Sans action maintenant, on s'achemine vers le pire.

 

La Centrafrique est le coeur de l'Afrique. Si l'on veut que ce continent, demain, soit un foyer de rayonnement et de dynamisme, cela passe par le centre. Et pourtant, la Centrafrique est un pays très riche - forêt, or, diamants, uranium... Mais tout a été négligé, ces dernières années. Etant donnée l'interdépendance dans laquelle nous vivons aujourd'hui, on ne peut pas se permettre de laisser piller la faune ou la forêt, ni dilapider les trésors du pays, ni que les enfants qui naissent et grandissent maintenant soient marginalisés. Car pour exploiter ces ressources, il faut des enfants capables de lire et de penser. Etant donné la déscolarisation, le pays ne pourra pas prendre son envol, et c'est tout le continent qui en pâtit.

 

Comment évolue situation en Centrafrique ces dernières semaines ?

 

Depuis le mois d'août, il y a une augmentation de 57 % des déplacés : les gens fuient, ils ont peur. On estime maintenant à 400 000 le nombre de déplacés, soit 10 % de la population - comme en Colombie. Cette dispersion ne fait que renforcer les problèmes de cohésion sociale et de dialogue intercommunautaire.

 

Sur une population de 4,6 millions d'habitants, la moitié a moins de 18 ans. Depuis décembre 2012, avec l'explosion du nombre de déplacés, 7 enfants sur 10 ne peuvent plus aller à l'école. Avant la crise, il y avait déjà 1,2 millions d'enfants déscolarisés.

 

Avant 2012, la Centrafrique présentait déjà l'un des taux de développement humain les plus critiques d'Afrique, voire du monde. Le taux de mortalité maternelle, par exemple, est le 3e plus bas du monde, après le Tchad et la Somalie. 

 

Nous sommes aujourd'hui à la veille d'une famine, en l'absence de semis et de récolte. La malnutrition menace, avec son cortège de problèmes cognitifs chez les enfants. 

 

Quelle est la situation dans la capitale, Bangui, où vous retournez dès demain ?

 

C'est la désolation. Les routes sont des pistes. Les dispensaires ont été pillés ; le système bancaire étant paralysé, il n'est plus possible de payer les employés des services de santé ou les enseignants ; avec les ponts dynamités et les stations d'essence vides autour de Bangui, il est très difficile d'accéder à la capitale. Tous les projets de création et de réhabilitation d'école et de centre de jeunes que l’Unicef avait prévu avant la crise sont gelés. Tout était déjà très triste avant la crise, mais maintenant, il ne reste plus rien, tout ce qui tenait encore debout a été saccagé de façon systématique. On sent que les gens arrivent au bout de leur extraordinaire résilience - trop d'injustice, trop de violence, trop d'impunité ; alors ils se regroupent pour contre-attaquer et la situation s'envenime encore. Or la sécurité est la clé de voûte de notre travail.

 

Pourquoi la situation se dégrade-t-elle ?

 

Depuis l'indépendance, il n'y a jamais eu de cohésion sociale nationale. A chaque changement de pouvoir, une crise face au pouvoir central a éclaté. Cette fragmentation s'est même aggravée au fil du temps, comme les tensions régionales. C'est d'ailleurs ainsi que s'est installé le sous-développement. 

 

Et pourtant, la Centrafrique est un paradis pour les ethnologues, une mosaïque de populations chrétiennes et musulmanes qui ont longtemps vécu en harmonie. Or aujourd'hui, il y a une douzaine de groupes armés et plusieurs foyers de crise. Les exactions de ces derniers mois cristallisent des antagonismes extrêmement dangereux car il y a un amalgame avec les communautés religieuses, chrétiennes et musulmanes. On ne pourra pas parler de réconciliation tant que les crimes sont commis en toute impunité. 

 

Et ailleurs ?

 

Dans la région de Bosangoa, par exemple, où la cristallisation est forte entre communauté musulmane et chrétienne, on estime à au moins 37 000 le nombre de déplacés. Nos collaborateurs qui travaillaient sur nos chantiers ont marché dans la brousse pendant une semaine et sont arrivés dans un triste état dans les camps. L'atmosphère est très tendue, respire la peur. Les déplacés n'ont pas commencé à rentrer chez eux.

 

Les ponts étant détruits, nous avons beaucoup de mal à accéder à une population dont les besoins de base sont criants - eau, services sanitaires, espace d'accueil pour les enfants, chrétiens ou musulmans, pour qu'ils puissent évacuer les traumatismes. Les enfants expriment dans leurs dessins les horreurs qu'ils ont vécues - villages en feu, corps sanguinolents. 800 villages ont été mis à feu et à sang en Centrafrique.  C'est à la fois très touchant effrayant. Les enfants gèrent aussi le traumatisme à travers de petites pièces de théâtre, des chansons. On sait que quand toute une population vit dans la violence, les conséquences seront graves, et à très long terme. C'est aussi ce que nous essayons d'éviter. 

 

Avez-vous rencontré des enfants soldats ?

 

Le phénomène n'est  pas nouveau, car les groupes armés existent depuis un moment déjà. Mais on estime aujourd'hui leur nombre à 3 500 - peut-être plus - soit près de deux fois plus qu'avant 2012. Les enfants-soldats sont particulièrement incontrôlables, car ils ne se rendent pas compte des conséquences de leurs actes. Dernièrement, notre convoi de médecins a été pris d'assaut par des enfants soldats à un poste de contrôle. Ils ont fini par descendre au bout de quelques kilomètres, mais l'attaque aurait très bien pu finir en massacre et nos collaborateurs ont eu très peur. 

 

A ce jour, l'Unicef a récupéré 151 enfants soldats, dont 15 filles. Différents ministères, dont  ceux de la Défense et du Désarmement, nous donnent accès aux cantonnements des groupes armés. Au-delà de ce travail en amont, le suivi auprès des communautés et des familles est très serré. Car certains enfants soldats sont très fiers d'avoir fait partie de mouvements armés. D'autres voulaient sortir, notamment les filles qui ont vécu des atrocités. Il faut d'abord identifier les familles, puis nous les réintégrons après trois mois dans un centre de transit où nous assurons un encadrement psychosocial. La réinsertion n'est pas facile, surtout pour les jeunes filles qui ont eu des enfants. Il faut leur donner suffisamment de confiance en eux pour repartir dans la vie. C'est un travail de plusieurs années. Après la période de transition, on leur apprend un petit métier - menuiserie, électricité - pour qu'ils puissent contribuer à la reconstruction de leur pays. Ceux que nous avons sortis sont très contents d'avoir eu la chance d'apprendre un métier. Reste à pouvoir le mettre en pratique...

 

À quoi vous attendez-vous à votre retour ?

 

Je retourne dans un pays où la situation sécuritaire est très préoccupante. Avec les infrastructures détruites, nous ne pouvons plus accéder aux populations pour assurer une protection par notre présence. Dans ces conditions, comment résoudre les problèmes de base, comme l'accès à l'eau potable ? Outre Bangui, nous avions un bureau à Bossangoa, un autre à Kaga-Bandoro, et tous deux ont été pillés, comme toutes les agences des Nations unies.

 

Unicef en Centrafrique : aider les enfants pour secourir le pays

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