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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 08:37

 

 

 

 

(CAP) - Monsieur le Président bonjour. Comment se porte le MLPC  votre parti ?

 

Martin ZIGUELE : Bonjour. Je vous remercie d’avoir bien voulu me donner la parole. Le MLPC  se porte aussi bien qu’un parti politique de masse peut l’être dans un pays qui connait une crise quasi existentielle. Le MLPC continue à fonctionner, à s’étendre géographiquement et sectoriellement, à se restructurer, et à former politiquement ses cadres à travers l’Ecole du Parti créé en 2012, tout en se rajeunissant comme le démontrent les responsabilités confiées à la génération née après la création même du Parti en février 1979. N’eussent été les évènements survenus depuis décembre 2012 dans notre pays, nous aurions parachevé la restructuration du Parti dans tout  le pays et dans nos six fédérations extérieures, puis convoqué même notre IVème Congrès ordinaire.

 

(CAP) - Après les élections générales de Janvier 2011, le MLPC était actif dans l’animation de la vie politique nationale. Mais depuis le changement du 24 mars dernier, on entend ici et là certains reprocher à sa direction d’avoir disparu de la scène. Qu’en dites-vous?

 

Martin ZIGUELE : Affirmer que le MLPC a disparu de la scène est une affirmation gratuite, et je m’explique : depuis le coup d’Etat du 15 mars 2003 que le MLPC fut le seul parti politique à condamner tandis que d’autres nombreux compatriotes l’avaient baptisé de « sursaut patriotique », nous n’avons cessé, jusqu’ à ce jour, malgré mille et une menaces, intimidations et humiliations, de dénoncer toutes les atteintes aux libertés individuelles et collectives, ainsi qu’à la bonne gouvernance, par les moyens dont dispose un parti politique républicain. Nous l’avons fait aux côtés des partis frères aussi bien de l’UFVN que du CFC. Puis après la mascarade électorale de janvier 2013, nous avons activement participé à la création du FARE, et à son animation jusqu’à la survenance des derniers évènements. La légende sur la prétendue silence du MLPC a commencé à germer, puis à s’exprimer ouvertement lorsqu’à Libreville en janvier 2013, avec nos frères du Collectif de l’Opposition démocratique, nous avions demandé le départ de François BOZIZE, comme l’a fait l’ex rébellion Séléka. Nous étions encore à Libreville lorsque les médias publics appelaient à notre lynchage public à notre retour au pays, et les « marcheurs » de l’époque nous promettaient la même fin cruelle que celle réservée au défunt Charles Massi. C’est dans cette ambiance polpotienne que la propagande du pouvoir à l’époque nous a présentés comme des traitres à la nation, des chevaux de Troie de l’apocalypse et des intérêts étrangers, bref la fameuse cinquième colonne des régimes en mal d’épuration politique de toute voix dissonante dans un pays où les allégeances politiques contre nature étaient devenues la règle.

 

Du coup, lorsqu’au retour de Libreville, des marches enfiévrées s’enchainaient contre les Accords de Libreville, et bien sûr sur fond d’invectives contre les « traitres » que nous serions devenus, toutes nos interventions médiatiques pour dénoncer cette manipulation et cette fuite en avant étaient ignorées ou ridiculisées dans des émissions comme « Yé so ala lingbi ti inga » de sinistre mémoire, diffusée à longueur de journée sur les ondes de la Radio Centrafrique que les centrafricains avaient fini de surnommes « Radio Mille Collines »…. Après le changement du 24 mars 2013 , ces graves accusations seront reprises en chœur par les nostalgiques du régime déchu et par des « démocrates » de la 25ème heure, qui après avoir douillettement profité des faveurs de François BOZIZE pendant tout son règne , ont très courageusement attendu dans leurs cocons qu’il parte du pouvoir et que tous les dangers que nous affrontions soient écartés, pour qu’ils se découvrent, comme Saint Paul sur le chemin de Damas, une vocation tardive de donneurs de leçons en matière de défense du peuple centrafricain. C’est vrai qu’un proverbe bien de chez nous dit que « lorsque la bouillie est refroidie, on peut la boire avec ses narines ». Aux côtés de ces deux catégories de personnes qui n’en font en réalité qu’une politiquement, vous avez d’autres compatriotes, ceux-là de bonne foi, qui devant le choc et l’intensité des évènements que nous vivons, estiment ne pas suffisamment entendre nos interventions. En réalités nous avons effectué et continuons d’effectuer de nombreuses sorties médiatiques avant et après le changement, nos compatriotes aimeraient nous entendre pratiquement tous les jours puisque les exactions sont quasi-quotidiennes. Nous le savons, et c’est pourquoi j’abuse même de la disponibilité des médias locaux et étrangers pour cela, qui me le font parfois remarquer, ajoutant qu’elles aimeraient aussi écouter d’autres voix locales.

 

Enfin, je dois dire que le MLPC ne peut rester indifférent, puisque d’une part, nous sommes un parti de masses, présent dans tous les coins et recoins de la RCA, et donc nos propres militants n’ont pas été épargnés vu l’envergure de cette crise, d’autre part nous n’avons aucune raison de nous taire puisque notre choix de la défense du peuple centrafricain remonte à la lutte contre l’Empire en 1979, et que nous nous sommes régulièrement battus aux côtés du peuple centrafricain, comme en témoignent nos nombreux martyrs tout au long de notre difficile histoire jusqu’à ce jour.

 

(CAP) - Cela fait environ sept mois que le général Bozizé a été renversé du pouvoir et seulement trois mois que Michel Djotodia a prêté serment comme chef d’Etat de la Transition. Quels enseignements tirez-vous de ce changement?

 

Martin ZIGUELE : Je disais tantôt, si les Accords de Libreville avaient été respectés, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Ce n’est pas une lapalissade, cela était possible car j’étais témoin de la mobilisation des Chefs d’Etat et de Gouvernement de  la CEEAC et de la Communauté internationale dans son ensemble pour une sortie politique honorable de la crise née des évènements de décembre 2012. Il faut le souligner pour les en remercier. Ce changement est intervenu à un moment  où l’Etat s’était en réalité effondré depuis longtemps et le pays condamné au chaos, dans l’indifférence générale : la promotion de la médiocrité par l’inversion délibérée de la pyramide des compétences dans l’administration civile et militaire au su et au vu de tous, la corruption, le pillage systématique des biens publics, l’exclusion du citoyen et les élections servaient de paravent à un régime kleptocrate et soupçonneux, qui cooptait ses « élus », dans un climat de prédation généralisée. Comme Moîse dans le désert, nous criions en vain, avec nos amis de l’opposition démocratique pour exiger du pouvoir à l’époque d’appliquer rigoureusement le processus du DDR afin de réduire le risque de résurgence des rébellions mal éteintes, en dénonçant le détournement des 8 milliards octroyés  par la CEMAC à cette fin. En réponse le MLPC avait droit à des injures.  Nous avions exigé du pouvoir à l’époque de faire preuve de volonté politique pour conduire la Réforme du Secteur de Sécurité, en réponse on nous traitait  d’aigris. D’où est venu la Séléka ? De nos échecs, de nos renoncements, de notre gourmandise, de notre avidité, de notre irresponsabilité, bref de notre mauvaise gouvernance et aussi de notre manque de courage politique pour dénoncer ensemble en son temps, un régime qui « jouissait » de la rente publique sans construire l’Etat, la république et les conditions d’un bien-être collectif. Nous avons participé, par inaction et par lâcheté à l’affaiblissement de notre pays, et le grand corps malade qu’est notre pays était à la merci de tout vent contraire. Je sais que je suis dur dans mes propos, mais il faut que de temps à autre nous acceptions de nous regarder les yeux dans les yeux, et nous dire certaines vérités. C’est d’un pays virtuel, d’un Etat failli et d’une nation divisée que la Séléka s’emparera.

 

Ce préalable posé, nous savons comme tous nos compatriotes que la situation de notre pays est de plus en plus difficile, et même incertaine sur le quadruple  plan militaire, sécuritaire, humanitaire et économique malgré des avancées institutionnelles non négligeables. L’enseignement principal que nous inspire la situation actuelle est un constant très largement partagé par l’opinion :  tant que la situation militaire et sécuritaire ne reviendra pas à la normale par la montée en puissance de l’ensemble des Forces régulières de défense et de sécurité sur toute l’étendue du territoire national d’abord suite à l’action volontariste de l’Etat centrafricain, complétée par les soutiens extérieurs dans le cadre de la MISCA avec un mandat onusien robuste, la période de consolidation de l’Etat sera non seulement plus longue mais aléatoire. Or, le peuple veut la paix et le pain, très rapidement car il est à bout de patience.

 

(CAP) - Mr le Président, les éléments de l’ex rébellion Séléka continuent de s’illustrer par des violences récurrentes contre les villageois dans l’arrière-pays suite à la riposte de certains compatriotes qui se font appeler « anti balaka ». D’aucuns redoutent et parlent même  de conflit interreligieux. Partagez-vous cet avis?

 

Martin ZIGUELE : Les violences récurrentes des ex-Séléka alimentent des réactions des anti-balaka, et vice-versa, et nous entrons dans un cycle infernal de violence-répression qu’il faut rompre. Dans une situation de violence cyclique, il ne faut pas être surpris que les tenants de l’ordre ancien tentent de caporaliser ou de manipuler ces frustrations dans leur dessein déclaré de mettre fin au pouvoir de transition. Ils ne s’en cachent pas d’ailleurs, et c’est aux services spécialisés de vérifier si c’est de l’intox ou la réalité.  Par contre s’agissant des crispations interreligieuses, nous devons savoir qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Nous devons tous unir nos efforts pour arrêter la mauvaise graine qui commence à germer dans un terreau fertilisé par cette violence récurrente. En tant que parti social-démocrate, membre de l’Internationale Socialiste, le MLPC est particulièrement interpellé par la problématique de la construction d’une citoyenneté centrafricaine pleine et entière autour des valeurs d’une république laïque, unie et indivisible,  sans considération de l’origine régionale, ethnique, raciale  ou religieuse de ses filles et  ses fils, égaux en droits et en devoirs.  Nous devons être des citoyens responsables et conscients, partageant ces valeurs républicaines et en œuvrant pour la promotion du bien-être collectif, et non un agrégat d’ethnies et de tribus, prêts à en découdre pour des considérations funestes.

 

(CAP) - Quel est votre sentiment par rapport à la propension aux pillages de certains compatriotes à vouloir profiter de toutes les situations de troubles socio-politiques ?  

 

Martin ZIGUELE : Un adage centrafricain dit « ta langue a l’habitude de sortir là ou tes dents sont cassées ». La mauvaise propension de nos compatriotes à se livrer aux pillages à l’occasion des crises socio-politiques a pris naissance lors de l’opération Barracuda pour le renversement de Bokassa en septembre 1979. Le Président David Dacko, paix à son âme, et dont les centrafricains se souviennent de sa légendaire générosité de cœur, avait demandé aux forces de l’ordre de ne pas s’attaquer aux pilleurs au motif que les  centrafricains avaient beaucoup souffert. Cette mansuétude fut baptisée « Grâce na Dacko ». Près de trente-cinq ans après elle est devenue une réaction pavlovienne que seules l’élévation du niveau de vie, l’éducation civique et enfin la justice peuvent éradiquer.

 

(CAP) - Lors du dernier sommet des chefs d’Etat de la CEEAC de N’Ndjamena, il a été question que cette institution puisse organiser un dialogue politique inclusif avant la tenue des élections de la fin de la transition en cours.  Pensez-vous qu’un énième dialogue inclusif tel que souhaité par la CEEAC soit bien utile et corresponde vraiment aux aspirations des Centrafricains ?

 

Martin ZIGUELE : La réaction des centrafricains à l’annonce de ce dialogue proposé par le dernier sommet de la CEEAC à Ndjamena est effectivement mitigée, au motif que les fora précédents n’ont pas empêché la survenance de crises. Nous comprenons l’exaspération de nos compatriotes, et nous comprenons plus encore que pour l’opinion centrafricaine tous les efforts doivent être prioritairement concentrés à l’imposition de la paix. Cette attitude est légitime mais nous pensons que pour consolider cette paix que nous appelons de tous nos vœux,  un dialogue politique inclusif de réconciliation est utile, et même  vu la crise profonde de valeurs à laquelle notre pays est confronté. La nation est déchirée, le peuple est en désarroi profond, et nous devons nous fonder sur les évènements douloureux que nous vivons, comme d’une opportunité,  pour jeter les bases de la refondation de la nation centrafricaine, autour de valeurs de probité, de justice et de travail, dans la paix et l’unité. Nous devons nous parler pour nous réconcilier, pour approfondir le consensus autour de la transition et au-delà, pour penser nos plaies aujourd’hui béantes, et pour jeter les bases d’un consensus national fort. Nous en avons besoin et en tout cas je préfère de loin un dialogue de plus qu’une guerre de plus.

 

(CAP) - Beaucoup osent affirmer que les Accords de Libreville seraient caducs. Etes-vous de cet avis s’agissant de la transition actuellement en cours?

 

Martin ZIGUELE : Après les évènements de mars dernier, la question a été posée de savoir si les Accords de Libreville devenaient caducs ou pas. La réponse a été donnée par les Sommets de  Ndjamena 1, 2 et 3 qui ont considéré que ces Accords devaient rester  la base politique de la Transition en cours. Par conséquent la Charte Constitutionnelle de la Transition qui nous sert de « constitution provisoire » aujourd’hui est fondée sur l’esprit, à défaut de la lettre, de ces Accords. Bien sûr, nous savons que certains compatriotes dissertent régulièrement sur la « caducité » de ces Accords, mais nous pensons que c’est dans l’essence même de la démocratie de débattre, et cet exercice intellectuel est légitime.

 

(CAP) - La plupart des villes centrafricaines vivent dans l’insécurité totale sauf à Bangui où la situation s’est notablement améliorée. Est-ce-que l’arrivée des forces de la MISCA dont le nombre de soldats devrait avoisiner 3500 hommes pourrait vraiment arranger les choses afin de permettre le bon déroulement des prochains scrutins de la fin de la Transition?

 

Martin ZIGUELE : La sécurité s’est effectivement améliorée à Bangui, en comparaison du calvaire que vivent nos compatriotes de l’intérieur du pays. L’insécurité se double d’un isolement amplifié par le fait que depuis le mois de mars 2013, la Radio Centrafrique n’émet pas au-delà du périmètre urbain de Bangui, parce que les antennes et les installations du centre émetteur ont été pillées ou endommagées. La population de l’intérieur du pays n’est donc pas informée, et cet isolement n’est  que très partiellement brisé par les radios associatifs. La population centrafricaine attend avec impatience le dépliement de la totalité des effectifs de la MISCA car elle  a bien compris que son salut est à ce prix, surtout à l’intérieur du pays. Non seulement le bon déroulement des scrutins à venir, mais aussi le retour à une vie normale sont  à ce prix.

 

(CAP) - Vous avez été Premier ministre. Compte tenu de votre expérience de la fonction, dites-nous si le Centrafrique est-il un pays facilement gouvernable ?

 

Je pense que chaque pays a ses problèmes et qu’a priori il n’y a pas de pays facile à gouverner. Cependant, pour la RCA, nos difficultés sont décuplées par une histoire difficile qui a toujours empêché une vision à long terme de nos problèmes et de leurs solutions. Dès que vous êtes désigné Premier Ministre, vous êtes en face d’une balance structurellement déséquilibrée : d’un côté de la balance une pile de problèmes urgents à résoudre matériellement dans l’urgence, et de l’autre un Trésor public asséché. Comme Premier Ministre, vous vous investissez dans la mobilisation des ressources, en vous battant contre des décennies de mauvaises pratiques, donc en vous constituant des bataillons d’ennemis, pour financer le fonctionnement de l’Etat avec des résultats plus qu’erratiques, et avec la pression sociale constante des salariés du secteur public, retraités et boursiers. Seul pays non pétrolier de la CEMAC, la RCA a un taux de pression fiscale d’environ 10 % de la richesse nationale alors que la moyenne CEMAC est supérieure à 20% hors pétrole. Nous réalisons la moitié des performances budgétaires en recettes des pays de la CEMAC, et cela fait que gérer notre  pays ressemble à une course derrière un objectif qui se déplace sans cesse. Il nous faut une véritable révolution en matière de gouvernance pour survivre en tant que pays, et les évènements actuels ne font que complexifier notre situation. J’étais particulièrement dur avec le régime précédent parce que depuis notre indépendance, c’est le seul qui a massivement été financièrement soutenu par la communauté internationale. Plus de 625 milliards de francs CFA ont été déversés à ce régime entre le 15 mars 20003 et le 24 mars 2013, pour des résultats  insignifiants, puis que nous sommes restés « scotchés «  au dernier à l’Indice de Développement Humain du PNUD comme au classement de Doing Business de la Banque Mondiale pour le climat des affaires. François BOZIZE a fini sa course comme comptable de fait de tout ce qui était espèces sonnantes et trébuchantes dans ce pays. Du jamais vu en république mais nos dénonciations n’ont jamais ému l’opinion.

Heureusement, la situation n’est pas irréversible puisque nous n’avons pas à réinventer la roue : il faut améliorer la gouvernance publique et relancer les secteurs productifs de l’économie, dans un environnement de paix et d’unité nationale. Dans ces conditions tout Premier Ministre pourra donner le meilleur de lui-même.

 

(CAP) - Plusieurs compatriotes ont déjà annoncé leur candidature à la prochaine présidentielle. Quand l’annonce de la candidature à l’élection présidentielle du candidat de votre parti sera faite ?  

 

Martin ZIGUELE : Aujourd’hui si vous posez à dix centrafricains que vous rencontrez dans la rue la question de savoir quelle est leur priorité, les dix vous répondront en chœur le retour à la paix et à la sécurité dans tout le pays. Personne ne vous parlera des élections. Nous sommes un parti du peuple, un parti de masses, qui est enraciné dans cette terre centrafricaine et qui grâce à de nombreux capteurs, sait ce que ce peuple veut. Nous pensons donc que dans la situation de détresse actuelle de notre peuple, se mettre en avant pour jouer au coq électoral est véritablement indécent, égoïste, narcissique et nombriliste. D’autre part nous sommes un parti organisé qui a balisé les procédures en matière d’élections. C’est ainsi qu’au MLPC, tout militant quel qu’il soit peut être le candidat du Parti à n’importe quelle élection s’il le souhaite et si les instances habilitées du Parti en décident ainsi. Soyons respectueux de notre peuple et marchons en face avec lui, contribuons au retour à la paix et tout le reste est secondaire.

 

(CAP) - Vos détracteurs vous qualifient et certains leaders de l’ancienne opposition démocratique de « mécènes » de la rébellion Séléka que vous utiliseriez à des fins politiques. Que répondez-vous à cela ?

 

Martin ZIGUELE : Cela participe de la vaste opération de manipulation et d’intoxication de l’opinion centrafricaine lancée par les griots de l’ex-pouvoir depuis Libreville, que j’évoquais tantôt, qui se poursuit de diverses manières et par de nouveaux acteurs post-mars 2013. Et vous savez que comme le dit l’adage « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ». Nous sommes dans une situation surréaliste et malhonnête où nos accusateurs, les nouveaux commissaires politiques associés aux  nostalgiques de l’ancien régime dans la même cause contre l’ancienne opposition démocratique, alimentent à travers les réseaux sociaux des accusations grossières et gratuites contre nous, et il nous est demandé en même temps de prouver que nous sommes innocents. La charge de la preuve est ainsi inversée juste pour nous. Soyons sérieux pour une fois. Qu’ils publient les preuves de notre mécénat ou de notre complicité en faveur de Séléka, même en usant courageusement de pseudonymes comme ils ont coutume de le faire. Qu’ils portent plainte aussi ici ou ailleurs, puisque nous sommes des républicains. C’est plus que pitoyable d’être aussi pervers.

 

Par ailleurs, vous remarquerez qu’aussi bien ceux qui traitaient hier la Séléka de djandjawids, que ceux qui appelaient à leur démission ou encore proclamaient que toute la structure institutionnelle de la transition était constituée d’incompétents, ne disent pas où ils étaient pour empêcher la descente de Séléka sur Bangui, ni ce que eux ils ont fait pour défendre les populations centrafricaines. C’est facile de jouer au  courageux loin du danger ou après le danger, et de tenter de discréditer ceux et celles qui ont affronté ces évènements au pays. Les centrafricains ne sont pas dupes de ces manipulations et nous le disent.

 

Ces derniers temps des rumeurs ont circulé dans certains journaux nationaux faisant état de ce que le Premier ministre aurait présidé une réunion des leaders de l’ancienne opposition démocratique au cours de laquelle il aurait tenté de vous imposer comme candidat unique de l’ancienne opposition démocratique à la prochaine élection présidentielle. Est-ce vrai et que s’est-il réellement passé ?

 

Martin ZIGUELE : En voilà encore une autre grosse opération de manipulation et d’intoxication. Le secrétaire technique de notre Collectif, le Camarade Etienne Malékoudou,  a déjà répondu par un communiqué publié le 28 octobre 2013 qui dit en substance que la réunion du 12 octobre 2013, sous la présidence de notre Coordonnateur,  Maitre Nicolas Tiangaye, n’avait qu’un seul point à l'ordre du jour : l’examen et l'adoption du  projet de charte devant régir notre fonctionnement, puisque nous travaillons de manière informelle alors que le FARE avait une plateforme écrite. Cette charte avait été distribué à tous les partis depuis septembre 2012 pour examen préalable de leurs états-majors respectifs, et devait être discuté en plénière depuis décembre 2012, mais les évènements nous ont poussé à remettre son adoption après la réunion de Libreville. Depuis janvier, l’actualité ne nous a pas permis de revenir sur le sujet jusqu’à cette réunion du 12 octobre. Il ne pouvait donc être question et  il n'a jamais été question de stratégie électorale, encore moins de candidatures aux  prochaines élections pour une raison qui relève du bon sens : mon propre parti n’ayant pas  encore désigné de candidat, comment pourrait-il être question de « m’imposer » candidat unique de toute l’opposition ?

 

Je répète que les débats ont porté uniquement sur notre projet de Charte de fonctionnement, comme en atteste le procès-verbal de la réunion que tout le monde peut consulter. Comme d’habitude les commentaires le plus extrêmes  ont fusé de partout alors que le bon sens aurait voulu que les faits reprochés soient d’abord établis et vérifiés, et le procès-verbal de cette réunion faisant foi, seule la volonté de nuire a guidé celles et ceux qui ont tambouriné sur ce thème.

 

Que trois partis politiques fassent un préalable consistant  à procéder  à l’évaluation  du Collectif avant l’adoption  de la Charte constituent une démarche légitime en démocratie, et le fait également que six autres  Partis, constituant la majorité, aient estimé que cette question pouvait être réglée après l'adoption du projet de Charte participe du fait majoritaire en démocratie. Où est le problème ? Je le retourne dans tous les sens mais je ne le vois pas. L’union est un combat comme disait Georges Marchais et  avec les partis démocratiques nous ferons l’union, pas pour des calculs électoralistes ou pour imposer quelqu’un comme candidat unique ou encore pour s’enfermer dans des sempiternels procès d’intention, mais pour construire un futur démocratique et apaisé dans notre pays. C’est le droit inaliénable de tout parti politique de penser et d’agir autrement.

 

(propos recueillis à Bangui par la rédaction)

Martin ZIGUELE à bâtons rompus sur Centrafrique-Presse

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