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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 01:19

 

 

 

 

 

 28-11-2013 à 15h34 Par Céline Lussato

 

"La population vit dans la psychose généralisée". Enlèvements, disparitions, meurtres, vengeances, viols, pillages… La situation en Centrafrique s’enfonce dans la violence depuis que la Seleka – en majorité musulmane – a renversé François Bozizé en mars dernier.

 

Une situation qualifiée de pré-génocidaire par le Secrétariat d'Etat américain et qui pousse Paris à renforcer ses troupes sur place de 800 hommes.

 

"Il ne se passe pas un seul jour sans qu’on constate des enlèvements de civils ou militaires sur le chemin du travail, dans la rue ou même chez eux à Bangui", décrit Joseph Larabo de la Ligue centrafricaine des droits de l'homme dans la capitale. Chez lui, où il se terre pour quelques heures, lui-même menacé pour son activisme, l’homme, qui milite sous un pseudonyme, liste avec précision les crimes dont il a été témoin ou pour lesquels il a rencontré les familles des victimes. "Le scénario est chaque jour le même. Les parents des disparus partent à leur recherche dans les lieux officiels de détention. Sans succès. Et on retrouve les cadavres, deux ou trois jours plus tard, dans le fleuve ou en bas de la colline, un peu en retrait du centre de Bangui. Des corps avec des impacts de balle ou des traces de coups de couteau, les mains ligotées… Des exécutions sommaires ", décrit Joseph Larabo.

 

"Nous avons été témoins aussi de meurtres par balle dans la rue. Ces hommes ainsi assassinés figureraient sur la liste des prétendus soutiens de l'ancien président. Evidemment, cette liste comprend de très nombreux noms qui n'ont rien à voir avec la politique et sont exécutés sommairement sans aucune forme de procès pour d’autres raisons…", explique l’activiste.


Au-delà de cette violence ciblée, le militant de la ligue des droits de l’homme souligne également le climat de peur généralisée entretenue par la mainmise, décrit-il, des hommes de la Séléka sur la ville.

Couvre-feu

"A partir de 18h, les rues se vident à Bangui. Le couvre-feu est à 21h, mais la plupart des gens qui rentrent chez eux en fin d'après-midi n'y dorment pas. Ils rejoignent la brousse ou les collines ou bien partent chez des parents pour ne pas se retrouver seuls chez eux. C'est trop dangereux", affirme le militant.


"La nuit dernière, ils sont venus dans mon quartier, à la Cité Jean XXIII, vers une heure du matin. Souvent, ils ciblent des gens en particulier qu'ils enlèvent avant de les exécuter. Mais parfois ils cherchent des valeurs et s'ils débarquent chez vous et que vous n'avez ni argent ni biens qui les intéressent gare à vous !"

 

Une violence qui n'est pas réservée à la capitale. Dans les villes et villages, aussi, les témoignages arrivent. Villages encerclés, descentes d'hommes armés, pillages, viols... Et aussi racket organisé. Des barrages ont essaimé sur les routes et des chefs de village sont parfois contraints de collecter une sorte d'impôt sous peine de représailles contre les habitants. "Si les chefs ne collectent pas ces impôts, ils brûlent les habitations, les récoltes… Alors les populations des campagnes quittent les villages pour rejoindre la brousse où elles sont moins en danger".

 

Une déroute aux "conséquences très graves" pour la population, estime Sylvain Groux, chef de mission de Médecins sans Frontières en Centrafrique. "Ce qu'on retrouve depuis le début de la rébellion et la contre-violence qui a suivi ce sont des populations qui ont fui leur village depuis des semaines voire des mois et se retrouvent dans leurs champs par petits groupes familiaux, sans accès à l'eau potable, à l'hygiène ou aux marchés réguliers, les enfants n'ayant aucun accès à l'éducation. Surtout, ils n'ont aucun accès à la santé. La population craint de se rendre en ville, a peur d'être victime de violences. On craint donc à la fois pour les blessés qui restent en brousse mais aussi pour les populations – femmes, enfants vieillards – qui souffrent du paludisme, de diarrhées, d'infection respiratoire… de maladies qui pourraient se soigner mais dont ces personnes peuvent mourir faute de soin", explique l'humanitaire.

Anti-balakas

Les forces étrangères ont commencé à se déployer dans le pays pour réduire l'insécurité mais la Centrafrique fait bel et bien face à un engrenage de violences.

 

Ce que décrit aussi Joseph Larabo. Le chrétien confirme les exactions des anti-balakas, ces milices "d’auto-défense" qui ont émergé ces derniers mois dans le pays. Constituées comme une résistance à la Séléka, elles se sont transformées au fil de l’enchaînement des meurtres et pillages en véritable pièce du puzzle de la violence, visant directement, par vengeance, la minorité musulmane du pays.

 

"A Bossangoa, Bouar, Bouca… le fait que ces éléments de la Séléka ont commencé à attaquer les églises chrétiennes, à commettre des agressions et à imposer de lourds tribus financiers aux chrétiens, a amené certains Centrafricains à se constituer en groupes d’autodéfense. Ceux qu’on appelle les anti-balakas", affirme le militant. "Et ces groupes ont commencé à cibler la population musulmane pour se venger, à assassiner des musulmans en représailles des actes de la Séléka. C’est une riposte des jeunes des villages qui ont vu leur maison brûlée et leur femme violée et ripostent avec les armes traditionnelles : flèches, machettes… Leur présence constitue une certaine sécurité pour la population villageoise chrétienne. Mais les anti-balakas ont aussi commencé à perpétrer des attaques contre la population musulmane", décrit Joseph Larabo

 

"Ce cycle de violence doit s'arrêter avant que cela devienne une crise au niveau national," alerte Sylvain Groux.

 

"C'est quelque chose d'inédit en Centrafrique puisque les musulmans minoritaires ont toujours fait parti du paysage dans une bonne cohabitation. Cette haine est née entre des gens qui ont vécu ensemble durant de très nombreuses années, qui ne se voient plus du tout du même œil. Nous craignons vraiment que, si ces actes de violence se poursuivent, la réconciliation mette énormément de temps avant de pouvoir naître. Au prix de nombreux morts."

 

Céline Lussato – Le Nouvel Observateur

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20131128.OBS7466/centrafrique-on-retrouve-les-cadavres-deux-ou-trois-jours-plus-tard.html

Lu pour vous : Enlèvements, disparitions, meurtres, pillages… la Centrafrique s'enfonce dans la violence, témoignent les acteurs de terrain à Bangui.

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