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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 01:27

 

 

 

 

Par Nicolas Champeaux  RFI jeudi 28 novembre 2013 à 17:23

 

Les autorités françaises assurent que le déploiement de militaires français en Centrafrique poursuit un double motif sécuritaire et humanitaire. C'est pourquoi les ONG françaises actives en Centrafrique ont été reçues au quai d'Orsay plus tôt dans la semaine. Elles espèrent gagner à la faveur de l'intervention, un accès jusqu'ici très limité à des populations dans des zones non sécurisées. Mais elles refusent le mélange des genres comme l’explique Alain Boinet, le fondateur de l'ONG Solidarités International.

 

RFI : D’un point de vue humanitaire, une intervention militaire en Centrafrique est-elle nécessaire ?

 

Alain Boinet : Indiscutablement ! Une intervention humanitaire est indispensable. Nous-mêmes, Solidarités International sommes présents en RCA depuis 2006. A la veille du renversement du président Bozizé, nous étions tout près du départ. Depuis la situation n’a pas cessé de se détériorer. En l’espace de moins d’un an, on a multiplié par quatre notre volume aide humanitaire, à la fois d’ailleurs dans la région de Kabo au Nord où nous sommes, mais aussi maintenant autour de Bangui, dans les zones périurbaines. Donc indiscutablement, les besoins humanitaires sont considérables et vont en s’amplifiant.

 

Plus d’un million de personnes en situation d’insécurité alimentaire, 400 000 personnes déplacées et des foyers de tension assez éloignés les uns des autres. La situation est compliquée en Centrafrique ?

 

Vous avez raison. C’est considérable au niveau des chiffres. C’est considérable parce qu’effectivement, c’est une population de 4,5 millions d’habitants sur un territoire plus grand que la France. Donc il y a des problèmes de distance, des problèmes logistiques. Donc en plus cela complique terriblement le déploiement des secours. Même dans Bangui et les quartiers périphériques de Bangui, aujourd’hui nous intervenons, ce qui n’était pas le cas il y a quelques mois. Les gens sont très démunis.

 

Vous n’avez pas peur, en tant qu’ONG, d’être instrumentalisés par le politique, pour justifier une intervention militaire ?

 

C’est une préoccupation permanente des acteurs humanitaires qui ont pour mission et pour finalité de secourir des populations en danger, sans aucune autre considération et en tout cas pas politique. Il en va même de notre sécurité. On est sur un agenda humanitaire et rien d’autre. Maintenant, il y a cette situation dans laquelle vont intervenir la mission des Nations unies, des forces françaises en appui de l’Union africaine. Il va falloir faire avec.

 

En tant qu’ONG française, cette forte implication militaire de la France risque-t-elle de mettre vos équipes en danger sur place ?

 

C’est clair que dans l’esprit, peut-être de certains rebelles ou bandits qui se sentent concernés par l’intervention, cela peut être l’occasion de se venger ou, tout simplement, de piller, comme on l’a vécu au moment de la prise de Bangui en mars dernier.

 

Vos équipes avaient été malmenées, votre matériel saccagé ?

 

A l’époque, les associations se sont repliées dans les domiciles. Mais les locaux, les bureaux, ont été forcés. Tout a été volé : les véhicules, les ordinateurs, les téléphones. On a pas mal d’expatriés de différentes associations qui ont été malmenés. Donc oui, nous nous se tenons à distance de tout ça. On reste sur nos missions. Nous, notre équipe à Kabo est toujours sur place, à Bangui on continue nos programmes, que ce soit à l’accès en eau potable, l’assainissement, mais on distribue aussi de l’argent aux familles les plus vulnérables, moyennant des travaux d’intérêt collectif qui bénéficient à l’ensemble des communautés. Parfois on est obligé d’interrompre, de freiner, de contourner, parce qu’il y a du banditisme, il y a de la violence.

 

Justement, dans quelle mesure l’insécurité actuelle entrave-t-elle l’action humanitaire en Centrafrique ?

 

Si on prend l’exemple de Bossangoa, qui a vu 40 000 personnes se réfugier autour de l’archevêché de Bossangoa, l’accès est difficile et dangereux et l’aide n’est pas à la hauteur des besoins. Parce que toute action humanitaire dans une situation d’insécurité risque d’être confrontée à cette insécurité, donc n’oublions pas que nous sommes avec des véhicules, qu’on a des moyens de liaison radio, et tout ça peut être, tout simplement volé. Puis ensuite, il y a tout le problème de l’accès parce qu’il faut une les secours viennent de Bangui. Il y a alors le risque tout simplement du détournement de l’aide humanitaire. Ça freine évidemment l’aide, cela empêche parfois d’accéder à certaines populations.

 

Dans le cadre d’une intervention militaire, vous intervenez parfois juste après la sécurisation de zones par l’armée. Alors comment cela se passe très concrètement ?

 

Nous travaillons avec des équipes de Centrafricains et c’est d’abord et avant tout, la relation que nous avons avec nos équipes, mais aussi avec des populations, qui est le meilleur vecteur de sécurité. C’est vraiment essentiel, parce que si on arrivait derrière l’armée française ce serait évidemment totalement différent comme scénario.

 

Après évidemment, en tant que Français, en tant qu’Européens, que blancs, dans un contexte de violence, il y a des risques de dérapage ou des risques de vengeance. Donc il faut qu’on fasse attention. La première chose c’est que les militaires, surtout, ne prétendent pas faire de l’aide humanitaire. Parce que c’est la confusion des genres et ça risque de se retourner contre nous puisque les gens ne font plus le distingo.

 

Le ministre français des Affaires étrangères (Laurent Fabius) nous a indiqué qu’il y aurait dans ces contingents, un officier en charge des relations avec les humanitaires. Le centre de crise aura également à Bangui un civil. Ils feront l’interface. Que ce soit les agences des Nations unies, toute la famille Croix-Rouge et les ONG, on est sur les principes d’indépendance et d’impartialité. On s’attachera tous à ce que l’aide soit à la fois à destination des populations catholiques et des populations musulmanes, sur la base des besoins vitaux évalués par les organisations. Sur des bases aussi objectives que possible, parce qu’on ne peut pas non plus toujours aider tout le monde. Ceci étant dit, le niveau de pauvreté ou d’appauvrissement est tel aujourd’hui, que ça va être à grande échelle.

En RCA, «les militaires ne doivent pas faire d’humanitaire pour éviter le mélange des genres»

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