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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 11:17

 

 

 

 

http://www.lavie.fr  18/10/2013  par ANNE GUION

 

La Centrafrique pourrait être la Suisse de l'Afrique grâce aux diamants dont recèle son sous-sol. Mais chefs d'Etats corrompus, groupes rebelles et intérêts étrangers ont fait de cette richesse une malédiction. Décryptage.

 

Un trésor accessible et criminogène...

 

 

La Centrafrique n'est pas le plus gros producteur de diamants au monde, mais ceux-ci, présents dans les lits des rivières, y sont très accessibles. On trouve donc de nombreuses mines artisanales au Nord-Est et au Sud-Ouest du pays, les principales zones diamantifères. Les mines fonctionnent sur le même principe : des « creuseurs » fouillent le sol à l'aide d'une pelle et d'un tamis, sous le regard de contremaîtres. Un travail difficile pour lequel ils n'obtiennent pourtant pas de salaire : ils contractent un prêt auprès du collecteur de diamant qui pourvoie à leur nourriture et à leurs soins. S'ils trouvent un diamant, sa vente leur permet de rembourser leur dette. Mais tout le monde n'y est pas perdant : en 2010, un collecteur qui avait acheté 160 dollars un diamant d'1 carat à un creuseur pouvait le revendre 400 à 600 dollars à un bureau d'achat. Soit trois à quatre fois la mise. La valeur de la pierre, une fois taillée, peut même être mutipliée par 10 000. Une rentabilité extraordinaire qui aiguise les appétits. Dans un pays comme la RCA où l'Etat est inexistant, l'exploitation du diamant attire donc mafias en tout genre, groupes rebelles et coupeurs de route.

 

...objet de la rapacité des puissants

 

 

Dès la colonisation, les autorités coloniales françaises ont exploité ce territoire comme une entreprise commerciale. « Elles l'ont divisé et ont octroyé des concessions exclusives à des compagnies françaises avec lesquelles elles travaillaient main dans la main pour faire du profit, explique l'International Crisis group dans un rapport intitulé De dangereuses petites pierre, les diamants en République centrafricaine, publié en 2010. Cette confusion entre autorités étatique et intérêts privés a ancré l'idée que détenir le pouvoir donnait le droit de profiter des ressources naturelles et du labeur de la population».

 

Et de fait, les chefs d'Etat qui se sont succédé ont toujours profité du diamant. L'empereur Bokassa, qui en était fou, les utilisait notamment à des fins diplomatiques comme lors de « l'affaire des diamants » de Valéry Giscard D'Estaing. Ange-Félix Patassé, qui arrive au pouvoir en 1993, a profité de son statut de chef d'Etat pour faire prospérer sa propre société minière. François Bozizé, qui a renversé Patassé en 2003, a lui très vite remplacé l'ensemble des fonctionnaires du secteur des mines par des gens de son ethnie, les Gbaya. Tous n'ont qu'un seul objectif : en profiter le plus possible tant qu'ils sont au pouvoir. Sans jamais utiliser l'argent du diamant pour développer le pays.

 

Résultat : la RCA est exsangue. Les routes ne sont pas entretenues. Les services de base - santé, la sécurité, éducation, etc. - ne sont pas assurés. Une logique qui semble pourtant se répéter à l'infini. En 2008, François Bozizé lance ainsi l'opération « Closing Gate » : une vaste campagne de confiscation des diamants disponibles dans les bureaux d'achats du pays. Furieux, les diamantaires se rebellent et se rapprochent de groupes rebelles qui prennent alors le contrôle de la zone diamantifère du Nord-Est. Et en mars 2013, la Séléka, alliance entre deux de ces factions, chasse François Bozizé du pouvoir. Et y place son leader Michel Djotodia.

 

...et d'un intense trafic

 

Mais rebelles et chefs d'Etat ne sont pas les seuls à profiter de la manne. 20 % de la production de diamants sortiraient illégalement du pays. Vers les pays voisins, comme le Cameroun. Mais aussi vers l'Europe et le Moyen-Orient, notamment par l'intermédiaire des valises diplomatiques. Le journaliste danois Mads Brügger raconte ainsi dans The Ambassador, un documentaire décapant,  comment après être devenu le consul du Liberia à Bangui (sic !) grâce à un réseau de trafic de passeports diplomatiques, il a pris langue avec un diamantaire centrafricain. Et, comment en échange de quelques millions de francs CFA, il s'est retrouvé en possession de diamants à faire transiter illégalement vers l'Europe. Surtout, le journaliste met au jour l'incroyable chaîne de corruption qui gangrène le pays, autour de ces pierres précieuses.

 

Une folie qui n'est pas sans doute pas prête de se calmer : un récent rapport de l'US geological survey, une agence scientifique du gouvernement américain, publié en 2010, a révélé que les sols de l'Ouest et l'Est de la RCA contenait sans doute encore environ 39 millions de carats de diamants soit deux fois plus que le total de la production du pays depuis 1931.

Lu pour vous : En Centrafrique, les diamants sont éternels

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