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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 10:02

 

 

 

 

 le 09-07-2013 à 14h31

 

Par Céline Lussato

 

 

Alors que cinq ONG appellent à l'aide pour la Centrafrique, le chirurgien Bernard Leménager, qui revient de Paoua, décrit la situation sanitaire dans le pays.

 

Quelle est la situation en ce moment dans le pays ?

 

- J'étais à Paoua qui se trouve dans le Nord-Ouest de la Centrafrique, pas très loin de la frontière avec le Tchad, dans un hôpital que MSF a repris il y a 5 ou 6 ans, un endroit qui avait été sinistré par la rébellion locale en 2008 mais n'a pas été tellement touché par les événements fin mars. On peut donc dire qu'il reflète l'état général du pays où tout est désorganisé : il n'y a plus d'Etat, plus d'administration, une insécurité permanente… Notre hôpital fonctionne parce qu'il s'agit d'un hôpital MSF avec du personnel local payé par MSF, du ravitaillement MSF, de la logistique MSF… Mais j'ai reçu un gamin hospitalisé 15 jours avant à Bozoum, la grande ville du Nord-Ouest, après avoir été pris dans un éboulement. Il avait une luxation de hanche, donc un problème qui se voit à l'œil nu, et il n'avait pas eu de radio parce qu'à Bozoum il n'y a pas de radio possible ! Le système de santé est inexistant.

 

Et puis, on commence aussi à ressentir la malnutrition, même si le pire reste à venir. Et avec l'arrivée de la saison des pluies ces jours-ci, le paludisme connaît une recrudescence.

 

Le paludisme se soigne assez bien en principe maintenant…

 

- Oui, ça se soigne. Mais à condition d'avoir accès à un système de santé. Si on considère les infrastructures de MSF par exemple : nous avons l'hôpital central à Paoua où les gens de la ville peuvent venir facilement. Nous avons ensuite les centres de santé à 50 km. Mais entre les centres, il y a aussi 50 km. Les gens dans la campagne ont donc un accès difficile aux centres de soin. Les gens qui viennent en catastrophe chez nous arrivent en moto, il n'y a pas d'ambulance… y compris des femmes enceintes dont le travail a commencé depuis des heures, qui constatent qu'il y a un problème et qu'on installe sur une moto. Vous imaginez l'état dans lequel les patients nous arrivent…

 

Malgré le manque de financement international, il est possible de travailler en RCA?

 

- La situation est un peu biaisée parce que MSF fonctionne avec des fonds propres, ceux de nos donateurs. Nos programmes continuent, avec les difficultés liées au pays – nous nous sommes fait piquer tous notre matériel à Bangui au moment des derniers événements par exemple, mais nous parvenons à joindre les deux bouts. En revanche, les autres ONG, qui fonctionnent sur fonds institutionnels n'ont pas cette liberté de continuer à exercer depuis que les institutionnels se sont désengagés. Et nous avons beaucoup de mal à mobiliser pour ce pays où vivent 4,5 millions de personnes étalées sur un pays aussi grand que la France. Pourtant, ces gens magnifiques sont dans une détresse folle. Il ne faut pas qu'ils restent les grands oubliés.

 

Propos recueillis par Céline Lussato – Le Nouvel Observateur

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130709.OBS8661/les-centrafricains-ne-doivent-pas-rester-les-grands-oublies.html

 

 

 

CENTRAFRIQUE. "Pour les Nations unies, c'est wait and see"

 

09-07-2013 à 01h02 - Mis à jour à 12h02

 

Par Céline Lussato

 

 

Le président de Médecins sans frontières ne décolère pas : "Ce système attentiste n'est pas en adéquation avec la réalité du pays".

 

Mégo Terzian est président de Médecins sans frontières. Avec quatre autres ONG (1), il appelle à lever le voile sur la très grave crise qui secoue le pays, et l'inaction des Nations unies et autres bailleurs de fonds.

 

En quoi la situation humanitaire s'aggrave encore en République centrafricaine (RCA) ?

 

- La situation est encore pire. C'est une crise sous une autre crise. L'approche des Nations unies et des autres bailleurs de fonds c'est : wait and see – on attend et on verra bien. Ce système attentiste n'est pas en adéquation avec la réalité d'aujourd'hui. Certains disent attendre le retour d'une stabilité sécuritaire et politique pour agir. Le Conseil de sécurité attendait une réponse africaine pour agir et n'a pas bougé. Tous les autres acteurs se sont également renvoyés la balle...

 

A cet attentisme s'ajoute un autre problème : lorsqu'il y aura un gouvernement stable, les acteurs du développement risquent de dire que ce dernier ne sera pas en capacité d'utiliser des fonds pour la santé. L'UE qui est en train d'établir son programme de développement 2014-2020 n'a, par exemple, pas inscrit la santé en priorité pour la Centrafrique. L'UE reconnaît qu'il y a un énorme problème de santé dans le pays et il y aura sans doute des fonds débloqués, mais pas en priorité !

 

Le manque de financement de ce secteur est criant. 21 millions de dollars d'aide internationale consacrée à la santé étaient programmés pour 2013. Pourtant, fin juin, seulement 2,8 millions avaient été déboursés, soit 13% du montant global.

 

Comment expliquer le silence qui pèse sur la RCA et l'inaction internationale ?

 

- Je ne connais pas les vraies raisons de cette situation. Il me semble que la majorité de la communauté internationale n'y voit pas d'intérêt politique ou économique. Mais aujourd'hui, on ne peut plus réduire les aides financières consacrées pour ce pays, étant donnée la situation sanitaire. A MSF, nous enregistrons dans nos centres de santé des chiffres alarmants : il y a par exemple en ce moment 40% de cas de paludisme en plus que l'année dernière, une maladie facilement traitable mais qui reste la première cause de décès.

 

Que pronostiquez-vous en cas de poursuite de l'inaction internationale en Centrafrique ?

 

- Les risques sont majeurs en terme de santé. S'il n'y a pas plus de fonds et plus d'actions en dehors de Bangui, dans les régions, les problèmes sanitaires vont s’accroître. Déjà, 70% au moins des patients séropositifs ont rompu leurs médicaments en raison des ruptures d'approvisionnement. De même pour 50% des tuberculeux qui ne trouvent plus leurs médicaments. Les centres de santé en périphérie n'ont plus de médicaments pour prendre en charge les diarrhées ou le paludisme, et le nombre de décès évitables va se démultiplier. Sans compter la malnutrition infantile qui se profile. Or, les quelques rares acteurs qui restent sur le terrain, dont nous sommes, MSF, ne pourront pas assurer les fonctions d'un véritable ministère de la Santé.

 

La venue à Bangui de Valérie Amos, secrétaire générale adjointe des Nations unies chargée des affaires humanitaires, est-elle de bon augure pour un accroissement de l'aide onusienne ?

 

- Si elle se décide à venir à Bangui, c'est sans doute qu'elle est consciente des difficultés de ce pay. Je veux être optimiste sur sa décision d'augmenter les aides destinées à la République centrafricaine.

 

Propos recueillis par Céline Lussato – Le Nouvel Observateur

 

(1) Action contre la faim (ACF), Médecins du monde, Première urgence et solidarités international.

 

 

 

 

"Les Centrafricains ne doivent pas rester les grands oubliés"
"Les Centrafricains ne doivent pas rester les grands oubliés"

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