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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 01:51

 

 

URGENCE HUMANITAIRE

 

 

 

http://www.jolpress.com  Samedi 21 septembre 2013 - 02:33

 

Depuis l’insurrection des rebelles de la Séléka et le renversement du président centrafricain François Bozizé en mars dernier, la République centrafricaine est à feu et à sang. Et après des mois de conflit interne, la situation humanitaire reste particulièrement inquiétante. Pour Bruno Angsthelm, chargé de mission en Centrafrique pour l’ONG CCFD-Terre Solidaire, la réunion de l'ONU à New York doit être l'occasion de faire entendre la voix de la société civile centrafricaine qui n'a pas droit de cité en Centrafrique.

 

À l’occasion de l’Assemblée générale des Nations Unies, la France présentera une proposition de résolution sur la République centrafricaine (RCA)  au Conseil de sécurité de l’ONU, et une réunion de plusieurs chefs d’États et responsables africains, européens et américains se tiendra le 25 septembre en marge de l’Assemblée générale.

 

L’ONG CCFD-Terre Solidaire, pour laquelle travaille Bruno Angsthelm, accompagnera une délégation centrafricaine à New-York puis Washington, du 21 au 26 septembre, afin de faire entendre la voix de la société civile centrafricaine.

 

JOL Press : Le conflit en République centrafricaine est peu traité médiatiquement, alors que ces dernières semaines ont été sanglantes pour le pays. Certains commentateurs parlent même de « conflit oublié ». Qu’en pensez-vous ?
 

Bruno Angsthelm : Quand la crise de la Seleka a éclaté à partir de décembre dernier, tout le monde pensait que cela durerait quelques jours. Mais elle s’est étendue jusqu’au mois de mars et il a fallu en arriver à une situation critique pour qu’on ouvre la brèche médiatique.

 

JOL Press : Vous avez rencontré François Hollande le 23 août dernier lors d’une réunion sur la situation en République centrafricaine. Que vous a dit le président ?

 

Bruno Angsthelm : Alertée par les associations humanitaires, la France a décidé d’être beaucoup plus pro-active pour éviter que ce pays ne parte à la dérive. Le président a rappelé que les relations entre la France et la Centrafrique étaient complexes et ambiguës et que le problème est qu’on aura tendance à accuser la France si elle ne fait rien, mais également si elle en fait trop…

 

Une fois la décision prise de monter en puissance en Centrafrique, il n’y a pas eu de gros débat, c’était surtout une rencontre de communication avec les ONG.

 

JOL Press : La France a-t-elle un rôle à jouer dans ce conflit ?


 Bruno Angsthelm : De fait, oui. Le problème dans ce genre de conflit « oublié », c’est qu’il n’y a pas de meneur. Il fallait à un moment donné que quelqu’un prenne le taureau par les cornes. La France a pris cette décision, soutenue par les ONG, afin d’empêcher un désastre humanitaire et politique.

 

JOL Press : Que doit-on attendre de l’Assemblée générale de l’ONU à New York concernant la Centrafrique ?

 

Bruno Angsthelm : L’Assemblée en elle-même est un exercice rituel. Par contre, il y a deux événements importants qui se tiendront à cette occasion : le dépôt d’une résolution par la France, et une réunion internationale sur la Centrafrique qui se réunira en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, le 25 septembre. Ces deux éléments me semblent les plus importants pour avancer dans la résolution du conflit. 

 

Il y aura des chefs d’Etat, des experts internationaux, la France, et un gouvernement qui n’a aucune légitimité populaire. Le seul espace qui représente un peu la population, c’est le Conseil de la transition, qui n’a pas été invité.

 

Ce que nous avons dit dans une lettre, c’est que nous soutenions la décision française de monter en puissance en termes de sécurisation du conflit, mais cette sortie de crise va nécessiter que la société centrafricaine soit inclue dans ce processus et aujourd’hui, elle ne l’est pas. Les discussions se font dans un cercle fermé avec les parties prenantes du conflit.

 

Aujourd’hui, si l’on envoie une délégation à l’ONU, c’est aussi pour dire que la société centrafricaine doit être partie prenante du processus. Parmi la délégation, il y a une députée du peuple, un pasteur, un évêque et un militant des droits de l’homme qui vont témoigner par leur présence que la République centrafricaine ne doit pas être absente des discussions.

 

« Les vannes de la violence se sont ouvertes »

 

 JOL Press : Comment s’organise votre mission humanitaire sur place ?

 

Bruno Angsthelm : On cherche des réponses durables sur les causes profondes du conflit, sur la question de la gestion des ressources naturelles. On met également en place des mécanismes de gestion des conflits. On travaille non pas sur des réponses urgentes mais sur la reconstruction progressive de la confiance collective, à travers des micro-projets (agricoles, sanitaires ou autre).

 

On va également travailler auprès de la jeunesse et de la société civile. Il ne faut pas oublier que la plupart des conflits en Centrafrique sont locaux. Ils sont alimentés par la géopolitique, par la Séléka, mais ils se développent avant tout localement.

 

JOL Press : Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous devez faire face ?
 

Bruno Angsthelm : En Centrafrique, la principale difficulté est d'ordre sécuritaire. Mais les ONG ont aussi du mal à se déplacer, à recruter du personnel, à obtenir la confiance des populations. Les batailles qui font rage en ce moment rendent complexe la mission humanitaire sur place. Des milliers de gens cherchent à se réfugier, notamment auprès de l’archevêché.

 

JOL Press : Comment la population réagit-elle face aux massacres perpétrés par les rebelles de la Seleka dans les villages ?

 

Bruno Angsthelm : Cela fait des années que le conflit dure. C’est triste à dire, mais les populations ont appris à vivre en dehors des villes et des villages. Ils se réfugient généralement dans la brousse et y passent parfois des mois avec les conséquences que cela implique, notamment pour leur santé – le problème du paludisme est alors récurrent.

 

En novembre dernier, je discutais avec des religieux de Bangui [la capitale centrafricaine] qui me disaient que la société avait accumulé tellement de tension et de haine que la méfiance et la peur arrivaient même au cœur des familles. Quand la tension a été lâchée lors du conflit avec la Séléka, c’est comme si les vannes de la violence s’étaient ouvertes dans la société. Les vols, pillages et autres exactions ne sont pas que le fait des forces rebelles. Il y a eu une véritable expulsion de violence incontrôlable.

 

JOL Press : Quelle place tient l’Eglise catholique dans ce conflit ?

 

 Bruno Angsthelm : Il faut plutôt parler des églises, qui sont très présentes dans la société centrafricaine. Elles jouent le rôle de dernier rempart pour la population et sont une présence rassurante pour les communautés. Elles ont une vraie légitimité de parole, et aujourd’hui, qui est capable d’avoir une parole au nom de la société centrafricaine ? Sûrement pas le gouvernement fantôme de Michel Djotodia [président « autoproclamé » de la transition]

 

Les églises sont encore aujourd’hui des structures qui tiennent debout et structurent la vie sociale. Malheureusement, ceux qui osent critiquer le gouvernement, comme l'ont fait certains religieux à la radio par exemple, sont généralement mis en prison.

 

Propos recueillis par Anaïs Lefébure pour JOL Press

À bout de souffle, la Centrafrique doit pourtant se faire entendre

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